« La liturgie : dimension intérieure et extérieure », par le card. Danneels

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Une réflexion à propos de « Redemptionis sacramentum »

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CITE DU VATICAN, Vendredi 23 avril 2004 (ZENIT.org) – Dans son analyse « La liturgie : dimension intérieure et extérieure », le cardinal Godfried Danneels, archevêque de Maline-Bruxelles et président de la conférence des évêques de Belgique, explique le sens de la nouvelle instruction romaine « Redemptionis sacramentum ».

LA LITURGIE : DIMENSION INTERIEURE ET EXTERIEURE

Il y a 40 ans, la Constitution sur la liturgie (Sacrosanctum Concilium) fut promulguée par le Vatican. Depuis, bien des choses se sont faites en liturgie. Beaucoup de bonnes choses, mais comme après chaque Concile, ce furent aussi des années turbulentes avec des expériences plus malheureuses et parfois mêmes, des déviations.

Le Concile Vatican II a enseigné que la célébration de la liturgie a une dimension intérieure et une dimension extérieure, un cœur et un corps. La liturgie réclame une attitude intérieure du cœur et une mise en forme extérieure. A l’occasion de ces 40 années écoulées, Jean-Paul II a écrit une Encyclique Ecclesia de Eucharistia (17 avril 2003), dans laquelle il éclaire surtout la dimension intérieure de l’Eucharistie. Dans la foulée, il annonça la venue d’un document pratique qui, lui, se pencherait sur la dimension plus extérieure : la manière de célébrer le culte, le rituel et les formes. Cette annonce reçut un certain écho dans la presse, en ce sens qu’une fuite prématurée fit craindre qu’il s’agisse d’un répertoire d’abus, auxquels serait apportée une réponse disciplinaire musclée. Bien vite, il apparut cependant que cette information spectaculaire révélée par la fuite était inexacte.

Voici donc ce nouveau document Redemptionis Sacramentum. Que nous offre-t-il ?

1. Ce n’est pas qu’une œuvre disciplinaire, même si le document mentionne des points d’attention très concrets en vue d’une bonne célébration de l’Eucharistie. Mais toutes ces règles sont motivées de façon intelligente, à partir d’une réflexion théologique et liturgique.

2. Le document ne contient rien de neuf. C’est un catalogue de toutes les prescriptions pour une célébration digne, comme on en trouve dans les livres liturgiques et dans le Code de droit canonique.

3. Cà et là, une prescription est plus particulièrement soulignée, parce qu’une enquête parmi les évêques a révélé qu’elle présentait, dans la pratique liturgique, plus de difficultés.

4. Toutes les prescriptions sont déduites de quelques grands principes :

a) Chacun est amené à assumer une fonction dans la célébration de la liturgie (prêtres, diacres, animateurs pastoraux et laïcs) – fonction qu’il doit remplir, ni plus ni moins. Le Concile Vatican II avait déjà longuement parlé de cette participation active à la liturgie, chacun à sa place.
b) L’Eucharistie donne un rôle propre au prêtre, au diacre, à l’animateur pastoral et au laïc. Ces rôles ne sont pas interchangeables. De là, par exemple, la règle qui veut que seul le prêtre prononce les paroles de la prière eucharistique et que c’est lui (ou le diacre) qui fasse l’homélie. Cela n’empêche nullement les laïcs de proclamer la parole en dehors de l’Eucharistie, à l’occasion de temps de prière d’un autre type. Au cours de l’Eucharistie, il y a également la possibilité pour les laïcs de faire des annonces ou un témoignage, mais ceci se déroule de préférence après la prière de clôture.
c) Durant la célébration, la distinction entre le service des ministres ordonnés (évêques, prêtres diacres) et non-ordonnés (lecteurs, acolytes,…) doit clairement apparaître aux fidèles.
d) La liturgie est une action de toute l’Église et non l’affaire d’une seule personne ou d’une communauté. C’est pourquoi on y lit la Bible et on y utilise les textes des livres liturgiques. Cela vaut surtout pour la prière eucharistique qui ne peut être changée à notre guise, car elle est comme le mot de passe de notre fidélité à l’Église.
e) En conclusion, le document énumère une série de « délits graves ». Ceux-ci se trouvaient déjà tous dans le Code de droit canonique. Ainsi, la simulation d’une Eucharistie par un non-prêtre ou l’utilisation sacrilège d’hosties consacrées.

5. Mise au point :

Contrairement à ce que certains médias avaient laissé entendre, la règle concernant les filles comme enfants de chœur demeure inchangée : l’évêque juge de son opportunité. Par ailleurs, que le baiser de paix ne pourrait être donné par le célébrant que dans le chœur, est inexact. Le prêtre peut également l’échanger avec quelques fidèles, si ceci n’interrompt, ni ne rallonge la célébration indûment.

6. Il revient à l’évêque de veiller à ce que la liturgie soit célébrée dignement. L’année pastorale prochaine, la Conférence épiscopale de Belgique consacrera – comme prévu depuis longtemps – une année à la liturgie. Dans le prolongement des deux années pastorales précédentes (« Envoyés pour servir » et « Envoyés pour annoncer »), une brochure sur la liturgie sera publiée en arrière-saison : « Appelés à célébrer ». Elle sera suivie d’un aide-mémoire, qui contiendra des conseils pratiques, des aides et des préceptes, destinés à tous ceux qui s’occupent de liturgie dans l’Église (prêtres, diacres, animateurs pastoraux, lecteurs, choristes, acolytes, équipes liturgiques, etc.) Les préceptes du présent document y seront repris et concrétisés, en vue d’une application pratique à notre Église.

Les évêques espèrent qu’à l’aide de tout ceci, la liturgie sera célébrée dignement, que la connaissance liturgique sera approfondie, que tous ceux qui collaborent aux célébrations seront encouragés et que – là où cela s’avère nécessaire – certaines déviations seront corrigées.

Tel est le but de l’Encyclique Ecclesia de Eucharistia de Jean-Paul II et du document présent, sous une forme plus disciplinaire : Redemptionis Sacramentum.

+ Godfried Cardinal DANNEELS
Archevêque de Malines-Bruxelles

Malines, 23 avril 2004

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ZENIT Staff

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