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Léon XIV pourrait se rendre en Algérie en avril

Un voyage à Alger et Annaba, sur les traces de saint Augustin d’Hippone, est évoqué par la presse locale pour les 13-15 avril

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Un discret signal diplomatique venu d’Alger pourrait bientôt se traduire par l’un des voyages les plus symboliques du jeune pontificat du pape Léon XIV. Selon le journal numérique algérien Casbah Tribune, citant des sources diplomatiques, le pape devrait effectuer une visite officielle en Algérie les 13, 14 et 15 avril. Une annonce du Saint-Siège est attendue dans les prochains jours.

Si elle est confirmée, la visite comprendrait des étapes à Alger et Annaba, reliant le cœur politique du pays à la géographie spirituelle de l’une des figures les plus influentes du christianisme : saint Augustin.

Un programme riche en symboles

Les médias locaux indiquent que le programme provisoire prévoit un discours officiel et des visites de deux sanctuaires emblématiques : la basilique Notre-Dame d’Afrique à Alger et la basilique Saint-Augustin à Annaba. Ces choix ne sont pas fortuits. La première, perchée au-dessus de la baie d’Alger, incarne depuis longtemps la présence modeste mais durable de l’Église catholique dans une nation majoritairement musulmane. La seconde se trouve près du site de l’ancienne Hippone Regius, où Augustin fut évêque jusqu’à sa mort en 430.

L’idée d’une visite papale a émergé publiquement le 9 février au palais d’El Mouradia, siège de la présidence algérienne, lors d’une rencontre entre le président Abdelmadjid Tebboune et le nonce apostolique nouvellement nommé, l’archevêque Javier Herrera Corona, venu présenter ses lettres de créance. Le nonce a qualifié la rencontre de « très cordiale », soulignant la solidité des relations bilatérales, qui remontent à plus de cinquante ans, ainsi que le désir commun d’approfondir les liens d’amitié et de respect mutuel.

Continuité diplomatique et stratégie méditerranéenne

Le Saint-Siège et l’Algérie ont établi des relations diplomatiques en 1972 et, au cours du dernier demi-siècle, celles-ci se sont caractérisées par une stabilité discrète. L’Algérie, bien que constitutionnellement islamique et socialement très majoritairement musulmane, a maintenu un dialogue structuré avec le Vatican, notamment autour des questions de coopération culturelle, d’éducation et de coexistence interreligieuse.

Une visite papale ne représenterait donc pas une avancée diplomatique soudaine, mais plutôt la maturation d’un canal de communication de longue date. Cependant, le moment choisi a son importance. Ces dernières années, l’Algérie a retrouvé une importance stratégique en Méditerranée, notamment dans le contexte de la géopolitique énergétique et de l’évolution des alliances européennes. Une présence papale, surtout peu après Pâques — qui tombe le 5 avril en 2026 — transmettrait inévitablement un message dépassant les frontières ecclésiales.

Le fil augustinien de ce pontificat

Pour Léon XIV, cependant, l’Algérie n’est pas seulement une destination diplomatique ; c’est un point d’origine spirituel. Le 2 décembre, s’adressant aux journalistes lors du vol de retour du Liban, le pape a exprimé ouvertement son désir de se rendre en Algérie pour visiter des lieux liés à saint Augustin et poursuivre « le chemin du dialogue et de la construction de ponts entre les mondes chrétien et islamique ». Il a qualifié Augustin de « fils de la patrie et respecté au niveau national ».

Cet accent correspond pleinement à l’ADN théologique de son pontificat. Léon XIV est le premier pape augustinien de l’époque moderne. Dans son homélie inaugurale sur la place Saint-Pierre, il a cité Augustin à deux reprises, soulignant la communion et la charité comme piliers structurants de l’Église. La pensée d’Augustin — notamment ses réflexions sur le cœur humain inquiet, la grâce et la primauté de l’amour — a façonné le christianisme occidental pendant seize siècles. Mais il est aussi, historiquement et culturellement, un évêque nord-africain formé au carrefour intellectuel de la Méditerranée tardo-romaine.

Né en 354 à Tagaste, dans l’actuelle Algérie, Augustin demeure une figure qui dépasse les frontières confessionnelles. En Algérie, il est souvent considéré non seulement comme un théologien chrétien, mais aussi comme une composante du patrimoine historique national. Cette double appartenance — ecclésiale et nationale — confère à son héritage une résonance diplomatique particulière.

Annaba comme signe interreligieux

Une visite papale à Annaba, l’ancienne Hippone, parlerait donc simultanément à plusieurs niveaux. Elle honorerait un docteur de l’Église, reconnaîtrait la profondeur historique de l’Algérie et offrirait une image concrète de coexistence : une basilique catholique s’élevant dans une société majoritairement musulmane, non comme relique d’une mémoire coloniale, mais comme gardienne d’un patrimoine intellectuel partagé.

Ces derniers mois, Augustin est réapparu dans les initiatives culturelles et diplomatiques italo-algériennes comme symbole d’une identité méditerranéenne commune : un pont entre deux rives, entre mondes latin et arabe, entre civilisations chrétienne et islamique. Dans ce contexte, la présence de Léon XIV à Annaba ne serait pas un pèlerinage nostalgique, mais un geste soigneusement calibré de diplomatie interreligieuse.

Indices du calendrier depuis Rome

Un indice pratique renforce également la plausibilité du voyage. Le calendrier officiel des audiences générales du mercredi, publié par la Préfecture de la Maison pontificale, ne prévoit pas d’audience pour le 15 avril. Bien que l’absence d’une audience programmée ne constitue pas une confirmation formelle, historiquement ce type de vide dans l’agenda a précédé des voyages apostoliques.

Si la visite devait avoir lieu du 13 au 15 avril, elle se déroulerait précisément durant cette période.

Au-delà du protocole

En définitive, ce qui rendrait ce voyage historique ne serait pas seulement que Léon XIV deviendrait l’un des rares pontifes romains à visiter l’Algérie. Ce serait aussi qu’il le ferait en tant qu’augustinien revenant, en un sens, sur la terre de son père spirituel, à un moment où le dialogue islamo-chrétien connaît à la fois fatigue et urgence.

À une époque marquée par la polarisation et la fragmentation géopolitique, l’itinéraire du pape — Alger et Annaba, palais d’État et ancien siège épiscopal — articulerait un message sans slogans : la mémoire peut être une ressource pour la paix. Saint Augustin, qui écrivait « nous sommes les temps », pourrait aujourd’hui être invoqué pour rappeler que les civilisations ne sont pas destinées au choc, mais capables de dialogue.

Si le Saint-Siège confirme le voyage dans les prochains jours, la mi-avril pourrait être témoin non seulement d’une visite diplomatique, mais d’un retour symbolique à l’une des racines méditerranéennes les plus profondes du christianisme ; un retour qui se présente moins comme une nostalgie que comme une invitation à redécouvrir, à travers les religions, un héritage intellectuel et spirituel commun.

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Jorge Enrique Mújica

Diplômé en philosophie de l’Athénée pontifical Regina Apostolorum à Rome, le P. Jorge Enrique Mújica, LC, est un collaborateur « chevronné » de la presse écrite et numérique sur les questions de religion et de communication. Sur son compte Twitter : https://twitter.com/web_pastor, il aborde les questions de Dieu et de l'internet et de l'Église et des médias : « evangelidigitalisation ».

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