La Commission propose ce que le pape François a qualifié d’« anthropocentrisme situé », une expression également reprise par le pape Léon XIV. Photo : Vatican Media

La Commission propose ce que le pape François a qualifié d’« anthropocentrisme situé », une expression également reprise par le pape Léon XIV. Photo : Vatican Media

Le Vatican reconnaît le « péché contre la création et contre le Créateur »

Un nouveau document de la Commission théologique internationale relie crise écologique, responsabilité humaine et conversion spirituelle

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L’enseignement écologique de l’Église catholique a fait un grand pas en avant avec un nouveau document qui soutient que la destruction de l’environnement ne peut être comprise simplement comme un problème scientifique, politique ou économique. C’est aussi une question de péché.

Dans un texte publié le 2 septembre, la Commission théologique internationale appelle à ce qu’elle décrit comme une conversion écologique authentique et propose une expression plus précise de la réalité morale impliquée : un « péché contre la création et contre le Créateur ».

La formulation va délibérément au-delà de l’expression plus familière de « péché écologique ». Pour la Commission, le problème n’est pas simplement que les êtres humains endommagent les forêts, l’eau, l’air ou la biodiversité. L’abus environnemental représente également un échec à reconnaître la signification divine de la création et la responsabilité de l’humanité en son sein.

Le document « Prendre soin de notre maison commune : une réponse responsable et fraternelle au Dieu trinitaire » compte plus de 29 000 mots et a été élaboré par une sous-commission qui a travaillé entre 2022 et 2025. Il a été approuvé par une majorité des membres de la Commission en juillet et autorisé à la publication par le cardinal Victor Manuel Fernández, préfet du Dicastère pour la doctrine de la foi, après avoir été présenté au pape Léon XIV.

Un « anthropocentrisme situé »

La Commission fait remonter la situation actuelle à ce qu’elle appelle une « triple transformation » de la relation entre l’humanité et la nature. Au fil des siècles, la perception du monde naturel comme création de Dieu s’est affaiblie ; une forme d’anthropocentrisme d’exploitation, de plus en plus répandue, a émergé ; et la dégradation de l’environnement s’est finalement transformée en une crise aux dimensions planétaires.

Mais le document refuse de répondre à un extrême par un autre. Il rejette ce qu’il appelle « l’anthropocentrisme prédateur », l’idée que les êtres humains sont des maîtres absolus habilités à exploiter tout ce qui les entoure. En même temps, il rejette le biocentrisme radical et les formes d’écologie profonde qui dissolvent efficacement la place distinctive de l’humanité dans la création.

Au lieu de cela, la Commission propose ce que le pape François a appelé un « anthropocentrisme situé », une expression également reprise par le pape Léon XIV. Les êtres humains, dans cette vision, ne sont ni des tyrans de la création ni des intrus insignifiants en son sein. Ils sont des administrateurs et des serviteurs, chargés d’un monde qui appartient en fin de compte à Dieu.

Cette distinction donne au document une approche nettement chrétienne de la responsabilité environnementale. Le commandement biblique de dominer la terre, soutient-il, ne peut pas être interprété comme un permis de destruction. L’humanité est appelée à cultiver, protéger et utiliser de manière responsable la création. L’exploitation, la pollution et la destruction de la biodiversité ne sont donc pas que des défaillances techniques : elles révèlent un désordre dans les relations de l’humanité avec Dieu, avec les autres personnes et avec le monde créé.

Le « cri de la terre » et le cri des pauvres

Ce trouble est d’autant plus grave que ses conséquences ne sont pas partagées équitablement. La Commission souligne la détérioration alarmante de l’environnement, notamment la perte de biodiversité, la pollution de l’air et de l’eau et la destruction écologique causée par les conflits armés. Elle souligne également que les nations et les communautés les plus pauvres subissent souvent les conséquences les plus graves, bien qu’elles aient le moins contribué aux dommages.

Pour cette raison, le soin de la création ne peut être séparé de la justice pour les pauvres. Le « cri de la terre », affirme le document, est étroitement lié au cri des personnes dont les moyens de subsistance, les maisons et les ressources sont menacés par la dégradation de l’environnement. La question écologique est donc aussi une question de solidarité entre nations, générations et groupes sociaux.

Le fondement théologique du document commence avec la Trinité. La création, dit le texte, porte non seulement une origine divine mais aussi une empreinte trinitaire. En s’inspirant de saint Augustin, sainte Hildegarde de Bingen, saint Bonaventure et saint Thomas d’Aquin, la Commission présente le monde créé comme capable de diriger l’esprit humain vers son Créateur.

La description de la création par sainte Hildegarde comme une sorte de « seconde Écriture » aide à expliquer cette approche. La nature n’est pas elle-même divine, mais elle n’est pas non plus dénuée de sens spirituel. C’est la création : une réalité qui pointe au-delà d’elle-même.

La Commission entre également en dialogue avec la science et la philosophie modernes, y compris la cosmologie contemporaine. La science peut légitimement étudier comment l’univers s’est développé, explique le document, mais la doctrine chrétienne de la création aborde une autre question : pourquoi il y a quelque chose plutôt que rien, et pourquoi l’univers dépend d’un Créateur pour son existence. Le résultat est une tentative d’éviter la fausse alternative entre la connaissance scientifique et la foi religieuse.

Une conversion qui passe par le cœur

Les propositions pratiques du document sont tout aussi remarquables. Il appelle à des changements non seulement dans la technologie et les politiques publiques, mais aussi dans les habitudes personnelles et culturelles. Des solutions scientifiques et techniques restent nécessaires, en particulier dans la production, la consommation, le transport et l’utilisation de l’énergie. Pourtant, la Commission insiste sur le fait que la technologie à elle seule ne peut résoudre une crise enracinée en partie dans les désirs humains, les priorités et les valeurs.

La conversion écologique doit, par conséquent, également impliquer la conversion du cœur. Parmi les principes mis en avant figurent la consommation responsable, la modération, l’ascétisme, le jeûne, le respect de la création et un rythme plus équilibré entre travail et repos.

Le document accorde une importance particulière au principe biblique du sabbat. Le repos n’est pas présenté simplement comme une interruption pratique du travail, mais comme un défi à l’impulsion moderne de posséder, dominer et consommer sans limites. La même logique apparaît dans les réflexions de la Commission sur la tradition bénédictine de prière et de travail. Une approche chrétienne saine du monde, suggère-t-elle, exige des limites.

C’est pourquoi l’une des observations les plus frappantes du document concerne la consommation : les décisions d’achat ne sont pas moralement neutres. La façon dont les individus et les sociétés consomment les ressources exprime une vision de ce dont les êtres humains croient avoir besoin et de ce qu’ils pensent être en droit de prendre.

La réponse de la Commission n’est pas un rejet du développement humain légitime ou de l’utilisation responsable des ressources naturelles. Au lieu de cela, elle souligne la nécessité et la modération plutôt qu’une exploitation sans discernement.

L’Eucharistie occupe une place particulièrement importante dans cette vision. Le document la décrit comme une « école écologique », parce qu’elle enseigne aux croyants à recevoir la création non pas simplement comme matière première pour la consommation, mais comme un cadeau. De cette perspective sacramentelle peut émerger, selon la Commission, une relation positive et active avec la nature, une relation qui ne repose ni sur l’exploitation ni sur la peur.

Défendre la vie humaine et la création

Sa vision écologique est également explicitement liée à la sainteté de la vie humaine. Le document insiste sur le fait que la vie humaine possède une dignité inconditionnelle et inaliénable que les États doivent protéger et promouvoir. Il relie ce principe au rejet de la guerre, qui non seulement détruit des vies humaines mais peut aussi accélérer la destruction de l’environnement.

Ceci est un rappel important de l’équilibre théologique plus large du document. Prendre soin de l’environnement ne signifie pas réduire l’humanité à une espèce parmi tant d’autres ou traiter la nature comme étant plus précieuse que la personne humaine. La dignité humaine ne justifie pas non plus de traiter le reste de la création comme jetable.

L’intendance chrétienne exige de défendre à la fois la vie humaine et le monde confié à l’humanité. La Commission invoque également la destination universelle des biens, soulignant que la propriété privée n’est pas un droit absolu détaché de la responsabilité envers les autres et les générations futures.

Sa « logique jubilaire » proposée est celle de la fraternité, de la solidarité, de la gratitude et de l’humilité, un rejet de l’impulsion d’accumuler tout sans limites.

La dimension finale du document va au-delà du christianisme lui-même. La Commission reconnaît les éléments de responsabilité environnementale présents dans le judaïsme, l’islam, l’hindouisme, le bouddhisme, le confucianisme, les religions africaines et les traditions religieuses autochtones des Amériques et d’Océanie. Elle appelle à la coopération interreligieuse partout où les croyants peuvent travailler ensemble pour protéger la création et promouvoir l’épanouissement de la vie.

« Pécher contre la création et contre le Créateur »

Le message est ambitieux parce que la crise à laquelle il s’attaque l’est aussi. La Commission théologique internationale ne propose pas de remplacer la politique environnementale par un langage religieux. Son argument est plus exigeant : des solutions scientifiques, des décisions politiques et des réformes économiques sont nécessaires, mais elles resteront incomplètes si l’humanité refuse de faire face aux causes morales et spirituelles du comportement destructeur.

C’est pourquoi l’expression proposée — « pécher contre la création et contre le Créateur » — a son importance. Elle identifie la destruction de l’environnement non pas comme un crime abstrait commis contre une planète impersonnelle, mais comme une rupture des relations : avec Dieu, avec les autres êtres humains et avec le monde que l’humanité a reçu en cadeau.

Plus d’une décennie après Laudato si’, la réflexion théologique de l’Église s’oriente donc vers une conclusion encore plus nette. La crise écologique ne concerne pas seulement ce que l’humanité fait à la terre. Il s’agit aussi de ce que l’humanité devient en le faisant.

Le document se termine cependant non pas avec désespoir mais avec espoir. La conversion écologique, soutient-il, est possible parce que la foi chrétienne ne considère pas l’histoire comme piégée dans un déclin irréversible.

Le Dieu qui a créé le monde ne l’a pas abandonné. Et la responsabilité de prendre soin de la maison commune commence par reconnaître une vérité que les sociétés modernes oublient souvent : la création peut être confiée à l’humanité, mais elle n’appartient pas en fin de compte à l’humanité.

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Rédaction

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