Première publication le 17 septembre 2026 par l’AED
Le père Luigi Maccalli a appris, durant sa captivité, à pardonner et à prier pour ses ennemis, à l’exemple de Jésus. Dans une interview accordée à l’Aide à l’Église en Détresse (AED), il revient sur cette expérience.
Le P. Pier Luigi Maccalli exerçait son ministère comme missionnaire à Boamanga, au Niger, lorsqu’il a été enlevé par des fondamentalistes islamistes le 17 septembre 2018, puis emmené de l’autre côté de la frontière vers le Mali. Il évoque les souffrances vécues au cours des 750 jours qui ont suivi, jusqu’à sa libération.
Vous avez écrit un livre intitulé Je choisis de ne pas haïr, dans lequel vous appelez à mettre fin à la guerre et à la violence. Ce livre est-il inspiré par votre expérience de captivité ?
J’ai ressenti le besoin d’écrire ce livre pour répondre aux innombrables images et discours diffusés à la télévision et dans les médias, qui font l’éloge du réarmement et de la guerre. J’ai vu de près le véritable visage de la guerre ; j’ai été retenu enchaîné comme otage et prisonnier pendant plus de deux ans et, précisément parce que j’ai fait l’expérience directe d’une telle inhumanité, j’ai ressenti le devoir de faire entendre ma voix.
Le 17 septembre marque les huit ans de votre enlèvement. Quels souvenirs gardez-vous de ce jour ? Qu’est-ce qui vous a le plus marqué lorsque vous avez compris que vous aviez réellement été kidnappé et que vous risquiez de passer une longue période en captivité ?
Lorsque j’ai compris que mes ravisseurs n’étaient pas de simples criminels, comme je le croyais au début, mais des djihadistes, ce fut comme un coup de poing dans l’estomac. Une lourde pierre est tombée sur moi et m’a écrasé. Le poids était insupportable et j’ai versé des larmes de désespoir.
Je me souviens que chaque jour nous repartions à moto, nous éloignant toujours davantage des lieux que je connaissais, et mon angoisse grandissait à mesure que je réalisais qu’il deviendrait de plus en plus difficile de m’échapper.
Comment cette expérience vous a-t-elle transformé ? Existe-t-il un père Maccalli avant et après la captivité ?
Cette épreuve a changé ma manière de voir la vie, la mission et Dieu. J’y ai appris à mieux me connaître et à reconnaître mes propres fragilités. J’ai compris à quel point le commandement de Jésus d’aimer nos ennemis est exigeant et décisif.
Je dois avouer que ces paroles m’ont profondément interpellé pendant ma détention. Je me demandais : « Comment puis-je aimer ces personnes qui m’ont privé de ma liberté, qui m’ont enchaîné chaque jour et qui me menaçaient de mort ? »
Ce n’est que lorsque j’ai pu dire, avec l’homme sur la croix : « Père, pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu’ils font », que j’ai véritablement compris la logique nouvelle des Béatitudes.
Mon livre est centré sur la paix qui naît de la logique du Sermon sur la montagne de Jésus.
Avez-vous déjà ressenti de la haine ?
Non ! La haine est une impasse. J’éprouvais une profonde compassion pour mes ravisseurs. C’étaient de jeunes hommes endoctrinés par des vidéos de propagande et victimes d’un immense manque d’instruction.
Il m’attristait de voir que ces jeunes, pour lesquels j’avais consacré ma vie afin de leur offrir un avenir meilleur, gâchaient la leur au service d’un idéal de mort et de violence. En tant que missionnaire, j’éprouvais un sentiment d’échec.
Et j’exprimais ma colère à Dieu ; je me sentais comme Job discutant avec Lui.
Avez-vous pensé que vous pourriez mourir ?

J’ai même reçu des menaces explicites. C’était le 23 mai, je m’en souviens parfaitement. Un djihadiste m’a dit : « À la première occasion, je te mettrai une balle dans le front. » Et il ne plaisantait pas.
Mais je me suis dit que même s’il prenait ma vie brutalement, je pourrais considérer que ma vie missionnaire était accomplie.
L’année précédant mon enlèvement, nous avions inauguré une nouvelle église à Boamanga et j’avais fait inscrire sur ses sept portes les sept œuvres de miséricorde corporelles et spirituelles. Je me suis alors dit que c’était mon testament à la communauté.
Quiconque entre dans cette église se rappellera que nourrir les affamés, donner à boire aux assoiffés, visiter les malades et les prisonniers, vêtir ceux qui sont nus et vulnérables… constitue le chemin vers le Royaume. À la fin de notre vie, nous serons jugés sur l’amour.
Comment viviez-vous la prière en captivité, entouré de terroristes islamistes ? La prière était-elle aussi une forme de résistance ?
Plus qu’une résistance, elle était un engagement au service du Royaume de paix. J’avais fabriqué un chapelet en tissu et celui-ci, avec mes prières spontanées, me permettait de rester uni à ma famille ainsi qu’aux communautés pour lesquelles j’intercédais.
J’ai appris à être missionnaire avec le cœur plutôt qu’avec les pieds. Je pratiquais la prière du cœur et je parcourais intérieurement les chemins que je parcourais autrefois à pied ou en voiture.
Peut-être que la prière était ma manière d’exister chaque jour. J’ai découvert, dans cette captivité, que prier consiste à lutter contre la solitude du sentiment d’abandon par Dieu. C’est crier son désir de se sentir aimé par un Père qui n’est pas indifférent au cri de ses enfants.
Aujourd’hui, le terrorisme islamiste est plus présent encore qu’en septembre 2018, lorsque vous avez été enlevé. Quel message souhaitez-vous adresser aux populations et aux communautés chrétiennes qui en sont victimes ?
Je voudrais les remercier pour leur témoignage de fidélité et de présence dans des régions marquées par l’insécurité.
Pendant ma captivité, je me rappelais ces paroles de Jésus : « Heureux êtes-vous lorsqu’on vous insulte, qu’on vous persécute et qu’on dit faussement toute sorte de mal contre vous à cause de moi. Réjouissez-vous et soyez dans l’allégresse, car votre récompense sera grande dans les cieux. »
Je reconnais qu’il m’était difficile de me réjouir, mais cela me réconfortait de savoir que j’étais en communion avec Jésus. J’étais en mission à cause de Lui.
Les insultes m’étaient adressées, mais en réalité, j’étais là à cause de Lui ; c’était Jésus qui était visé.
Et je pensais : ces personnes croient que la guerre sainte, le djihad, glorifie Dieu, mais elles ne se rendent pas compte qu’elles s’opposent au Dieu de Jésus. Je pouvais demeurer en paix : Celui qui m’avait envoyé était au premier rang avec moi. La cause est la sienne, tout comme la mission appartient à Dieu.
Ma gratitude va à tous ceux qui ont prié pour ma libération. Je suis convaincu que ma liberté est le fruit des prières de nombreuses personnes : des monastères, des communautés paroissiales et d’innombrables fidèles.
Propos recueillis par Paulo Aido
