Le défi plus large soulevé par « Truth Heals » va au-delà de la communication de crise.

Le défi plus large soulevé par « Truth Heals » va au-delà de la communication de crise

Abus sexuels : un nouveau modèle pour repenser la communication de crise de l’Église

Le livre de Paulina Guzik plaide pour une communication fondée sur l’écoute des victimes, la responsabilité et la transparence

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(ZENIT News / Rome, 13 septembre 2026) – Pour l’Église catholique, la crise de crédibilité engendrée par les abus sexuels commis par des membres du clergé ne saurait se résoudre par de simples déclarations plus flatteuses après l’éclatement d’un scandale. Le véritable enjeu réside dans une transformation profonde de la manière dont l’institution écoute, prend des décisions, assume ses responsabilités et communique, bien avant que la crise ne fasse la une des journaux. 

Le défi plus large soulevé par « Truth Heals » va au-delà de la communication de crise.

La première réaction doit être d’écouter celles et ceux qui ont souffert

C’est l’argument avancé par Paulina Guzik, professeure d’études des médias et de la communication à l’Université pontificale Jean-Paul II de Cracovie, dans son nouvel ouvrage, « La vérité guérit : communication, confiance et réponse de l’Église catholique aux abus sexuels commis par des membres du clergé ». Fruit de cinq années de recherche, ce livre propose un modèle où la communication n’est pas une simple opération de relations publiques ajoutée à la gestion de crise, mais bien une composante essentielle de la responsabilité de l’Église envers les victimes et de sa propre réforme institutionnelle. 

Le point de départ de Paulina Guzik est volontairement dérangeant : les victimes ne doivent jamais être considérées avant tout comme un problème juridique, financier ou de réputation. La première réaction doit être d’écouter celles et ceux qui ont souffert, de reconnaître la gravité de leur expérience et de rechercher la justice. C’est seulement sur cette base, affirme-t-il, que les excuses, les indemnisations, les décisions de justice et la communication publique peuvent gagner en crédibilité. 

Ses recherches portent sur les réactions suscitées par les pontificats de Jean-Paul II, Benoît XVI et François, et analysent comment la transparence, le leadership et le discours médiatique ont influencé la crédibilité de l’Église. Elles remettent également en question l’idée qu’un message public soigneusement élaboré puisse remédier à une défaillance institutionnelle. Les relations publiques ne sauraient remplacer l’intégrité. 

Le défi plus large soulevé par « Truth Heals » va au-delà de la communication de crise.

Paulina Guzik

L’ampleur de ce décalage est illustrée par l’une des conclusions de Paulina Guzik : seuls 23 % des évêques dans le monde rencontrent régulièrement les victimes. Pourtant, 83,33 % des responsables de la protection de l’enfance interrogés ont déclaré que le contact direct avec les survivants avait renforcé leur engagement en matière de prévention. Un autre chiffre met en lumière ce que beaucoup, au sein de l’Église, considèrent comme le facteur décisif : 73,33 % des représentants épiscopaux ont identifié un leadership épiscopal courageux comme l’élément le plus efficace pour faire face à la crise des abus. 

La portée de cette implication est considérable. L’écoute n’est pas simplement un exercice de compassion ou un devoir envers le passé ; elle peut transformer la manière dont l’Église conçoit la prévention aujourd’hui. 

 

 

Paulina Guzik organise sa réponse proposée autour de dix principes :

  1. Identifier le problème ; 
  2. Donner la priorité aux victimes ; 
  3. Écouter en continu ; 
  4. Faire preuve d’empathie émotionnelle ; 
  5. Communiquer du point de vue du public ; 
  6. Considérer la transparence comme la seule voie viable ; 
  7. Préserver l’identité de l’Église comme une mère aimante ; 
  8. Accordez autant d’importance aux perceptions qu’aux faits ; 
  9. Distinguer les processus judiciaires de l’opinion publique ; et
  10. Traiter les médias avec sérieux et équité. 

Ces principes sont complétés par un processus en cinq étapes visant à rétablir la confiance institutionnelle : 

  1. Évaluer l’irrégularité, 
  2. Assumer la responsabilité, 
  3. Pour rétablir la justice, 
  4. Introduire des réformes et 
  5. Communiquer de manière transparente. 

L’ordre est fondamental. La communication se situe au bout d’une chaîne de responsabilités, mais elle doit être intégrée à l’ensemble du processus. 

Paulina Guzik plaide donc pour une structure collaborative au sein de l’Église. Les professionnels de la communication ne devraient pas être sollicités uniquement lorsqu’un scandale éclate au grand jour. Ils devraient travailler de concert avec les conseillers juridiques, les responsables de la protection et les ministères d’aide aux victimes lors des prises de décision. Il soutient que les manquements graves doivent être divulgués de manière proactive, plutôt que de laisser les fuites ou le journalisme d’investigation façonner l’histoire. Ce concept explique également l’image inhabituelle choisie pour la couverture du livre : le kintsugi, l’art japonais de réparer la poterie brisée en laissant les fractures visibles à travers l’or. Pour Guzik, cette métaphore offre une alternative à la tendance à dissimuler les blessures institutionnelles. Réparer ne signifie pas faire comme si la rupture n’avait jamais eu lieu. Les zones endommagées restent visibles précisément parce qu’elles ont été reconnues et réparées.

https://fr.zenit.org/2026/09/15/abus-sexuels-un-nouveau-modele-pour-repenser-la-communication-de-crise-de-leglise/Ses recherches ont débuté lors de son séjour au Catholic Project de l’Université catholique d’Amérique à Washington, D.C., où elle a mené des entretiens avec 30 personnes, dont des cardinaux, des évêques, des professionnels de la communication et des victimes. Elle a ensuite interrogé des délégués épiscopaux pour la protection de l’enfance et des journalistes accrédités au Vatican. Cette étude a bénéficié du soutien de la Conférence des évêques catholiques des États-Unis, de Renovabis, de l’Aide à l’Église en Détresse et des Chevaliers de Colomb. 

Le défi plus vaste que pose le programme « La vérité guérit » dépasse la simple communication de crise. En cas d’abus, l’Église est confrontée à deux jugements distincts qu’il ne faut pas confondre : celui de la justice et celui de l’opinion publique. Les procédures judiciaires déterminent la responsabilité devant la loi ; la confiance du public se fonde sur la perception qu’a l’institution de sa sincérité, de sa responsabilité et de sa réelle compassion envers les victimes. 

Pour une Église qui se perçoit non seulement comme une institution, mais aussi comme une communauté chargée du soin des personnes, cette distinction est essentielle. La transparence n’est pas précieuse pour minimiser une crise, mais lorsqu’il est nécessaire de mettre en lumière la réalité sous-jacente. 

La proposition de Paulina Guzik bouleverse donc la logique conventionnelle de la gestion de crise. L’objectif n’est pas de contrôler d’abord le discours puis de rétablir la confiance, mais de créer les conditions d’un rétablissement raisonnable de cette confiance : écouter avant de défendre, rendre des comptes avant de se forger une réputation, faire justice avant d’afficher une image positive et réformer avant de se complaire dans l’autosatisfaction. 

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Rédaction

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