La visite du pape suscite une réaction extraordinaire

La visite du pape suscite une réaction extraordinaire

Léon XIV en France : une visite qui suscite une réaction extraordinaire

15 000 policiers, 2 500 journalistes et des centaines de milliers de personnes attendues

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Paris se prépare pour le pape Léon XIV sans le langage visuel généralement associé à l’arrivée d’un pape. Il n’y a pas de drapeaux du Vatican alignés sur les avenues et pas de portraits géants du pape dominant la ville. Au lieu de cela, le signe le plus évident de sa présence est un chantier : la place de la Concorde se transforme en un immense sanctuaire à ciel ouvert pour la messe qu’il célébrera le 26 septembre.

Le contraste est révélateur. La France reste l’une des sociétés les plus laïques d’Europe, pourtant la visite du pape suscite une réaction extraordinaire. Entre 600 000 et 800 000 personnes pourraient se rassembler le long des Champs-Élysées pour suivre la messe, avec quelques estimations atteignant un million. Au Stade de France, les 80 000 places pour la veillée de prière des jeunes ont été réservées en une demi-heure. Les paroisses organisent l’hébergement, le transport et la réception, tandis que certaines familles ont offert des chambres aux pèlerins qui arrivent pour une journée seulement.

L’ampleur des préparatifs va de pair avec la sécurité de l’opération. Quelque 15 000 policiers, gendarmes et militaires devraient être déployés, ainsi qu’un système anti-drone, dans une opération de sécurité décrite comme comparable à celle utilisée lors des Jeux olympiques de Paris. Environ 2 500 journalistes ont également été accrédités. 

Pourtant, l’histoire la plus intéressante n’est peut-être pas celle de la taille des foules. C’est le fait que la France semble regarder le pape avec une curiosité qui va au-delà de la pratique religieuse conventionnelle. Une des raisons est le renouveau inattendu visible dans la vie catholique française. Plus de 21 000 catéchumènes étaient attendus à la veillée pascale cette année, soit environ 20% de plus que l’année précédente. Dans un pays qui a passé des décennies à faire face à la sécularisation et aux conséquences de la crise des abus de l’Église, cette augmentation a modifié les perceptions du catholicisme.

Ce chiffre ne signifie pas que la France soit soudainement redevenue un pays catholique pratiquant. Cela indique cependant que l’histoire du déclin religieux ne suffit plus à décrire ce qui se passe. L’émergence d’un grand nombre d’adolescents et d’adultes demandant le baptême soulève une autre question : qu’est-ce qui ramène les gens au christianisme, ou les y conduit pour la première fois, dans une société où la pratique religieuse héritée s’est si considérablement affaiblie ? 

Cette question est probablement plus importante pour Léon XIV que les dimensions cérémonielles de sa visite.

Le pape va rencontrer une France marquée par les tensions sociales autour de la migration, du coût de la vie, des finances publiques, de la guerre en Ukraine et de l’avenir politique du pays. Mais il rencontrera aussi une communauté catholique qui essaie de comprendre comment répondre à ces tensions sans se replier dans une vie exclusivement intérieure. Le défi, comme l’a dit un journaliste catholique français, est de savoir comment une Église qui connaît à la fois la fatigue et le renouveau peut parler à une société au-delà de ses propres murs.

Cela rend particulièrement significatif le choix des lieux au cours du voyage de quatre jours du Pape. Paris lui offrira le plus grand spectacle public, Lourdes le placera au cœur de la dévotion catholique française et Metz lui permettra d’aborder l’Europe et son histoire. Mais l’itinéraire comprend aussi la Maison Bakhita, un centre parisien au service des migrants et des exilés, qui donne au pape l’occasion de rencontrer des personnes dont la présence en France reflète une réalité sociale de plus en plus diversifiée. 

La visite amènera également Léon XIV à se confronter à l’un des chapitres les plus douloureux de l’histoire récente de l’Église. À Lourdes, il est prévu qu’il rencontre en privé sept personnes qui ont subi des abus sexuels commis par des membres de l’Église. La rencontre attirera inévitablement une attention intense, mais elle appartient autant à la responsabilité interne de l’Église qu’à son examen public. Les catholiques français eux-mêmes ont exigé plus de transparence et de responsabilité depuis l’enquête nationale sur les abus sexuels commis par des religieux.

Lourdes ne sera donc pas simplement une étape spirituelle. Elle réunira plusieurs dimensions de la mission du Pape : la prière, la souffrance, la guérison, la responsabilité et la dignité de la personne. 

Une autre dimension sera plus explicitement sociale. La récente approbation par le Parlement français de la législation sur l’aide médicale à mourir a laissé une partie importante de la communauté catholique préoccupée par les conséquences juridiques et culturelles d’un changement d’approche du pays en matière de fin de vie. Selon le père Barly Kiweme, recteur de la mission catholique italienne à Paris, les catholiques espèrent que Léon XIV encouragera ceux qui continuent à défendre la vie humaine. Le thème choisi pour la visite, « Pour que le monde ait la vie », a une résonance particulière dans ce contexte. 

Le message du pape, cependant, est peu susceptible de s’adresser uniquement aux catholiques français. 

Cela devient clair à travers la présence d’une autre communauté qui se prépare pour la visite : les Italiens de Paris. Quelque 500 000 détenteurs de passeports italiens vivent en France, dont environ 53 000 dans la capitale, tandis que douze missions catholiques italiennes opèrent à travers le pays. Leur participation illustre quelque chose qui est facilement négligé dans les discussions sur les visites papales nationales : un voyage catholique dans un pays peut simultanément devenir une rencontre avec une Église bien plus élargie. 

Pour ces communautés, l’arrivée de Léon est avant tout ecclésiale. Ils voient sa présence comme une occasion de faire l’expérience de la communion avec l’Église universelle plutôt que comme un événement spécifiquement italien. Leur implication va de l’aide pratique pour les préparatifs jusqu’à la participation aux liturgies papales et à la prière dans leurs paroisses.

La visite de la Maison Bakhita revêt une signification particulière dans ce contexte. Pour la mission catholique italienne, le centre représente une vision pastorale dans laquelle les migrants ne sont pas traités comme un problème externe mais comme faisant partie de l’Église et de la société dans laquelle ils vivent maintenant. La communauté italienne peut se reconnaître dans cette expérience : des immigrés qui ont établi leur vie en France tout en conservant des éléments d’un autre patrimoine culturel.

Ceci illustre également un principe catholique plus large qui traversera discrètement le voyage : l’Église ne cesse pas d’être universelle lorsqu’elle entre dans une culture particulière. Au contraire, l’Église locale devient une expression d’une communion qui traverse les frontières nationales. Comme le dit la direction de l’aumônerie italienne, il n’y a pas une Église italienne à côté d’une Église française en concurrence avec elle ; il y a une Église unique qui vit à travers différentes langues, histoires et communautés. 

Il y a, en attendant, une curiosité publique considérable sur ce que Léon XIV pourrait dire au-delà des propres préoccupations de l’Église. Une enquête Ifop commandée par les médias catholiques français a révélé que seulement 6 % des personnes interrogées s’attendaient à ce que la visite influence le débat politique avant la prochaine élection présidentielle, tandis que 26 % pensaient qu’elle pourrait insuffler une nouvelle vie à l’Église française. L’enquête fait donc apparaître une distinction intéressante : les attentes concernant le Pape semblent être plus religieuses et sociales qu’électorales.

La paix est une autre attente majeure. Les tensions actuelles en France se déroulent dans un contexte international dominé par la guerre et l’incertitude géopolitique. On attend du pape qu’il aborde la paix et l’Europe, en particulier à Metz. La dimension européenne de sa visite correspond à l’accent catholique mis depuis longtemps sur la coopération internationale, la primauté du droit international et les relations pacifiques entre les nations. 

C’est peut-être l’un des aspects les plus importants du voyage. Léon XIV n’arrivera pas en France pour proposer des solutions à tous les différends qui divisent le pays. L’enthousiasme suscité par les messes n’effacera pas non plus les blessures qui ont porté atteinte à la crédibilité de l’Église. Ce qu’il peut faire, c’est de poser une autre série de questions à une société habituée à des débats de plus en plus polarisés : qu’est-ce qui maintient les gens ensemble, qu’est-ce qui donne un sens à la vie humaine, comment protéger les personnes vulnérables et quel genre d’avenir peut encore être imaginé collectivement ?

Le paradoxe de la visite en France de Léon XIV se trouve donc dans les rues vides autour de la place de la Concorde. Paris n’a pas besoin de se couvrir d’images papales pour que la visite soit colossale. La preuve est déjà là : les 80 000 jeunes, les dizaines de milliers qui cherchent le baptême, les centaines de milliers qui se préparent à se rassembler pour la messe, les victimes qui attendent à Lourdes et les communautés d’immigrés qui se préparent à accueillir le pape en tant que membres de cette même Église.

 

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Rédaction Zenit

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