Paolo Ruffi, préfet du Dicastère pour la communication depuis 2018 © Anne van Merris

Paolo Ruffi, préfet du Dicastère pour la communication depuis 2018 © Anne van Merris

Interview de Paolo Ruffini : « Une communication au service de la vérité, pas un fast-food d’actualités »

Le préfet du Dicastère pour la communication passe le relais après 8 ans 

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À quelques jours de quitter ses fonctions de préfet du Dicastère pour la communication, qu’il dirige depuis juillet 2018, l’italien Paolo Ruffini a accordé une interview à ZENIT à Rome. Il revient sur ses huit années à la tête de ce dicastère, avant l’entrée en fonction de la nouvelle préfète Maria Montserrat Alvarado, ce 1er novembre 2026.

Paolo Ruffini livre ici sa vision d’une communication humble et authentique, au service de la dignité humaine et du bien commun, reflet d’une vie chrétienne vécue en profondeur : « S’aimer et être en communion les uns avec les autres est le moyen le plus puissant de changer le monde ! »

 

Zenit : Vous avez été le premier laïc à occuper le poste de préfet du Dicastère pour la communication. Comment avez-vous réagi à votre nomination en 2018 ?

Paolo Ruffini : Cela a été un défi pour moi d’être le premier laïc à être nommé à cette fonction. D’une certaine manière, la communication de l’Église allait « dépendre » de moi aussi. C’était une proposition si importante qu’elle aurait fait trembler n’importe qui, mais je savais que nous participions tous au « sacerdoce commun des fidèles », et que chaque baptisé porte une part de responsabilité dans l’Église. Et comme l’a dit saint Paul, c’est lorsque nous sommes les plus faibles que la grâce vient à notre secours.

Quand le pape François m’a appelé à ce poste de manière inattendue, je travaillais depuis 2014 pour la Conférence épiscopale italienne, où j’étais responsable des programmes de TV 2000. J’ai d’abord dit au pape : « Il y a peut-être un malentendu, je suis croyant, je suis catholique, mais je suis aussi laïc et marié. J’ai travaillé dans le journalisme et la communication, mais je n’ai jamais rien écrit sur l’Église. Je ne suis pas un vaticaniste. » 

J’ai donc passé l’entretien d’embauche le plus incroyable de toute ma vie : c’était le pape qui m’interrogeait ! Le plus étrange, c’est que je n’ai fait que parler en ma défaveur. Mais le Saint-Père m’a dit : « Envoyez-moi votre CV, laissez-moi mener quelques entretiens, et ensuite je vous tiendrai au courant. » Quelques semaines plus tard, il m’a rappelé : « Ce sera vous ». Et je l’ai alors accepté dans un esprit de service.

Zenit : Comment s’est passé le démarrage de votre mission ?
L'indonésien devient la 57e langue officielle de Vatican News, mars 2026 © comunicazione.va

L’indonésien devient la 57e langue officielle de Vatican News, mars 2026 © comunicazione.va

P. Ruffini : C’était d’abord une joie de travailler pour l’Église universelle. Nous sommes catholiques, nous sommes au service du pape et nous nous efforçons, dans notre autonomie, d’être une référence en matière de communication pour le monde entier. C’est ce qui m’a beaucoup inspiré et motivé lorsque je suis arrivé ici.

Mais cela a aussi été difficile, car il fallait travailler dans un dicastère qui brasse 50 langues différentes, s’occupe de communication et de journalisme, dispose d’une section théologique et pastorale, et est en lien avec les évêques du monde entier. Nous devions comprendre comment la communication peut se mettre au service de la vérité, de la Bonne nouvelle, et pas seulement être un « fast-food d’actualités ».

Il fallait aussi apprendre à vivre l’unité au sein de ce dicastère regroupant 40 sections différentes. Travailler ensemble et partager nos réflexions, nos lectures de l’actualité, notre compréhension des sciences d’aujourd’hui. Tout ceci pour construire un « écosystème de communication universelle » ouvert, transparent et qui ait du sens, même pour ceux qui ne sont pas croyants.

Zenit : Quels changements majeurs ont été opérés dans ce dicastère ces dernières années ?

P. Ruffini : En 2015, trois ans avant ma nomination, les différents médias et organes de communication du Vatican ont été regroupés dans un seul et même dicastère, chacun gardant son propre rôle. À mon arrivée en 2018, l’Osservatore Romano était un journal papier : aujourd’hui, il est devenu un journal numérique qui approfondit une grande diversité de sujets. Concernant Radio Vatican, nous l’avons transformée en webradio, puis nous avons commencé à réaliser des podcasts et à produire des documentaires.

Avec les années, nous avons beaucoup travaillé à renforcer et à tisser des liens avec les systèmes de communication de l’Église dans le monde, notamment les conférences épiscopales. Nous avons cherché à approfondir les sujets en favorisant le dialogue, en particulier avec des écrivains, des philosophes et des musiciens, afin de réfléchir ensemble aux défis de notre époque.

Le pape Léon XIV visite les locaux de Radio Vatican le 9 juin 2025 © Vatican Media

Le pape Léon XIV visite les locaux de Radio Vatican le 9 juin 2025 © Vatican Media

Un autre grand changement : nous proposons aujourd’hui dans nos médias de nombreuses langues que nous n’avions pas à l’époque, comme certaines langues autochtones du Canada, des langues indiennes, la langue mongole ou encore le lingala en Afrique. Nous avons même actuellement la langue des signes pour les sourds et malentendants.

Nous formons aussi à la communication, alors que nous ne le faisions pas auparavant. Nous formons notamment les religieuses, et nous avons travaillé avec les jeunes sur un projet dans le monde numérique. Nous disposons également aujourd’hui d’un réseau de jeunes qui œuvrent sur tous les continents, et avec qui nous avons modifié l’identité visuelle et la communication du Vatican. 

Enfin, nous avons créé un widget que chaque paroisse et chaque institution catholique à travers le monde peut intégrer à son site web et y afficher en temps réel nos publications institutionnelles, nos articles et nos témoignages sur les œuvres caritatives : un moyen de rester unis en tant qu’Église, où que nous soyons.

Zenit : Comment communiquer authentiquement et préserver la confiance dans un monde envahi par la désinformation ?

P. Ruffini : En tant que communicants catholiques, nous devons être de « l’eau pure » et constituer une référence dans le monde tel qu’il est, afin que les gens puissent faire le choix entre ce qui est corrompu et ce qui est pur. Mais nous avons un défi encore plus grand à relever : mettre notre créativité au service de la dignité de chaque être humain.

Je pense à cette magnifique encyclique Magnifica humanitas du pape Léon XIV sur l’Intelligence artificielle. Quelques points me touchent particulièrement en ce qui concerne la communication, notamment lorsque le pape affirme que nous devrions redécouvrir le sens du bien commun, un concept trop souvent oublié. 

Prendre conscience que la communication est un bien commun, que la vérité est un bien commun ! Ainsi, préserver et protéger les voix et les visages de nos semblables revêt une grande importance pour aider les communicants et journalistes. 

Zenit : En quoi votre mission de préfet vous a-t-elle transformé en profondeur ?

P. Ruffini : D’abord, j’ai appris que la beauté de l’Église grandit aussi dans des endroits où l’on ne s’y attend pas. Le Saint-Siège doit être autant que possible un pont qui relie et un moyen pour construire la communion entre tous. Nous sommes véritablement « un » en Jésus, et nous devons nous connecter les uns aux autres, accueillir notre vocation à être des disciples-missionnaires à travers la communication.

Paolo Ruffini remporte le Prix Vincentien de Journalisme Ozanam, 16 juin 2023 © comunicazione.va

Paolo Ruffini remporte le Prix Vincentien de Journalisme Ozanam, 16 juin 2023 © comunicazione.va

Personnellement, ma foi s’est beaucoup renforcée au cours des dernières années grâce aux défis auxquels nous avons été confrontés, mais aussi à l’exemple de nombreuses personnes que j’ai eu la chance de rencontrer. Je pense bien sûr aux papes François et Léon XIV, aux personnes travaillant au sein de la Curie romaine, mais aussi à toutes celles que j’ai croisées à travers le monde et qui m’ont conforté dans ma foi.

Je suis convaincu que l’Église doit rester en phase avec son époque. Mais cela ne signifie pas pour autant qu’elle doive résoudre les défis de manière fonctionnaliste. La communication de l’Église se situe à un autre niveau : nous devons tirer parti des bienfaits de la technologie, mettre à profit les talents de notre époque, mais nous devons absolument préserver notre identité catholique, qui trouve ses racines dans l’Évangile.

Il s’agit donc de faire comprendre cela à nos communicants qui transmettent la vision chrétienne au monde : s’aimer et être en communion les uns avec les autres est le moyen le plus puissant de changer le monde ! Chacun de nous doit y veiller : ne pas rester dans notre zone de confort, mais ressentir l’appel à ouvrir les fenêtres et les portes. Être dans le monde sans crainte, sans pour autant tomber dans la tentation de conquête ou de domination.

Zenit : Enfin, avez-vous quelques projets concrets pour les mois à venir ? 

P. Ruffini : Pas encore ! J’ai changé très souvent de métier au cours de ma vie, et j’agis toujours ainsi. Jusqu’au dernier jour de ce poste, même si c’est très imminent maintenant, je me contenterai de penser à ce que j’ai à faire maintenant. Puis, je réfléchirai et je verrai si je peux faire du bénévolat quelque part. Je vis pour l’instant le présent comme un don de la vie de Dieu ! 

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Anne van Merris

Anne van Merris, journaliste française, a suivi une formation à l'Institut européen de journalisme Robert Schuman, à Bruxelles. Elle a été responsable de la communication au service de l'Église catholique et responsable commerciale dans le secteur privé. Elle est mariée et mère de quatre enfants.

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