Mgr Benoît Rivière, évêque d'Autun, Chalon et Mâcon © Diocèse d'Autun

Mgr Benoît Rivière, évêque d'Autun, Chalon et Mâcon © Diocèse d'Autun

Mgr Benoît Rivière : « Repenser la pastorale de l’Église à partir du catéchuménat »

Interview de l’évêque d’Autun, Chalon et Mâcon, en France

Share this Entry

 

Alors que l’Église catholique va bientôt entrer dans la Semaine sainte et célébrer le Triduum pascal, plus 21 000 adultes et adolescents en France s’apprêtent à recevoir le baptême à Pâques. Un chiffre impressionnant, qui invite à rendre grâce pour tous ces nouveaux baptisés, dont le parcours témoigne d’une profonde quête de sens et le désir d’une « vie nouvelle » à la suite du Christ.

Afin de mieux comprendre ce qu’est le catéchuménat, ses joies et ses difficultés, Zenit a interviewé Mgr Benoît Rivière, évêque d’Autun, Chalon et Mâcon, qui reçoit aussi chaque année dans son diocèse de nombreuses demandes de baptêmes. 

 

Zenit : Le diocèse d’Autun est lui aussi marqué par l’afflux des demandes de baptême d’adultes. Constatez-vous aujourd’hui un profil particulier chez les catéchumènes ?

Mgr Benoît Rivière : Non, il n’y a pas vraiment de parcours ni de profil standard pour ces catéchumènes, qui viennent de milieux culturels et confessionnels variés. Ils n’arrivent pas par les canaux habituels, chacun ayant une histoire singulière. Mais je peux dire que la majorité d’entre eux sont issus d’un milieu modeste. Quelques-uns viennent aussi d’un milieu musulman.

Dans notre diocèse, 80 adultes seront baptisés cette année lors de la Vigile pascale. C’est dix fois plus qu’il y a quinze ans ! Je suis frappé par leurs itinéraires de vie, souvent marqués par l’épreuve. La plupart d’entre eux n’ont pas vécu un « chemin de Damas ». Ils ont fait peu à peu, dans leur vie, la découverte d’un Dieu humblement et réellement présent dans leur humanité souffrante. Et le cheminement a été long avant qu’ils ne viennent demander le baptême.

Dans les lettres que m’envoient les catéchumènes avant leur baptême, beaucoup évoquent leur expérience de la prière, qui est venue progressivement. Ils me disent à peu près ceci : « Depuis mon enfance, je voulais parler à quelqu’un, mais je ne savais pas à qui. Et petit à petit, j’ai découvert un Dieu vivant qui m’écoutait. »

Zenit : Que révèlent ces lettres de leurs parcours, leurs aspirations et leurs peurs ?

Mgr B. Rivière : Ce sont toutes des pépites ! Elles sont écrites d’une manière différente selon les histoires et les milieux culturels de chacun. Ces lettres témoignent d’une grande authenticité qui me touche beaucoup. Elles ne sont jamais banales et elles ne sont pas l’expression de vies fantasmées.

"Le bonheur de croire, de ne plus être seuls, le désir de se laisser sauver par le Christ et de trouver des frères" © Luc van Merris

« Le désir de se laisser sauver par le Christ et de trouver des frères » © Luc van Merris

Je suis aussi marqué par la confiance que les catéchumènes font à leur évêque. Ils écrivent à cœur ouvert leur histoire sainte. Je peux la dire ainsi : « Ma vie a complètement été transformée depuis que je m’interroge sur Dieu, sur le sens de ma vie. Je me demande qui est Jésus, ce qu’est la foi des chrétiens par rapport à la foi des autres religions. » Et la plupart du temps, avec l’expérience de leur vie et de leur recherche, les questions viennent nombreuses, et c’est la matière pour une bonne part des échanges entre eux et leurs accompagnateurs.

Ce qui me frappe aussi beaucoup, c’est l’humilité de leur demande, « l’humble demande des catéchumènes », comme l’a dit un jour un prêtre de mon diocèse. En effet, ils ne revendiquent rien, ne cherchent pas à réformer l’Église. Ils expriment plutôt le bonheur de croire, de ne plus être seuls, le désir de se laisser sauver par le Christ et de trouver des frères. Ils ont une spontanéité confiante que j’aimerais que nous ayons tous ! 

Au fond, ils écrivent leurs expériences pascales et attestent que la foi nous fait passer de la mort à la vie. Ils ont évidemment une très grande soif de recevoir les sacrements du baptême, de la confirmation et de l’Eucharistie, et d’entrer dans la famille de l’Église. Alors même qu’ils ont déjà fait l’expérience d’une vie transformée par le Christ, ils savent que le baptême marquera le début d’une vie nouvelle.

Zenit : Quel discernement guide l’Église dans l’accueil de ces personnes ? Y a-t-il un « fil rouge » pour les accompagner ?

Mgr B. Rivière : Oui, tout à fait. L’Église veille à ce que la personne puisse relire sa vie à la lumière de l’Écriture sainte, et puisse la partager avec d’autres. Dès le départ, il y a une confiance et un dialogue qui s’installent. Le fil rouge commence à s’allumer vraiment lorsque « l’entrée en Église » est célébrée. Personnellement, j’insiste beaucoup sur ce temps du pré-catéchuménat, qui n’a pas de règle dans la durée. L’important est que la personne aspire à une véritable conversion, et dès qu’il y a cet essentiel, l’entrée en Église peut se faire.

Ensuite, il y a le temps du catéchuménat que nous devons, je pense aujourd’hui, faire durer un peu plus longtemps, même si certaines personnes veulent aller vite ! Nous suggérons plutôt la patience et nous disons au catéchumène : « Suis un chemin, nous prenons le chemin ensemble. Pas tout de suite ». Le « pas tout de suite » est très important.

"La nuit de Pâques marque le début d’une vie nouvelle" © Luc van Merris

« La nuit de Pâques marque le début d’une vie nouvelle » © Luc van Merris

Durant le temps du catéchuménat, nous ne devons pas opposer l’accompagnement du cheminement personnel des catéchumènes avec la transmission du contenu de la foi. Il faut toujours ces deux approches.

Le catéchumène reçoit un accompagnateur qui l’encourage, l’écoute et qui est le témoin des merveilles de Dieu dans sa vie. Et il reçoit également de l’Église le donné de la foi, c’est-à-dire l’apprentissage au contact de la tradition. En d’autres termes, le temps du catéchuménat est à la fois un temps d’aide concrète pour la vie spirituelle et un temps de formation.

Ensuite vient l’étape de la lettre adressée à l’évêque, un ou deux mois avant l’appel décisif. S’il y a une difficulté, un prêtre ou un accompagnateur peut l’exprimer. Et enfin s’ouvre le dernier temps : celui de la purification, au cours duquel se vivent les scrutins, et celui de l’illumination. Le temps pascal et toute la vie qui s’ensuit, c’est le temps du néophytat sur lequel nous devons beaucoup réfléchir.

Il faut savoir que la véritable initiation chrétienne, c’est le sacrement. Nous ne sommes pas initiés aux sacrements, ce sont les sacrements qui nous initient ! La nuit de Pâques marque le début d’une vie nouvelle. Et lorsque les baptisés vivent leur foi par la prière, les actes de conversion, de charité et les sacrements, ils ne cessent pas de renaître dans la mort et la Résurrection du Christ. 

Zenit : Ce chemin du catéchuménat peut être aussi difficile quand les doutes ou les tentations s’installent. Dans ces cas-là, comment l’Église peut aider ces personnes ?

Mgr B. Rivière : Il peut en effet arriver que des catéchumènes arrêtent leur préparation au baptême en cours de route, et notre rôle dans ce cas-là est de dire « Tu es libre ». Et il peut aussi arriver que certains reprennent leur parcours de catéchuménat des années après.

Je voudrais mentionner certains doutes qui sont peut-être aussi ceux de nombreux baptisés. C’est un regard excessif sur soi qui fait dire « Je ne suis pas à la hauteur » ou « Ma vie n’est pas assez transformée, je retombe dans mes péchés… ». Là, les accompagnateurs doivent vraiment être à l’écoute pour aider la personne à lever cette difficulté, à ne pas être volontariste comme si elle devait mériter le baptême. Non, nous ne méritons pas le baptême. Le baptême est un pur don !

En revanche, un peu comme pour une plantation, l’Église a le devoir d’aider le catéchumène à être une terre préparée et ouverte pour recevoir le baptême. C’est Dieu qui plante, et le temps du catéchuménat est celui du labour du terrain. Il y a un moment favorable pour la plantation, et il y a une croissance : mais il faut du temps.

Zenit : En quoi les catéchumènes interpellent-ils la communauté chrétienne, et que nous enseignent-ils ?

Mgr B. Rivière : Je crois d’abord que l’Esprit Saint travaille le cœur humain qui est simple et droit. Dès qu’un cœur est authentique et qu’il ne triche pas avec lui-même, le Saint-Esprit est à l’œuvre. Et il prend des chemins à chaque fois singuliers.

"Le témoignage des catéchumènes rejaillit souvent sur ceux qui les entourent" © Michel Pellat-Finet 

« Le témoignage des catéchumènes rejaillit souvent sur ceux qui les entourent » © Michel Pellat-Finet

Les catéchumènes ne sont pas les seuls à recevoir l’appel de Dieu pour une vie nouvelle. Nous aussi, chrétiens plus anciens, nous sommes sous le coup d’un appel permanent à sortir, tel un exode, et nous mettre ensemble sous la conduite de Dieu. Ces personnes ont un sens très vif de cette libération. Elles nous rappellent sans cesse que Dieu peut libérer des peurs, des ornières et du découragement. Leur témoignage rejaillit souvent sur ceux qui les entourent, en les renouvelant dans l’appel de Dieu.

Enfin, les catéchumènes nous apprennent beaucoup sur la gratuité, car ils arrivent dans l’Église sans que nous ayons fait le moindre effort. Ils ne sont pas le fruit de notre pastorale immédiate ! Et il me semble d’ailleurs que la pastorale de l’Église catholique devrait aujourd’hui être repensée complètement à partir du catéchuménat. Ce qui se vit dans le catéchuménat concerne toute communauté chrétienne : c’est l’une de mes convictions fortes, née des expériences de ces dernières années.

 

Share this Entry

Anne van Merris

Anne van Merris, journaliste française, a suivi une formation à l'Institut européen de journalisme Robert Schuman, à Bruxelles. Elle a été responsable de la communication au service de l'Église catholique et responsable commerciale dans le secteur privé. Elle est mariée et mère de quatre enfants.

FAIRE UN DON

Si cet article vous a plu, vous pouvez soutenir ZENIT grâce à un don ponctuel