Ce matin, le voyage apostolique au Cameroun a conduit le Saint-Père à la cathédrale Saint-Joseph pour la rencontre pour la paix avec la communauté de Bamenda. Voici le discours prononcé :
Chers frères et sœurs dans le Christ,
comme pèlerin de paix et d’unité, je viens parmi vous et je vous fais part de la joie que j’éprouve à me trouver ici pour visiter votre pays et, surtout, pour partager votre cheminement, vos peines et vos espoirs.
Les manifestations festives qui accompagnent vos liturgies et la joie qui jaillit de la prière que vous élevez vers Dieu sont le signe de votre abandon confiant en Lui, de votre espérance inébranlable, de votre attachement, par toutes vos forces, à l’amour du Père qui se fait proche et regarde avec compassion les souffrances de ses enfants. Dans le psaume que nous avons prié ensemble, cette confiance en Lui, que nous sommes appelés à renouveler aujourd’hui, est chantée : « Le Seigneur est proche du cœur brisé, il sauve l’esprit abattu » (Ps 34, 19).
Frères et sœurs, les raisons et les situations qui nous brisent le cœur et nous plongent dans la détresse sont nombreuses. En effet, les espoirs d’un avenir de paix et de réconciliation, où chacun est respecté dans sa dignité et les droits fondamentaux sont garantis à tous, sont sans cesse mis à mal par les nombreux problèmes qui marquent cette magnifique terre : les multiples formes de pauvreté qui touchent encore actuellement un très grand nombre de personnes dans le contexte d’une crise alimentaire en cours ; la corruption morale, sociale et politique, liée surtout à la gestion des richesses qui empêche le développement des institutions et des structures ; les graves problèmes qui en découlent et qui touchent les systèmes éducatif et sanitaire, ainsi que la grande migration vers l’étranger, en particulier des jeunes. Et, aux problèmes internes, souvent alimentés par la haine et la violence, s’ajoute également le mal causé venant de l’extérieur, par ceux qui, au nom du profit, continuent de s’emparer du continent africain pour l’exploiter et le piller.
Tout cela risque de nous faire sentir impuissants et d’ébranler notre confiance. Et pourtant, c’est le moment de changer, de transformer l’histoire de ce pays. Aujourd’hui et non demain, maintenant et non dans le futur, le moment est venu de reconstruire, de composer à nouveau la mosaïque de l’unité en réunissant les diversités et les richesses du pays et du continent, d’édifier une société où règnent la paix et la réconciliation.
Il est vrai que lorsqu’une situation s’est installée depuis longtemps, le risque est celui de la résignation et de l’impuissance, car nous n’attendons aucune nouveauté. Pourtant, la Parole du Seigneur ouvre des espaces nouveaux et engendre transformation et guérison, parce qu’elle est capable de mettre le cœur en mouvement, de remettre en question le cours normal des choses auquel nous risquons facilement de nous habituer et de nous rendre acteurs actifs du changement. Rappelons-nous ceci : Dieu est nouveauté, Dieu crée des choses nouvelles, Dieu fait de nous des personnes courageuses qui, en défiant le mal, construisent le bien.
Nous le voyons dans le témoignage des Apôtres, tel que nous l’avons entendu dans la première Lecture : alors que les autorités du Sanhédrin interrogent les Apôtres, les réprimandent et les menacent parce qu’ils annoncent publiquement le Christ, ceux-ci répondent : « Il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes. Le Dieu de nos pères a ressuscité Jésus, que vous aviez exécuté en le suspendant au bois du supplice » (Ac 5, 29-30).
Le courage des Apôtres se transforme en conscience critique, en prophétie, en dénonciation du mal, et c’est là le premier pas pour changer les choses. Obéir à Dieu, en effet, n’est pas un acte de soumission qui nous opprime ou nous prive de notre liberté ; au contraire, l’obéissance à Dieu nous rend libres, car elle signifie Lui confier notre vie et laisser sa Parole inspirer notre façon de penser et d’agir. Ainsi, comme nous l’avons entendu dans l’Évangile, rapportant la dernière partie du dialogue entre Jésus et Nicodème : « Celui qui est de la terre est terrestre, et il parle de façon terrestre. Celui qui vient du ciel est au-dessus de tous » (Jn 3, 31). Celui qui obéit à Dieu avant d’obéir aux hommes ou à la pensée humaine et terrestre retrouve sa liberté intérieure, parvient à découvrir la valeur du bien et à ne pas se résigner au mal, redécouvre le chemin de la vie, devient artisan de paix et de fraternité.
Frères et sœurs, la consolation des cœurs brisés et l’espoir d’un changement de société sont possibles si nous nous en remettons à Dieu et à sa Parole. Nous devons cependant toujours garder dans notre cœur l’appel de l’apôtre Pierre et le remémorer : obéir à Dieu, et non aux hommes. Lui obéir parce que Lui seul est Dieu. Et cela nous invite à promouvoir l’inculturation de l’Évangile et à veiller attentivement, y compris sur notre propre religiosité, afin de ne pas tomber dans le piège de suivre ces courants qui mélangent la foi catholique avec d’autres croyances et traditions de type ésotérique ou gnostique qui, en réalité, ont souvent des finalités politiques et économiques. Seul Dieu libère, seule sa Parole ouvre des chemins de liberté, seul son Esprit fait de nous des personnes nouvelles capables de changer ce pays.
Je vous accompagne par ma prière constante et je bénis en particulier l’Église ici présente : tant de prêtres, de missionnaires, de religieux et de laïcs qui œuvrent pour être source de consolation et d’espérance. Je vous encourage à poursuivre sur cette voie et je vous confie à l’intercession de la Très Sainte Vierge Marie, Reine des Apôtres et Mère de l’Église.







