La Principauté de Monaco a eu la joie d’accueillir la visite du pape Léon XIV ce samedi 28 mars 2026. Un évènement plutôt exceptionnel et surprenant, car aucun pape ne s’y était rendu depuis plus de 500 ans. Suite à ce voyage, Zenit a recueilli les premières impressions de Mgr Dominique-Marie David, archevêque de Monaco depuis six ans, qui témoigne de « la joie, la reconnaissance et le bonheur d’avoir pu vivre un grand moment ».
Zenit : En quoi cette visite inédite du pape Léon XIV à Monaco marque-t-elle l’histoire de la Principauté ?
Mgr Dominique-Marie David : La visite du Saint-Père était en effet un événement inédit. Même si les historiens nous disent que le pape Paul III est venu fortuitement au 16e siècle pour des raisons plutôt diplomatiques et politiques, il n’y a jamais eu de voyage apostolique à Monaco à l’époque contemporaine. La surprise a donc été le premier sentiment : surprise pour tous les monégasques, les journalistes, nos voisins, et pour les grands pays qui s’attendaient peut-être à être visités avant Monaco !
Maintenant, c’est l’action de grâce qui domine. La joie, la reconnaissance, le bonheur d’avoir pu vivre un grand moment. « Nous avons vécu un moment exceptionnel qui marquera l’histoire » : ces mots sont sur toutes les lèvres depuis quelques jours. Et nous sentons bien qu’ils dépassent un simple moment d’euphorie, d’enthousiasme ou de fierté mal placée.
Zenit : Quels ont été les moments les plus marquants de la journée ?
Mgr D. M. David : Même s’il y a eu quatre séquences, c’est l’ensemble qui a marqué les esprits. Le premier moment a été la visite de courtoisie du pape au prince et à sa famille. Du balcon du palais, le prince Albert II a donné un discours très fort, rappelant l’identité catholique de Monaco et comment la foi marque notre identité dans les modes de vie, y compris dans la manière de gouverner. À son tour, le pape s’est adressé à l’ensemble de la population en évoquant ce que pourrait être la vocation spécifique de Monaco.

La dernière visite d’un pape à Monaco date du 16e siècle © diocese.mc
Ensuite, il y a eu une séquence plus intime à la cathédrale avec les prêtres, les religieux et religieuses, les principaux acteurs de l’Église locale et quelques collaborateurs institutionnels. Là, au cours d’un temps de prière, le pape a prononcé une homélie spirituelle profonde, nous invitant à enraciner notre foi dans le Christ. Après cela, il a rejoint en papamobile le parvis de l’église Sainte-Dévote, où il a rencontré les jeunes et les catéchumènes pour un temps de prière, d’échanges et de témoignages.
Enfin, la journée s’est terminée avec la messe dans le stade Louis-II, qui a été un grand moment de ferveur populaire. Beaucoup ont témoigné d’une célébration à la fois familiale, joyeuse et recueillie. Nous avons pu y accueillir nos amis des diocèses voisins, qu’ils soient français ou italiens. Nous avons été heureux de pouvoir ouvrir largement non seulement les portes de notre stade, mais aussi les portes de nos cœurs à tous ceux qui sont venus partager notre joie au cours de ce moment d’exception.
Ces quatre séquences, chacune à leur manière, ont bien reflété le visage de notre pays et de notre Église, et ont sans doute apporté une autre lumière sur la Principauté. Il est évident que cette journée a contribué à faire évoluer certains regards – parfois caricaturaux – sur Monaco et à mieux percevoir le cœur battant de notre pays.
Zenit : Que retenir de cette visite ? Y a-t-il un fil conducteur dans les paroles du pape ?
Mgr D. M. David : Je n’ai pas encore eu le temps de me replonger dans le détail des discours du Saint-Père. Nous sortons à peine de l’évènement que nous sommes déjà immergés dans la Semaine sainte ! Il me semble toutefois que le pape, dans des interventions très structurées et complémentaires, a abordé de nombreux sujets essentiels.
Il a d’abord pris le temps d’affermir notre foi en nous recentrant sur la personne du Christ. Il a aussi montré sa bonne connaissance de notre identité. Il a souligné à plusieurs reprises que la foi n’est pas seulement un héritage à préserver, mais un appel à la mission lié à une la responsabilité au service de la paix et de la justice.

La messe dans le stade Louis II devant 15 000 fidèles © Vatican Media
Fait marquant : il nous a confié la mission de porter la beauté de la Doctrine sociale de l’Église. Il n’a pas nié que nous vivions dans un lieu privilégié, où le confort et la richesse sont palpables, mais il nous a invités à approfondir le concept de redistribution et de nous ouvrir au partage et à la solidarité.
Il a même utilisé des images très parlantes pour définir la mission qu’il nous confie : que Monaco soit une « fenêtre d’espérance » et un « laboratoire de solidarité » ! Personnellement, je ne m’attendais pas à ce que le Saint-Père nous confie une si belle mission !
Zenit : À Monaco, la religion catholique est religion d’État. Comment les valeurs chrétiennes s’inscrivent-elles dans la société monégasque ?
Mgr D. M David : Sur ce sujet également, le pape nous a laissé des éléments de réflexion qui vont nous aider à poursuivre notre chemin. Nous devons être à la fois conscients du trésor que nous portons, mais surtout être prêts à le partager humblement. Il ne doit pas être un simple reliquat du passé, mais il doit irriguer nos choix, nos modes de vie, notre manière de penser.
La mission de l’Église de Monaco ne consiste pas à brandir les principes de l’Église catholique, mais à les présenter avec pédagogie et bienveillance, afin de mieux faire comprendre ce qui la motive et l’inspire, tout en veillant à préserver la cohérence de son engagement.
Tout au long de sa visite, le Saint-Père a eu cette intelligence pastorale de tenir ensemble les éléments essentiels que sont l’écologie intégrale, la justice, la paix, la dignité humaine, l’attention aux plus faibles et aux plus pauvres, et le respect de la vie de la conception jusqu’à la fin naturelle – qu’il a mentionné plusieurs fois dans la journée. En reliant ces points d’attention, il a rappelé que « tout est lié ».
La spécificité de la Principauté de Monaco, c’est qu’il n’y a pas de hiatus essentiel entre l’Église et les instances du pays et de l’État. Et, comme nous avons eu le bonheur de collaborer avec toutes les forces vives du pays pour la venue du Saint-Père, nous espérons bien poursuivre le chemin et en cueillir les fruits ensemble.
Zenit : Justement, quels fruits concrets espérez-vous pour l’Église de Monaco après cette visite ?
Mgr D. M. David : Maintenant, tout reste à faire ! Il nous faudra prendre le temps de nous rassembler, de travailler, d’échanger à partir ce que nous avons vécu et de ce que le pape Léon XIV nous a dit. Dans l’immédiat, nous allons célébrer la Semaine sainte et Pâques, mais il est sûr que, dans un avenir proche, nous chercherons à intégrer concrètement les messages du pape dans notre vie personnelle, ecclésiale et nationale.

Le pape avec le prince Albert II, au moment de son départ © Vatican Media
En tant que pasteur de l’Église de Monaco, je souhaite que la venue du pape, sa présence, ses discours, ses interventions marquent en profondeur les esprits, les intelligences, les cœurs, et nous permettent de poursuivre avec enthousiasme notre itinéraire de foi et d’espérance, à la suite du Christ, Chemin, Vérité et Vie, en ayant le cœur largement ouvert sur le monde.
Nous poursuivrons notre effort d’évangélisation pour qu’au-delà d’une identité catholique assumée, la nouveauté de l’Évangile soit mieux accueillie. Nous accompagnerons également les paroisses dans le conversion pastorale et missionnaire. Puissions-nous être attentifs aux besoins de ceux qui nous entourent.
Enfin, j’espère vraiment que nous pourrons trouver de nombreux points d’application concrets non seulement dans les domaines de la mission, de l’accueil des catéchumènes et des jeunes générations, mais aussi dans la solidarité et dans notre combat pour la justice et la paix, en fondant tout cela sur une profonde vie d’amitié avec le Christ et une plus grande communion fraternelle.




