ROME, Dimanche 27 juin 2010 (ZENIT.org) - Etre le berger d'un troupeau soudanais est à la fois un privilège et un fardeau, avoue l'évêque du diocèse de Tombura-Yambio, situé dans le sud du Soudan, qui a connu lui-même la vie de réfugié. Le plus jeune évêque de l'Eglise catholique au Soudan, Mgr Edward Hiiboro (46 ans), est à la tête d'un diocèse énorme, mais pauvre sur le plan matériel.

Selon le dernier recensement, près de 2 millions de personnes vivent dans cette région, dont 900.000 catholiques. Il s'agit d'un diocèse ancien : en 2011 on y célèbrera 100 ans de christianisme. La région est isolée de la plupart des grandes villes et agglomérations du pays. Les communications sont très mauvaises, et les habitants doivent faire face à des problèmes majeurs de construction et de reconstruction.

Le Soudan, le plus grande pays du continent africain, reste profondément marqué par une longue guerre civile, conséquence des inégalités raciales et culturelles.

Dans cette interview accordée à l'émission de télévision « Là où Dieu pleure » du Catholic Radio and Television Network (CRTN) en coopération avec l'Aide à l'Eglise en détresse (AED), l'évêque évoque son expérience de travail et de vie dans les camps de réfugiés, ses raisons d'espérer et ses objectifs pour les habitants de son diocèse.

Q : Vous-même êtes né dans le sud du Soudan ?

Mgr Hiiboro : Oui, je suis né dans le sud du Soudan. Deux mois après ma naissance, il y a eu un raid sur mon village et ma mère a été tuée. J'ai été élevé par ma grand-mère qui a fui cette guerre et a cherché refuge dans la République du Congo. J'y suis resté pendant neuf ans. J'ai grandi dans un camp de réfugiés. Je suis revenu au Soudan en 1972 après l'accord de paix d'Addis Abeba, et j'ai poursuivi mes études, à nouveau interrompues par la guerre de 1983. Nous avons trouvé refuge à Khartoum, où j'ai terminé mon séminaire.

Je suis donc foncièrement un réfugié, une personne déplacée, et je sais ce que signifie abandonner son propre pays, quitter son pays sans rien, absolument rien. Aussi, quand ces gens retournent chez eux, je comprends réellement leurs difficultés, je connais leur situation.

Q : Comment avez-vous fait pour garder la foi tout au long de ce chemin si difficile ?

Mgr Hiiboro : D'abord, je dois rendre grâce à ma grand-mère. Elle a été élevée dans la foi catholique. Quand j'étais petit, elle m'a appris à prier. La prière est devenue une habitude chez moi. Avant de me coucher, je priais avec elle. Quand je me réveillais le lendemain, elle me disait : « Maintenant nous devons prier. Tu dois remercier Dieu d'être en vie ». Et j'ai ainsi appris toute ma vie à voir le Christ dans chaque situation. C'est devenu ma devise d'évêque maintenant.

Q : Et quelle est votre devise ?

Mgr Hiiboro : « Le Christ est pleinement ressuscité ». Le Christ avec toute sa souffrance, cloué sur la croix, n'est pas resté sur la croix. Ni dans le tombeau. Il s'est réveillé, s'est levé, est ressuscité ; ainsi, derrière toute croix, il y a la vie. Le Christ est là, derrière et sous la tombe et au-dessus, il y a la vie. Ainsi, je sais bien que nos difficultés au Soudan, nos problèmes dans le diocèse de Tombura-Yambio ne finiront pas, mais nous ressusciterons.

Nous viendrons à la vie, et je vois la vie au bout du compte, c'est mon espérance et j'y crois.

Q : Ce doit être un énorme changement pour vous  : universitaire jusqu'ici, vous voilà tout à coup évêque ?

Mgr Hiiboro : C'est vrai. Ma nomination comme évêque, je l'ai accueillie avec des sentiments mitigés, parce que je voulais exceller dans le domaine universitaire. J'aime lire et écrire et je viens de publier mon dernier livre : Human Rights, The Church in Post-war Sudan (Droits de l'homme, l'Eglise dans le Soudan de l'après-guerre).

Je voulais aller plus loin dans l'écriture et à présent ce changement, avec cette possibilité d'être évêque d'un grand et difficile diocèse, bouleverse mes plans et mes efforts pour réaliser le type de diocèse qu'il faut. Mais je sais que c'est Dieu qui m'a appelé à faire ce travail, et c'est son affaire. C'est son plan et je suis certain qu'il ne me laissera pas seul. Il sera avec moi. Il prendra soin de moi, il m'a déjà donné des gens merveilleux, des gens qui croient en Dieu. Je vais travailler avec eux. Dès le jour de mon ordination, ils m'ont donné toute la joie possible, m'ont réservé le meilleur accueil, ce qui me prouve que je ne serai pas seul pour endosser la responsabilité de ce diocèse.

Q : De votre ordination, vous avez dit vous-même que c'est à la fois un fardeau et un privilège. Quel fardeau portez-vous sur les épaules ?

Mgr Hiiboro : La croix des gens. Travailler avec les gens qui vivent dans des conditions aussi pénibles, la vie, la réalité de vie que mes gens connaissent, la possibilité de construire la paix entre eux, la possibilité d'avoir une vie favorable conforme à leur pleine dignité, la possibilité de jouir de leurs droits humains et d'être des enfants libres, des enfants de Dieu. Je sais que ce n'est pas facile ; ce n'est pas une route facile. Je sais que les choses sont difficiles. Je le vois, je le sens. Pour moi, c'est un fardeau, et par-dessus tout, faire la paix dans ce pays, une paix durable dans ma région. Mais c'est aussi un privilège, parce que je suis prêtre. Je suis catholique. Je suis chrétien.

Q : Pourquoi est-ce un privilège dans une telle situation ?

Mgr Hiiboro : C'est un privilège parce que je suis capable de réaliser le projet de Dieu. C'est un privilège de parler au nom de Dieu. C'est un privilège d'annoncer la Bonne Nouvelle de Dieu aux gens qui en ont le plus besoin.

Q : Les gens sont-ils ouverts à cette leçon de salut ?

Mgr Hiiboro : Oui, ce qui est intéressant à propos de mon diocèse, c'est qu'il a été dès le début une communauté aristocratique. Les gens avaient leurs rois et ils écoutaient leurs rois. Lorsque les chrétiens sont arrivés il y a 97 ans, le christianisme a remplacé cette tendance à s'allier aux rois, et les gens ont embrassé le christianisme. Il n'y avait pas une personne sur cinq qui ne mentionnait pas le nom de Dieu. Ainsi les gens, comme on peut le voir, aiment leur Dieu. Ils sont en relation avec leur Dieu. Egalement quand j'ai été sacré évêque, j'ai pu constater la grande joie de mon peuple.

Et lorsque je fais la tournée des paroisses, j'ai vu à quel point ils étaient heureux pour moi, leur accueil chaleureux. De même, la présence de la Sainte Eucharistie, leur assiduité à recevoir les sacrements, leur style de vie m'encouragent ; le fait qu'ils soient ainsi ouverts à la Bonne Nouvelle de Dieu, m'apporte un immense réconfort et me stimule.

Q : Vous avez beaucoup à faire pour bâtir une paix durable ?

Mgr Hiiboro : C'est vrai, j'ai beaucoup à faire, mais je le vois de cette manière : la première chose que j'ai à faire est d'approfondir le processus d'évangélisation de mon peuple. Il doivent connaître Dieu, être chez eux avec Lui, faire l'expérience de Dieu et, sur cette base, construire une paix durable. Je ne cesse de dire et d'insister auprès de mon peuple pour qu'ils mettent le Christ au centre de leur action, qu'Il en soit le fondement ; ce n'est que si nous sommes convertis à Lui qui est l'auteur de la paix, que nous serons capables de construire la paix.

Q : Quels sont les défis ?

Mgr Hiiboro : Les gens sont traumatisés depuis des années. Ils n'ont aucune expérience de la paix. Le seul moyen qu'ils connaissent pour obtenir quelque chose, c'est la violence, et ils doivent l'extirper. Ainsi, la culture de la paix ne peut être instaurée qu'à travers un processus graduel. Je dois y aller doucement. Je dois trouver pourquoi nous avons encore tant de mal à construire la paix. Vous savez, la guerre a contraint beaucoup de gens à aller vivre comme réfugiés dans des pays différents, et ils sont tous rentrés dans leurs foyers avec des mentalités différentes. D'autres ont été déplacés dans d'autres régions, à l'intérieur de leur pays ; d'autres encore n'ont jamais quitté leur pays durant les périodes de guerre ; ceux-là aussi ont une approche différente. Quand on met tous ces gens ensemble, le processus d'intégration n'est pas facile, il est même très difficile. Mais il nous faut avancer au rythme de chacun de ces groupes et leur dire que nous avons un objectif commun. Il nous faut trouver un juste équilibre pour bâtir la paix entre nous, en nous acceptant tous et chacun de nous.

Q : Pouvez-vous nous dire quelques mots de votre propre situation ? Avez-vous travaillé avec les personnes déplacées ?

Mgr Hiiboro : Oui, quand j'étais étudiant à Khartoum avant et juste après mon ordination, j'ai travaillé avec les personnes déplacées. L'archevêque m'a envoyé dans un camp de personnes déplacées appelé Jebel Aulia, dans la partie nord de la ville de Khartoum. Nous avons été le premier groupe de gens à arriver dans le camp de déplacés, et la vie était très dure. C'était un désert. J'ai vu des mères creuser un trou dans le sol pour garder leurs enfants au chaud. C'était l'hiver, il faisait froid. Il n'y avait pas grand-chose à manger. La vie était pénible, et c'est à ce moment que nous avons commencé à perdre des enfants. Des personnes enlevaient les enfants. Elles venaient faire du porridge et séquestraient les enfants. Nous avons dû être vigilants et faire un rapport sur les enfants disparus. Au bout d'un an, on m'a envoyé dans la République centrafricaine pour être recteur d'un petit séminaire dans un camp de réfugiés. J'y suis resté pendant sept ans, et j'ai vu combien il était difficile pour les gens de vivre loin de leur terre. La vie était très dure, et je m'occupais beaucoup des séminaristes dans le camp. Nous devions cultiver nos aliments pour nourrir ces jeunes et aussi les gens de la région. Ainsi j'ai vécu la vie des réfugiés aussi bien que celle des personnes déplacées.

Q : Avez-vous des souhaits, des demandes ?

Mgr Hiiboro : Mes demandes sont au nombre de trois : Je demande votre amitié. J'aimerais que vous visitiez notre diocèse, et je veux des bénévoles. J'ai besoin que des gens viennent nous rejoindre, nous visiter, et que ceux qui peuvent restent travailler avec nous, ce serait merveilleux.

Ma deuxième demande est que vous choisissiez des plans d'urgence, des projets visant l'autonomie et l'auto-suffisance pour que les gens se prennent eux-mêmes en mains. Ces défis sont nombreux : la santé, l'éducation et les services sociaux.

La troisième demande : j'aimerais que se poursuive la consolidation de la paix dans le pays. Ce n'est pas un projet facile, mais délicat, et qui peut être réduit à néant à tout moment. Nous faisons ce qu'il nous appartient de faire, mais nous avons besoin des efforts de beaucoup de nos amis qui sont restés avec nous pendant la période de guerre et de conflit, pour que cette paix soit garantie et consolidée. Je vous remercie vivement, et je sais que l'invitation à venir que je vous fais et ma demande d'élaborer des projets peuvent conduire à l'autonomie et à l'autosuffisance. Et que tout ce qui peut contribuer à la poursuite du processus de consolidation de la paix sera bienvenu. Je vous remercie de nous avoir prêté main forte par le passé. Vous nous avez maintenus en vie. Dieu, dirais-je, pleure au Soudan, mais nous voulons le voir rire au Soudan.

Propos recueillis par Marie-Pauline Meyer, pour l'émission télévisée « La où Dieu pleure », conduite par la Catholic Radio and Television Network (CRTN), en collaboration avec l'association Aide à l'Eglise en Détresse (AED).

Traduit de l'anglais par ZENIT

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Sur le Net :

Pour plus d'information : www.WhereGodWeeps.org

- Aide à l'Eglise en détresse France  
www.aed-france.org

- Aide à l'Eglise en détresse Belgique

www.kerkinnood.be

- Aide à l'Eglise en détresse Canada  
www.acn-aed-ca.org

- Aide à l'Eglise en détresse Suisse 
www.aide-eglise-en-detresse.ch

Le Zimbabwe attend sa résurrection, par Mgr Dieter Scholz (II)

ROME, Dimanche 9 mai 2010 (ZENIT.org) – Zimbabwe dans la langue locale signifie « demeure de pierres ». Aujourd’hui, cette demeure s’écroule, déplore l’évêque de Chinhoyi.

Selon Mgr Dieter Scholz, le chômage est estimé à environ 80% dans son pays, et ceux qui perçoivent un salaire ont tout juste de quoi acheter une savonnette, ou peut-être trois quignons de pain.

Dans cette interview accordée à l’émission de télévision « Là où Dieu pleure » du Catholic Radio and Television Network (CRTN) en coopération avec l’Aide à l’Eglise en détresse (AED), l’évêque a évoqué la situation actuelle dans son pays, comment elle a évolué, et le rôle qu’il a joué en tant que pasteur de l’Eglise. Nous publions ci-dessous la deuxième partie de l’entretien. Pour la première partie, cf. Zenit du 2 mai.

Q : Comment voyez-vous votre rôle de Pasteur maintenant, et celui de l’Eglise ? Alors que toutes les structures s’écroulent, l’Eglise semble rester l’une des dernières voix de l’opposition dans la situation actuelle. Comment vous voyez-vous, vous-même, dans ce rôle particulièrement difficile de Pasteur et, en même temps, comment donner une voix à ceux qui n’ont pas de voix  ?

Mgr Scholz : Mon rôle principal est de soutenir les prêtres dans leur travail devenu encore plus difficile.

Ils ont traversé une véritable période de persécution depuis la lettre pastorale intitulée « Dieu écoute le cri des opprimés », publiée l’année dernière. A la suite de la lettre de Pâques 2007, nos prêtres ont été persécutés, en particulier dans notre province.

Q : Comment ont-ils été persécutés ?

Mgr Scholz : appels téléphoniques anonymes, appels menaçants, insultes par des catholiques éminents, des femmes catholiques, des femmes catholiques importantes dans notre diocèse appelant au téléphone le président du conseil pastoral pour lui dire que votre prêtre – autrement dit celui qui lui donne la Sainte Communion quand il vient à la messe le dimanche – vos prêtres sont des délinquants, des voleurs et des ivrognes, et s’ils ne cessent pas de parler comme ils le font, ils verront ce que nous leur ferons. Ce genre de menaces.

Et je pense qu’il s’agit d’un défi pastoral que nous aurons encore besoin d’affronter quand les choses se seront calmées ; confronter nos propres fidèles et leurs consciences avec les exigences de la foi : les simples exigences de justice d’une part, et la façon dont ils ont enduré ce qui s’est passé cette année entre mars et juin d’autre part, ainsi que la manière de se comporter et de parler quand ils venaient à la messe et s’habillaient pour aller à l’église.

Nous n’avons pas pu le faire en raison des tensions existant au sein de la communauté chrétienne, mais aussi au sein de la communauté dans son ensemble, et de l’intimidation constante à laquelle nous avons été exposés.

Je dirais donc que ma première tâche, et j’ai essayé de la remplir de mon mieux, a été de soutenir mes prêtres quand ils étaient contraints de fuir leurs paroisses, comme certains d’entre eux ont dû le faire ; nous les avons accueillis dans la maison de l’évêque ou au centre pastoral, en nous assurant qu’ils seraient en sécurité.

J’ai déjà pu envoyer le premier en Angleterre pour un temps de repos et de récupération, de renouvellement spirituel, et deux autres suivront dans les prochaines semaines.

Q : Il y a donc un problème d’épuisement chez vos prêtres ?

Mgr Scholz : Epuisement, oui, épuisement physique, mais aussi émotionnel et psychologique.

Il est difficile d’imaginer la société fermée du Zimbabwe où règne l’illégalité ; où si on vous agresse verbalement ou physiquement et on va à la police pour porter plainte, ou si moi je vais à la police porter plainte, je serai arrêté pour trouble à l’ordre public et pour agression contre autrui.

Je vous dirais donc que les principales tâches de l’évêque sont de soutenir les prêtres et soutenir les fidèles lors de mes visites dans le diocèse, qui couvre toute la partie nord et nord-est du Zimbabwe.

J’ai parlé aux fidèles et tenté de raviver leur foi. Très souvent, ces déplacements sont liés au fait de donner le sacrement de la Confirmation, et c’est une merveilleuse opportunité de leur parler des dons de l’Esprit Saint : l’esprit de consolation, l’esprit de foi, l’esprit d’espérance.

Et j’ai toujours reçu, et senti que je recevais, bien plus que j’aurais pu donner à travers mes paroles, en observant la foi des chrétiens au milieu de leurs souffrances.

Je pense que la persécution fait ressortir peut-être le pire chez les persécuteurs, mais aussi le meilleur parmi les fidèles

Q : Vous avez parlé très franchement avec nous. N’avez-vous pas peur ? Jusqu’à quel point êtes-vous prêt à porter votre croix dans cette situation ? Vous parlez très ouvertement en ce moment, vous vous êtes exprimé publiquement au Zimbabwe, les autres évêques aussi, à travers la publication de la lettre pastorale. Jusqu’où les évêques, vous-même, êtes disposés à aller compte tenu de la situation ?

Mgr Scholz : Ce n’est pas vraiment un problème pour moi, en partie parce que durant la guerre de libération, j’ai participé à la Commission catholique pour la Justice et la Paix avec Mgr Lamont, qui était alors notre président, et trois autres. J’ai été arrêté. J’ai été incarcéré. J’ai été expulsé. Nous avons dit la vérité, et nous devons, je crois, dire la vérité maintenant, et c’est ce que nous avons fait dans notre Lettre pastorale. Une autre confirmation que nous sommes allés au coeur de la question a été la colère sans précédent du gouvernement. Ils étaient vraiment, vraiment enragés.

Aujourd’hui encore, lorsque nous rencontrons des fonctionnaires du gouvernement, il n’y a pas une seule fois où la « Lettre pastorale » n’est pas mentionnée ; nous en avions écrit d’autres auparavant, et après aussi, mais ils ne mentionnent que « la lettre pastorale. »

Je pense que c’était nécessaire. Vous avez demandé plus haut ce que font les évêques. Je crois que notre rôle est, d’une part, de soutenir nos prêtres, de cheminer avec les gens en cette heure très sombre, peut-être la plus sombre de l’histoire récente de notre pays, et en même temps de remplir notre mission prophétique, notre ministère prophétique, de dire tout haut la vérité.

Q : Et cette résurrection se profile-t-elle à l’horizon ?

Mgr Scholz : Oui, et la vérité a été entendue des deux côtés.

Q : Vous avez beaucoup parlé de la situation interne du Zimbabwe. Mais qu’en est-il avec la communauté internationale  ? Vous êtes-vous sentis négligés, abandonnés par rapport à la situation au Zimbabwe ?

Mgr Scholz : Non. Nous avons reçu des paroles de soutien et de l’aide du monde entier : e-mails, lettres, dons petits et grands, et précisément quand nous avons eu cette crise dont j’ai parlé, entre les élections de la fin mars et le second tour de la présidentielle. Nous possédons cinq hôpitaux dans notre diocèse et, avec l’effondrement du secteur de la santé publique, ceux qui étaient traumatisés par les agents de la police d’Etat venaient se faire soigner dans nos hôpitaux. Au début, il leur a été refusé pendant des semaines de recourir à l’aide médicale. Mais quand ils arrivaient ensuite avec d’énormes blessures sur les fesses – vous pouviez mettre votre poing dans la blessure – nous n’avions pas assez de médicaments. C’était la période où le père Halamba est arrivé de l’AED (Aide à l’Eglise en détresse) ; je lui ai exposé la situation et, en quelques jours, il nous a procuré généreusement des médicaments, qui nous ont permis de réapprovisionner nos hôpitaux.

Q :
N’êtes-vous pas indigné de ce qui arrive à votre pays ?

Mgr Scholz : Bien sûr que je suis en colère, et quand je suis en colère, le soir je me retire dans ma chapelle, j’attends que ma colère passe et que la paix revienne et, dans la prière, je trouve cet équilibre. Mais quand peut-on être en paix quand un séminariste de troisième année, qui va être ordonné diacre, à mon retour vient me trouver et me dit : « Mon père a été tué hier, à 62 ans, parce qu’ils le soupçonnaient de faire partie de l’opposition, ce qui était faux » ?

Un voisin qui lui gardait rancune l’avait dénoncé à la milice, et les miliciens sont venus, ont pris des planches en bois et l’ont battu à mort, sous les yeux de sa femme. Comment peut-on ne pas être en colère ? Ils ont voulu téléphoner à la police, et on leur a répondu. « Nous ne pouvons pas ouvrir le registre, nous n’avons pas de photocopieuse. »

C’est ce que je veux dire quand je dis que la vérité doit éclater au grand jour. Les auteurs de ces crimes devront un jour être désignés par leur nom. Ils devront répondre de leurs actes, et c’est alors que nous pourrons entamer le processus de réconciliation, peut-être même d’amnistie.

C’est l’erreur, si je puis me permettre d’ajouter, que nous avons commise à la fin de la guerre civile, la guerre de libération. Dans un geste de grande générosité, mais, selon moi, de naïveté, Robert Mugabe a déclaré : « Nous traçons une ligne ici. Nous ne reviendrons pas sur le passé, et nous inaugurons un nouveau départ. »

Je crois que quand il a fait cette déclaration à la veille de l’indépendance, il était sincère. Ce n’était pas un stratagème. Je connais des Blancs qui avaient décidé d’émigrer en Afrique du sud, de fuir à cause de ce que Ian Smith avait dit que leur ferait Robert Mugabe. Je connais une famille qui s’est réellement arrêtée au bord de la route, a récité une prière et, après discussion, a fait demi-tour pour rentrer chez elle et poursuit son activité agricole dans le pays. C’était peut-être très généreux, mais nous sommes tous des êtres humains et les règlements de comptes de cette guerre continuent au sein des communautés locales.

Q : Il ne peut donc y avoir de paix sans justice ?

Mgr Scholz : Il ne peut y avoir de réconciliation sans vérité. La vérité doit se faire jour. Elle doit être reconnue.

Je pense que le pardon doit être demandé, pour ensuite être accordé. Dans une communauté idéale, nous pourrions peut-être dire que nous tirons un trait et faisons un nouveau départ. Mais, étant ce que nous sommes, qui nous sommes, les blessures du cœur guérissent beaucoup plus lentement que les blessures du corps. Maintenant, je le vois bien.

Q : Quel serait votre appel ? Quel serait votre appel aux catholiques qui observent ce programme pour le Zimbabwe ?

Mgr Scholz : Mon premier appel est de continuer à prier pour le Zimbabwe, de prier pour la paix, de prier pour que les dirigeants qui ont perdu l’élection aient le courage de se résigner, d’accepter dans l’intérêt du peuple et de la nation qu’un autre prenne les commandes.

Les élections ont été un vote pour le changement. Ce n’était pas un vote pour un programme bien défini.

Le peuple a simplement dit : « Nous sommes fatigués, nous avons faim, nous sommes sans travail, sans écoles, sans hôpitaux, nous voulons le changement. »

Si nos dirigeants reconnaissaient cela et se montraient assez généreux pour lâcher prise en dépit de la crainte de ce qui les attend, alors les prières des catholiques qui suivent ce programme seraient exaucées. Ce serait un miracle, mais un miracle qui pourrait se réaliser.

Propos recueillis par Mark Riedemann

Pour la vidéo de cette interview en anglais cf. : www.wheregodweeps.org/a-church-punished-for-ist-opposition

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