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© Brunor, "Les Indices pensables", tome 6

Qui est créé le premier? L’Homme spirituel ou matériel?

Chronique n° 75

Résumé : En bon disciple de Platon, Philon d’Alexandrie croyait lire dans la Bible que le premier ADAM (l’Homme) était spirituel. S’il est devenu matériel, selon ces philosophes, ce n’est que dans un deuxième temps, à cause d’une chute dans la matière qui est la punition d’une faute…

Certains chrétiens ont été tentés d’adopter cette lecture de Philon. Ce fut le cas d’Origène (185-253) et de ses disciples. Mais lors de plusieurs conciles, l’Eglise a déclaré que c’était là une fausse piste (nous y reviendrons). Elle a condamné cette lecture, qui est contradictoire avec l’Ecriture. Elle est typiquement païenne car, comme nous l’avons vu, elle s’inspire nettement du vieux mythe orphique(1). Elle oppose chute et création, car selon leur système appelé gnose, c’est la chute qui est la cause de l’existence du cosmos matériel. Ce dernier n’existait pas, il a été installé comme un bagne pour accueillir l’humanité punie. Car selon cette gnose, la faute est pré-cosmique, elle a eu lieu dans un « monde différent ». C’est l’ensemble de cette doctrine qui a été condamnée par les conciles qui ont reconnu là les mythes païens étrangers à la Révélation biblique. Mais avant cette condamnation officielle par l’Eglise des idées de Philon, déjà parmi ses contemporains, quelqu’un s’est levé pour réagir immédiatement en entendant cette séduisante doctrine venue d’Alexandrie, c’est saint Paul.

Selon Philon (2), ce que relaterait le récit de Genèse 1,26, c’est la création de la première humanité (3) : « Dieu dit : faisons de l’Homme à notre image, comme notre ressemblance… » Cette première humanité était donc spirituelle, puisque créée à l’image de Dieu. Ce premier Homme était dans la plénitude, « le plérôme », la perfection, et ne connaîtrait donc pas la mort. Il était spirituel, incorporel, ni masculin ni féminin, et bien sûr, incorruptible par nature…

Toujours selon Philon, c’est seulement plus tard, que nous est racontée la raison d’être d’une humanité très différente, dans le chapitre 2,7 de Genèse : « Alors le Seigneur Dieu modela l’homme avec la poussière du sol, il insuffla dans ses narines une haleine de vie et l’homme devint un être vivant. » L’Homme de Gn 2,7 n’a pratiquement plus rien des magnifiques qualités du précédent. Il a tout perdu dans sa chute. (On pourrait dire : tous ses dons « préternaturels ».) C’est un être matériel, corporel, fait de matière vulgaire, la poussière du sol. Il est masculin ou féminin, sexué… et il est mortel par nature (selon Philon).

Comme dans les mythes orphiques et comme chez Platon, Philon explique cette différence par une chute, une dégradation, une déchéance, dont la « matière » omniprésente ne peut être que la confirmation flagrante puisque chez Platon, elle est le Principe du mal, et l’Homme spirituel est tombé dedans, prisonnier dans ce corps fait de matière/fange.

Chacun peut constater comment saint Paul va prendre parti dans ce débat et afficher un point de vue radicalement opposé à celui de son contemporain Philon. Si on ne connaît pas la doctrine de Philon, on pourrait se demander pour quelles raisons saint Paul écrit ce genre d’enseignement aux Corinthiens : « … Mais ce n’est pas le spirituel qui est premier, c’est le psychique (= l’homme animal),  et puis ensuite, le spirituel. Le premier Homme est issu de la terre, il est fait de poussière, le deuxième Homme viendra des Cieux. » (1 Corinthiens 15, 46.) « Le premier Homme a été fait âme vivante, l’Homme qui viendra après sera un esprit vivifiant. » (1 Corinthiens 15, 45.)

Pourquoi saint Paul insisterait-il tant sur cette question : qui est créé en premier ? L’homme spirituel dans une plénitude perdue dans le passé, ou l’Homme fait de la poussière du sol qui marche vers l’avenir ?

On peut observer comment saint Paul reprend un à un tous les termes de Philon et s’y oppose avec autorité. L’Homme spirituel est premier affirme Philon. Pas du tout ! répond saint Paul : la première humanité, c’est celle qui est faite de poussière, elle vient de la terre, elle est « vieil Homme ». Certes, il y aura par la suite une humanité spirituelle, (et nous en sommes témoins) mais ce n’est pas elle qui est première, elle est seconde, elle constitue une autre étape qui viendra après, elle est « esprit vivifiant ». Cette humanité nouvelle, nous en avons enfin l’exemple : C’est Jésus le Messie (= le Christ). C’est lui, l’Homme nouveau et véritable qui est la véritable image de Dieu. C’est lui le Fils unique, que l’on peut également appeler « le frère aîné d’une multitude de frères » (4). Car lui, il est assurément l’unique, mais nous, nous sommes appelés, invités à devenir à notre tour : des fils. Non pas de naissance comme lui, puisqu’il est l’unique fils, mais par adoption ; il devient donc ainsi l’aîné. Comment devenir des fils adoptifs ? Saint Paul va développer le thème magnifique de la « métamorphose »…

(A suivre…)

Brunor

 

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  1. Voir les chroniques sur la chute platonicienne http://brunor.fr/PAGES/Pages_Chroniques/57-Chronique.html
  2. Dans son livre : Traité de la Création du Monde, chapitre (§ 69),
  3. ha-adam c’est l’Homme, humain, humanité. Ha, en hébreu, c’est en français l’article défini « le ».
  4. Romains 8,29.
  5. Illustration tirée du Tome 6 des Indices pensables : Le Secret de l’ADAM inachevé. (Brunor éditions). Dans toutes les bonnes librairies en précisant « diffusion Salvator », pour aider le libraire à les commander. Sinon, sur Internet.

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