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Mgr Paul Richard Gallagher, capture Salt&Light

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OSCE: l’universalité des droits de l’homme, une question cruciale, par Mgr Gallagher (traduction complète)

« Inacceptable » d’ignorer certains droits

« L’universalité des droits de l’homme représente une question cruciale pour notre époque », déclare Mgr Gallagher, « dont la réponse déterminera si les droits de l’homme continuent à marquer l’horizon commun pour la construction de nos sociétés, le point de référence nécessaire pour l’exercice du pouvoir politique et un guide pour la voie à suivre par la communauté internationale ».

Le secrétaire du Saint-Siège pour les Relations avec les États, Mgr Paul Richard Gallagher, est intervenu lors du 25ème Conseil ministériel de l’Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe (OSCE), qui se déroule à Milan les 6 et 7 décembre 2018.

En effet, poursuit-il, « ignorer certains droits de l’homme, établir une hiérarchie entre les droits de l’homme et subordonner le respect d’un droit de l’homme à l’acceptation d’une interprétation discutable des « droits » est inacceptable. »

Le secrétaire des Relations avec les États a en outre exprimé la « préoccupation » du Saint-Siège « face à la prévalence croissante de ce que le pape François a qualifié d’ « approche réductionniste » de la liberté de religion ou de conviction ou de la compréhension de celle-ci » qui est « objectivement déconnectée de la Déclaration universelle ». Il a invité à reconnaître que « la seule approche significative de la dimension humaine consiste à rechercher une compréhension commune des droits de l’homme et des libertés fondamentales universels, ainsi que de leur protection et de leur promotion ».

Voici notre traduction de l’intervention de Mgr Gallagher, prononcée et publiée en anglais par le Saint-Siège.

HG

Intervention de Mgr Paul Richard Gallagher

Monsieur le Président,

J’aimerais commencer en adressant à ce 25ème rassemblement du Conseil ministériel les meilleurs vœux de Sa Sainteté le pape François, qui assure toute la famille de l’OSCE de son soutien et de ses prières.

Je souhaite en outre exprimer ma gratitude et celle de ma Délégation au Président en exercice, Son Excellence Enzo Moavero Milanesi, Ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale de la République italienne, ainsi qu’à toute la Présidence en exercice italienne de l’OSCE 2018 pour ses efforts tout au long de cette année. Nous sommes aussi reconnaissants envers le Gouvernement d’Italie et les Autorités de la ville de Milan pour leur généreuse hospitalité pendant ces deux jours, qui coïncident avec la célébration, demain, du saint patron de cette ville, l’évêque et Docteur de l’Église du IVème siècle, saint Ambroise.

Le Saint-Siège a participé activement aux négociations qui ont abouti à l’Acte final d’Helsinki et à la CSCE qui s’en est suivie et s’est engagé dans l’OSCE d’aujourd’hui pour une raison fondamentale : ce processus vieux de 46 ans vise « la paix, la sécurité et la justice et le développement continu de relations amicales et de coopération » entre les États participants (1). En réunissant ces États autour d’une table, « en tant qu’États souverains et indépendants et dans des conditions de pleine égalité » (2), la CSCE et l’OSCE ont prouvé, et continuent de prouver, malgré les défis, leur valeur et leur impact comme principal arrangement sécuritaire régional. En tant que telle, la CSCE/OSCE a confirmé, tant par sa nature même que par son histoire, qu’elle est non seulement distincte des autres organisations internationales, mais qu’elle offre également une valeur ajoutée au travail accompli par des organisations telles que les Nations Unies ou le Conseil de l’Europe.

Malheureusement, notre époque actuelle n’est pas non plus à l’abri des guerres, des conflits et des tensions, même dans la région de l’OSCE et les pays voisins. Compte tenu de sa nature et de sa mission particulières, le Saint-Siège encourage vivement les acteurs concernés à s’abstenir de mener des actions qui déstabilisent les pays voisins, mais plutôt à engager un dialogue ouvert et honnête, afin de renforcer la paix et la justice et de mettre en œuvre les engagements pris, en utilisant les outils de notre Organisation qui sont conçus pour désamorcer les conflits et rétablir un climat de confiance entre les États participants.

Le Saint-Siège continue d’appuyer résolument les efforts de l’OSCE visant à résoudre les conflits et à prévenir et combattre les menaces transnationales, y compris le terrorisme, l’extrémisme violent et la radicalisation qui conduisent au terrorisme, ainsi que celles qui portent sur des questions plus générales liées à la sécurité, comme les migrations et la traite des êtres humains, ainsi que les conséquences humanitaires des conflits et la souffrance qui en résulte. Comme « la personne humaine est le fondement et le but de la vie politique », notre premier objectif doit être d’assurer que tous les peuples vivent en paix et en sécurité. Je saisis cette occasion pour réaffirmer que le Saint-Siège est prêt à aider et à participer à toutes les procédures, aux outils et initiatives de l’OSCE qui visent à faire de la paix une réalité pour tous nos peuples.

Cette volonté et cet engagement actif s’appliqueraient aussi très certainement aux efforts visant à prévenir et à combattre la violence à l’égard des femmes ainsi qu’à éliminer toutes les formes de violence.

La Déclaration universelle des droits de l’homme commence par reconnaître que « la reconnaissance de la dignité inhérente à tous les membres de la famille humaine et de leurs droits égaux et inaliénables est le fondement de la liberté, de la justice et de la paix dans le monde » (3). L’engagement de l’OSCE en faveur des droits de l’homme est fondé sur les mêmes principes : « reconnaître la signification universelle des droits de l’homme et des libertés fondamentales dont le respect est un facteur essentiel pour la paix, la justice et le bien-être » (4) au sein des États participants et entre ceux-ci. En effet, « l’universalité des droits de l’homme représente une question cruciale pour notre époque, un véritable sujet “stantis aut cadentis”, dont la réponse déterminera si les droits de l’homme continuent à marquer l’horizon commun pour la construction de nos sociétés, le point de référence nécessaire pour l’exercice du pouvoir politique et un guide pour la voie à suivre par la communauté internationale » (5).

Deux évolutions doivent être reconnues à cet égard. Premièrement, une interprétation radicalement individualiste de certains droits et l’affirmation de « nouveaux droits » – deux concepts objectivement éloignés à la fois de la Déclaration universelle et de l’Acte final d’Helsinki – contribuent à rendre le consensus universel beaucoup plus difficile. Si les États participants ne parviennent même pas à s’entendre sur la signification du concept de « droit de l’homme », il ne faut pas s’étonner que la dimension humaine continue de prendre du retard par rapport aux première et deuxième dimensions en cours sur des engagements nouveaux ou plus ciblés adoptés par consensus.

Deuxièmement, l’universalité des droits de l’homme repose sur l’idée que tous les droits de l’homme et libertés fondamentales universels doivent être protégés et promus. Ignorer certains droits de l’homme, établir une hiérarchie entre les droits de l’homme et subordonner le respect d’un droit de l’homme à l’acceptation d’une interprétation discutable des « droits » est inacceptable. Cette réalité est ouvertement – et parfois douloureusement – exposée lors d’événements à dimension humaine.

A cet égard, le Saint-Siège doit une fois de plus exprimer sa préoccupation face à la prévalence croissante de ce que le pape François a qualifié d’ « approche réductionniste » de la liberté de religion ou de conviction ou de la compréhension de celle-ci. Une telle approche – objectivement déconnectée de la Déclaration universelle et des engagements de l’OSCE – vise à réduire les religions « dans l’obscurité tranquille de la conscience de l’individu ou à les reléguer dans l’enceinte fermée des églises, synagogues ou mosquées » (6), révélant non seulement une incapacité à apprécier le véritable sens de la liberté de religion ou de conviction, mais aussi le rôle légitime de la religion sur la place publique (7).

Cette incompréhension continue d’alimenter des sentiments et des manifestations d’intolérance et de discrimination à l’égard des chrétiens, ce que l’on pourrait bien appeler « le dernier préjugé acceptable » dans de nombreuses sociétés. Si nous voulons vraiment adopter une approche globale pour prévenir et combattre l’intolérance et la discrimination, nous devons éviter une approche sélective et prêter attention à ces manifestations d’intolérance et de discrimination.

Le Saint-Siège appelle donc tous les États participants à reconnaître que la seule approche significative de la dimension humaine consiste à rechercher une compréhension commune des droits de l’homme et des libertés fondamentales universels, ainsi que de leur protection et de leur promotion.

Pour terminer, je tiens à renouveler ma gratitude à la Présidence italienne pour le rôle moteur qu’elle a joué et les efforts qu’elle a déployés au cours de l’année écoulée et j’adresse mes vœux les plus sincères de succès à la future Présidence slovaque, tout en assurant la coopération et l’appui constants du Saint-Siège.

Merci, Monsieur le Président.

_________________________

NOTES

1 Acte final d’Helsinki, Déclaration sur les principes régissant les relations entre les Etats participants, 1a.

2 Règlement intérieur de l’OSCE, 1.

3 DUDH, Préambule.

4 Acte final d’Helsinki, VII. Respect des droits de l’homme et des libertés fondamentales, y compris la liberté de pensée, de conscience, de religion ou de conviction.

5 Mgr Paul Richard Gallagher, Intervention au Conseil de l’Europe pour la célébration du 70e anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’homme, 10 septembre 2018.

6 Pape François, Rencontre pour la liberté religieuse avec la communauté hispanique et d’autres immigrants, Indépendance Hall, Philadelphie, 26 septembre 2015.

7 Cf. Décision 3/13 du Conseil ministériel de l’OSCE sur la liberté de pensée, de conscience, de religion ou de conviction.

© Traduction de Zenit, Hélène Ginabat

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