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Mgr Ivan Jurkovič © L'Osservatore Romano

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ONU: la liberté de religion, clé de voûte des droits de l’homme, par Mgr Jurkovic (traduction complète)

70ème anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’homme

« La liberté de religion ou de conviction est le test décisif en ce qui concerne tous les autres droits de l’homme et libertés fondamentales ; c’est leur synthèse et leur clé de voûte » a affirmé Mgr Jurkovic. « Le caractère transversal de la liberté religieuse, a-t-il poursuivi, exige une protection égale et effective de la loi, en particulier pour les personnes appartenant à des minorités religieuses, qui ont le droit de jouir de leur propre culture, de professer et pratiquer leur propre religion… en privé et en public, librement et sans ingérence ou discrimination »

Mgr Ivan Jurkovic, observateur permanent du Saint-Siège auprès de l’ONU et d’autres organisations internationales à Genève, est intervenu à la 37ème session du Conseil des droits de l’homme, dans un panel de haut niveau : 70ème anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’homme, le 28 février 2018.

Le représentant du Saint-Siège a rappelé que la notion de dignité humaine « est le fondement de tout droit ». Il a averti que « le fait de ne pas reconnaître notre nature commune, fondement de tous les droits, est la principale cause de leur violation ». « De la conception à la mort naturelle, a-t-il encore dit, les droits de l’homme découlent de la dignité de la personne humaine et de l’unité de la nature humaine, précédant les lois positives qui les reconnaissent ».

Voici notre traduction de la déclaration de Mgr Jurkovic prononcée en anglais.

HG

Déclaration de M. Ivan Jurkovic

Monsieur le Président,

Le soixante-dixième anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’homme représente une occasion unique de réaffirmer son importance cruciale en tant que point de référence pour un débat mondial et interculturel sur les droits de l’homme, les libertés fondamentales et la dignité humaine. La Déclaration n’a pas été formulée comme une construction philosophique ou juridique abstraite. C’était plutôt « le résultat d’une convergence de différentes traditions religieuses et culturelles, toutes motivées par le désir commun de placer la personne humaine au cœur des institutions, des lois et du fonctionnement de la société » (1).

La famille humaine avait été démoralisée devant les fosses communes dans les camps d’extermination et hantée par la destruction de la vie humaine et des biens par l’utilisation de bombes atomiques. Ces crimes contre la dignité humaine ont incité l’Organisation des Nations Unies à formuler « l’une des plus hautes expressions de la conscience humaine de notre temps » (2).

La DUDH représente un acte fondamental par lequel les peuples, les États et les institutions internationales affirment que « la reconnaissance de la dignité inhérente et des droits égaux et inaliénables de tous les membres de la famille humaine est le fondement de la liberté, de la justice et de la paix dans le monde », (3) « sans distinction d’aucune sorte, telle que la race, la couleur, le sexe, la langue, la religion, l’opinion politique ou autre, l’origine nationale ou sociale, la propriété, la naissance ou tout autre statut » (4).

Dans le monde entier, « des hommes et des femmes convaincus et courageux ont fait appel à cette déclaration pour soutenir leur revendication d’une participation plus large à la vie de la société » (5). Tout au long de la Déclaration, nous trouvons un énoncé clair de la primauté de la liberté contre l’oppression et de l’unité de la famille humaine malgré les différences raciales, religieuses, idéologiques et politiques. Ce document constitue « une étape importante sur la longue et difficile voie de la race humaine » (…) car « il a porté un coup sérieux aux nombreuses racines profondes de la guerre, car l’esprit de guerre, dans sa signification primordiale fondamentale, jaillit et mûrit là où les droits inaliénables de l’homme sont violés » (6). Pourtant, comme l’a souligné le pape François, même après soixante-dix ans, il est « pénible de voir combien de droits fondamentaux continuent d’être violés aujourd’hui » (7).

Comme l’exprime l’article 28, le concept de paix affirme que « chacun a droit à un ordre social et international dans lequel les droits et libertés énoncés dans cette Déclaration peuvent être pleinement réalisés ». La paix n’est pas seulement conçue comme une absence de violence mais inclut également la coopération et la solidarité. Pour promouvoir ou rétablir la paix, il est nécessaire de restaurer l’ordre de la justice, qui commence par l’exercice de la liberté dans le respect de la liberté des autres et dans un esprit de solidarité. Ces valeurs morales doivent prévaloir car elles découlent de la notion de dignité humaine comme fondement de tout droit. D’un autre côté, le fait de ne pas reconnaître notre nature commune, fondement de tous les droits, est la principale cause de leur violation. Les droits fondamentaux de la personne humaine sont indivisibles et universels parce qu’ils ne sont concédés par personne. De la conception à la mort naturelle, les droits de l’homme découlent de la dignité de la personne humaine et de l’unité de la nature humaine, précédant les lois positives qui les reconnaissent.

Enlever les droits de l’homme de ce contexte signifierait restreindre leur portée et les ramener à une sphère relativiste où le sens, l’application et l’interprétation de tout droit divergeraient inévitablement en contradictions inévitables. Le déni de l’universalité des droits de l’homme favorise la division.

Comme le rappelait récemment le pape François « il y a un risque que, au nom des droits de l’homme, nous voyions se développer des formes modernes de colonisation idéologique par les plus forts et les plus riches, au détriment des plus pauvres et des plus vulnérables ». La liberté de religion ou de conviction est le test décisif en ce qui concerne tous les autres droits de l’homme et libertés fondamentales ; c’est leur synthèse et leur clé de voûte.

Le caractère transversal de la liberté religieuse exige une protection égale et effective de la loi, en particulier pour les personnes appartenant à des minorités religieuses, qui ont le droit de jouir de leur propre culture, de professer et pratiquer leur propre religion… en privé et en public, librement et sans ingérence ou discrimination.

Monsieur le Président,

Le Saint-Siège estime qu’il est de la plus haute importance que la communauté internationale et les gouvernements concentrent leurs politiques et leurs activités sur la protection et la promotion des droits de l’homme et des libertés fondamentales de chaque personne et de chaque communauté. En effet, la primauté du droit et les instruments internationaux relatifs aux droits de l’homme sont les sentinelles qui protègent la dignité de chaque personne. Même du point de vue de la politique et du droit, ces systèmes de valeurs et de principes ne sont efficaces que s’ils assurent la protection des personnes et des communautés.

Merci, Monsieur le Président.

  1. Pape Benoît XVI, Discours à l’Assemblée générale des Nations Unies, 18 April 2008
  2. Pape Jean-Paul II, Discours à l’Assemblée générale des Nations Unies, 5 octobre 1995.
  3. Cf. Préambule de la Déclaration universelle des droits de l’homme, 10 décembre 1948.
  4. Déclaration universelle des droits de l’homme, art. 2.
  5. Pape Jean-Paul II, Discours à l’Assemblée générale des Nations Unies, 5 octobre 1995.
  6. Pape Jean-Paul II, Discours à l’Assemblée générale des Nations Unies, 2 octobre 1979.
  7. Pape François, Discours aux membres du Corps diplomatique accrédité auprès du Saint-Siège, 8 janvier 2018.

8 Ibid.

 

Copyright © Traduction de Zenit, Hélène Ginabat

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