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Le pape émérite, le métropolite, le hiéromoine Jean (Kopeïkine) et le P. Hyacinthe Destivelle op 25/09/2017 @ mospat.ru

Le pape émérite, le métropolite, le hiéromoine Jean (Kopeïkine) et le P. Hyacinthe Destivelle op 25/09/2017 @ mospat.ru

«L’orientation christologique chez Joseph Ratzinger», par le métropolite Hilarion

«Théologie de la liturgie», traduction en russe

« Mon espoir est que ce livre aide nos lecteurs à mieux comprendre le catholicisme, mais qu’il soit aussi un stimulant pour nos auteurs à approfondir les questions relatives à la liturgie », écrit le métropolite orthodoxe russe Hilarion de Volokolamsk, président du département des relations ecclésiastiques extérieures du patriarcat de Moscou, dans cette présentation du livre de Joseph Ratzinger-Benoît XVI, traduit en russe : « Théologie de la liturgie. La fondation sacramentelle de l’existence chrétienne”.

Le métropolite Hilarion a présenté le livre dans L’Osservatore Romano en italien du 15 octobre 2017.

Il donne comme exemple les « aspects anthropologiques de la liturgie » et « la question des fondements théologiques de la musique sacrée ».

Puis il ajoute : « Ce livre que j’ai le plaisir de présenter est capable et pourra susciter aussi une réflexion commune sur la question de l’existence de l’Eglise dans le monde d’aujourd’hui et sur le dialogue complexe avec la société et avec la culture sécularisée ».

Voici notre traduction complète, de l’Italien, de la présentation du métropolite Hilarion.

AB

L’orientation christologique chez Joseph Ratzinger

L’eucharistie au centre

L’ouvrage du pape émérite Benoît XVI (Joseph Ratzinger) Théologie de la liturgie sort en russe pour le 90ème anniversaire de ce grand hiérarque et théologien de l’Eglise catholique romaine. Joseph Ratzinger a reçu la reconnaissance de l’Europe quand il était professeur de dogmatique, d’abord à l’université de Bonn puis à celles de Münster, Tübingen et Ratisbonne ; il fut l’un des plus experts les actifs au concile Vatican II (1962-1965). Son livre Introduction au christianisme, qui touche aux fondamentaux de la foi chrétienne dans un langage approprié à la modernité, a acquis une grande renommée.

Les intérêts scientifiques de Joseph Ratzinger vont de la théologie dogmatique à la théologie de la liturgie, s’étend à la patristique, à la pensée médiévale, à l’apologétique et aux sciences bibliques. La dernière et grande œuvre de Benoît XVI est sortie quand il recouvrait la charge de chef suprême de l’Eglise catholique : il s’agit de Jésus de Nazareth, traduit et publié également en russe. Le nom du pape Benoît XVI est lié à la lutte pour la défense des valeurs chrétiennes traditionnelles et, jadis, à la redécouverte et la réaffirmation de leur actualité, dans une société moderne et sécularisée. Une des grandes étapes du service rendu à l’Eglise par Joseph Ratzinger fut lorsqu’il était archevêque de Munich et Freising (1977-1981) puis préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi (1981-2005). En 2005, le cardinal Ratzinger a été élu Pape et prit le nom de Benoît XVI. En 2013, pour la première fois après 600 ans d’histoire de la papauté, il a volontairement quitté la Chaire de saint Pierre.

Le pape Benoît a souvent exprimé sa profonde sympathie pour l’orthodoxie et depuis toujours il estime qu’au niveau théologique, les orthodoxes sont les plus proches des catholiques. Ce n’est pas un hasard s’il fut un des premiers membres de la commission mixte internationale pour le dialogue théologique entre l’Eglise catholique et l’Eglise orthodoxe, aussitôt après sa fondation en 1979. Comme théologien, Joseph Ratzinger a fait d’immenses efforts pour éclaircir la question de la primauté de l’évêque de Rome, en déplaçant l’accent d’une vision juridique de cette primauté à sa compréhension avant tout comme témoignage chrétien d’un genre particulier et comme service à l’unité dans l’amour. Il fut un farouche adversaire de tout compromis dans le domaine de la doctrine de la foi, indiquant, à juste titre, que l’unité — par principe possible entre l’Orient et l’Occident — doit être préparée avec soin, doit mûrir à la fois spirituellement et concrètement, grâce aussi à des profondes études de nature théologique et historique.

Je voudrais que la publication en Russie du volume Théologie de la liturgie représente non seulement une marque de grande estime pour l’auteur mais qu’il attire aussi l’attention de nos lecteurs à le lire. Et pas seulement parce que, plus généralement, il n’existe pas encore un nombre suffisant de livres de Joseph Ratzinger traduits en russe. Mais parce que ce volume porte sur la liturgie, un des sujets sans nul doute les plus importants de sa production scientifique mais également lié à une époque où il vouait une attention particulière à la pastorale (et à l’ecclésiologie). De plus, la liturgie est un thème particulièrement important et significatif pour les croyants orthodoxes.

Au centre de la Théologie de la liturgie de Joseph Ratzinger figure l’eucharistie, l’interprétation de son caractère sacrificiel, la présence réelle de Jésus Christ dans les saints dons de son corps et de son sang. L’auteur accorde une juste attention au symbolisme du mystère eucharistique et au thème de la licéité des nouveautés conceptuelles présentes dans la théologie moderne des sacrements. L’ambition du théologien Ratzinger est de mettre en lumière les liens profonds qui unissent l’être spirituel-corporel de l’homme, une constante chez l’historien qu’il est, et les sacrements de l’Eglise que Dieu lui a donnés pour la sanctification du monde. Il tente de montrer que les conceptions tant spiritualistes et nominalistes que magiques et matérialistes sont fausses.

L’orientation christologique qui détermine Joseph Ratzinger caractérise ses réflexions. L’incarnation est la pierre angulaire de toute l’argumentation de Joseph Ratzinger. En même temps, il accorde peu d’attention à l’Esprit Saint, à la pneumologie, un fait qui me semble, par ailleurs, caractériser l’approche méthodologique de la théologie catholique en tant que telle. Joseph Ratzinger réussit à relier organiquement l’analyse des problèmes à une conception moderne des différentes questions posées et à une méthode historique et systématique, le tout solidement ancré aux saintes Ecritures, à la tradition de l’Eglise et à la richesse de la tradition patristique occidentale mais également orientale. Il est important de souligner que la perspective sotériologique, la pratique religieuse, la prière commune et privée des fidèles restent au centre de l’attention, c’est-à-dire tout ce qui sert immédiatement au salut de l’homme. Ratzinger souligne aussi la dimension cosmique et le sens social du culte divin.

Joseph Ratzinger s’oppose à cette tendance à la « créativité » superficielle dont fait parfois preuve aujourd’hui le christianisme en Occident, c’est-à-dire à cette tendance à vider la liturgie de son vrai contenu et de ses finalités : être rencontre et lien vital avec Dieu et avec sa création. Ainsi, certaines questions traitées dans le livre — comme par exemple les nouveautés dans le rite et les « expériences liturgiques » sans prêtre — touchent surtout une sphère de problèmes du catéchisme. Il est donc important que le lecteur russe — qui a beaucoup entendu parler des tendances au modernisme dans le catholicisme contemporain — puisse connaître le regard critique d’un des plus grands théologiens de l’époque moderne sur la question de la rupture douloureuse avec la tradition survenue après le concile Vatican II et ses difficultés dont le chemin de l’actualisation est hérissé.

Joseph Ratzinger, qui est un estimateur et un fin connaisseur de la culture européenne classique, offre une analyse minutieuse de la musique dans la liturgie, des principes inspirateurs de l’espace et du temps sacrés, et analyse avec précision les différentes recherches — heureuses ou moins heureuses — entreprises dans ce domaine. De nombreux textes de Ratzinger renferment une polémique contre le protestantisme et contre la philosophie européenne moderne dont l’influence sur la pensée catholique a été mise en évidence grâce à des ouvertures et au dialogue.

Mon espoir est que ce livre aide nos lecteurs à mieux comprendre le catholicisme, mais qu’il soit aussi un stimulant pour nos auteurs à approfondir les questions relatives à la liturgie qui, pour le moment, dans la théologie russe, n’ont pas reçu une interprétation adéquate. Je pense, par exemple, aux aspects anthropologiques de la liturgie et à la question des fondements théologiques de la musique sacrée. Mais pas seulement : ce livre que j’ai le plaisir de présenter est capable et pourra susciter aussi une réflexion commune sur la question de l’existence de l’Eglise dans le monde d’aujourd’hui et sur le dialogue complexe avec la société et avec la culture sécularisée.

© L’Osservatore Romano en italien – 15 octobre 2017

© Traduction de l’italien par ZENIT, Océane Le Gall

 

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