Le succès de la Réforme: quand les divisions du passé seront surmontées, par le card. Koch (1/2)

Tribune dans L’Osservatore Romano à l’occasion de la Semaine de prière pour l’unité des chrétiens

L'évêque luthérien Younan entre le pape François et le card. Koch, au fond le Rév. Martin Junge, secrétaire général de la FLM (Malmö, 31 oct. 2016), capture FLM

L'évêque luthérien Younan entre le pape François et le card. Koch, au fond le Rév. Martin Junge, secrétaire général de la FLM (Malmö, 31 oct. 2016), capture FLM

La séparation de l’Eglise, affirme le cardinal Kurt Koch, n’est pas « une issue positive de la Réforme, mais l’expression de son provisoire échec » : en effet, « le véritable succès de la Réforme ne se réalisera qu’en surmontant ces divisions héritées du passé et retrouvant une seule et unique Eglise ».

« Un anniversaire en communion », c’est le titre de la tribune du président du Conseil Pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens, dans l’édition italienne de L’Osservatore Romano du 18 janvier 2017.

Nous publions notre traduction de la première partie de cette tribune, où le cardinal revient sur les précédentes commémorations marquées parfois par des « tons religieusement partisans et polémiques » : des attitudes qui ne sont « plus possibles à une époque œcuménique ». A cette lumière, la commémoration commune catholique-luthérienne de la Réforme le 31 octobre 2016 à Lund (Suède) a été « un signe œcuménique prometteur ». Mais pour qu’elle « ne finisse pas aux oubliettes », il invite à approfondir l’événement.

Pour le Vatican, la commémoration de la Réforme est « une heureuse invitation à dialoguer sur ce que les catholiques peuvent apprendre de la Réforme et sur ce que les protestants peuvent tirer de l’Eglise catholique comme enrichissement à sa propre foi ». A condition de considérer que cette commémoration, qui renvoie à l’année 1517, rappelle « l’époque où il n’y avait pas encore eu rupture entre le réformateur Martin Luther et l’Eglise catholique, et où l’unité de l’Eglise ne s’était pas encore brisée ».

Martin Luther, insiste le président du dicastère, « ne voulait absolument pas rompre avec l’Eglise catholique et fonder une nouvelle Eglise, mais avait à l’esprit un renouvellement de toute la chrétienté dans l’esprit de l’évangile ».

AK

Tribune du cardinal Koch (1/2)

Le 31 octobre 2016, dans la cathédrale luthérienne de Lund, en Suède, le pape François, aux côtés de l’évêque Younan et le révérend Junge, respectivement président et secrétaire général de la fédération luthérienne mondiale, a présidé une prière œcuménique organisée dans le cadre de la commémoration commune catholique-luthérienne de la Réforme. Cet événement a été accueilli comme un signe œcuménique prometteur. Toutefois, pour qu’il ne finisse pas aux oubliettes, mais soit suivi de résultats, il faudra comprendre plus à fond, en cette année 2017, date de la commémoration de la Réforme, l’esprit qui l’animait. Ceci est d’autant plus important que l’événement de Lund n’a pas reçu que de la gratitude, mais des critiques aussi, et des oppositions. Alors que du côté catholique, on craint une dérive protestante du catholicisme, côté protestant on parle de trahison de la Réforme. Donc il serait bien de nous arrêter sur le pourquoi la Réforme a été commémoré en commun et pourquoi il est maintenant impossible de faire autrement.

La première raison réside dans le fait que cette commémoration de 2017 marquant les débuts de la Réforme, est le premier des centenaires organisé en période d’œcuménisme. Elle ne saurait donc être célébrée comme les précédents, lorsque prévalaient des tons religieusement partisans et polémiques. C’était le ton notamment à celui de 1617, au moment où l’Europe se dirigeait vers un dur conflit, une véritable guerre de religion. Le premier centenaire de la Réforme fut nettement marqué par une polémique anticatholique et une rhétorique belliqueuse.

Mais les centenaires suivants eurent eux aussi une forte empreinte confessionnelle, réclamant périodiquement la figure de Martin Luther comme protagoniste et pionnier de l’esprit de l’époque. Alors qu’au siècle des Lumières, Luther fut salué comme le libérateur du sombre Moyen Age et le fondateur de l’ère moderne, durant le piétisme il fut exalté comme un grand génie de la religion. Aux commémorations de 1917, Luther fut célébré non seulement comme le père de la langue allemande mais, plus, globalement, comme celui qui incarnait le vrai caractère germanique, qui suscita à nouveau des tons bellicistes. Dans la période qui suivit la catastrophe européenne de la première guerre mondiale, le théologien protestant Adolf Von Harnack pouvait affirmer que l’ère moderne avait commencé en Allemagne et s’était ensuite répandue dans le monde: « Les temps modernes ont commencé avec la Réforme de Luther, c’est-à-dire le 31 octobre 1517; celle-ci a été introduite à coups de marteaux sur le portail de la Schlosskirche de Wittenberg».

Ces tons religieusement partisans et polémiques, qui ne firent que renforcer chez les catholiques les sentiments de rejet pour Luther et sa réforme, ne sont plus possibles à une époque œcuménique. Une époque où, en règle générale, existe plutôt la participation solidaire à la vie des autres dans la joie et la souffrance. Le mouvement œcuménique voit par ailleurs murir en son sein l’idée que la Réforme ne concerne pas uniquement les protestants, mais aussi les catholiques, et que, par conséquent, il ne peut y avoir de commémoration sans communion oecuménique. Celle-ci se présente aux deux parties comme une heureuse invitation à dialoguer sur ce que les catholiques peuvent apprendre de la Réforme et sur ce que les protestants peuvent tirer de l’Eglise catholique comme enrichissement à sa propre foi.

Cette communion œcuménique se révèle indispensable dans la mesure où nous considérons cette commémoration de la Réforme sans nous laisser influencer par les précédentes. Cela nous fait revenir à l’année 1517, plus précisément au 31 octobre de cette année-là, date officielle des débuts de la Réforme en Allemagne. En souvenir du jour où Martin Luther fit placarder les thèses sur l’indulgence sur la porte de la Schlosskirche de Wittenberg. A ce propos, en 1962, le théologien catholique Erwin Iserloh, expert en histoire de l’Eglise, disait déjà que cet affichage était une légende; depuis, un grand nombre d’historiens estiment qu’il n’y a, en réalité, jamais eu d’affichage effectué de cette manière-là, contrairement à ce qui nous a été transmis. Historiquement parlant, nous devons partir du fait que Martin Luther envoya ses thèses à son évêque local, Hiéronyme Schulz, et à l’archevêque Albrecht. Pour Luther, la publication de ces thèses sur les indulgences était une invitation à ouvrir un différend cultivé, érudit, sur la question; en les publiant il voulait affronter, comme a fait remarquer l’historien protestant Thomas Kaufmann, « la perte de crédibilité de son Eglise bien-aimée », et sauver « l’Eglise papale de Rome, qu’il chérissait tant ».

On ne doit donc pas voir la publication de ces thèses sur les indulgences comme le début de la Réforme qui porta à la division de l’unité de l’Eglise. Ni même les considérer comme un document révolutionnaire; celles-ci reflétaient également une préoccupation politique et s’inscrivaient dans le cadre de tout ce que pouvait affirmer la théologie catholique à l’époque. A la lumière de tel contexte historique, la commémoration de la Réforme en 2017, qui renvoie à l’année 1517, rappelle donc l’époque où il n’y avait pas encore eu rupture entre le réformateur Martin Luther et l’Eglise catholique, et où l’unité de l’Eglise ne s’était pas encore brisée, Luther étant alors encore en communion avec l’Eglise catholique. Et c’est la raison pour laquelle aussi cette commémoration en 2017 ne peut avoir lieu que dans une communion œcuménique.

Dans ce cadre-là, ce que Martin Luther avait réellement à cœur est évident. Il ne voulait absolument pas rompre avec l’Eglise catholique et fonder une nouvelle Eglise, mais avait à l’esprit un renouvellement de toute la chrétienté dans l’esprit de l’évangile. Il voulait une réforme substantielle de l’Eglise et non une réforme qui briserait l’unité de l’Eglise. Le fait qu’à l’époque, son idée n’ait pu se réaliser est dû en bonne partie à des facteurs politiques. Alors qu’à l’origine, le mouvement réformateur était un mouvement de réforme au sein de l’Eglise, l’apparition d’une Eglise protestante est surtout le résultat de décisions politiques ; parmi ces décisions il y en eut une, en particulier, qui détermina l’introduction de la Réforme surtout dans les villes, dès les années 20 du XVIème siècle.

Vu que le renouvellement de toute l’Eglise était le vrai but de la réforme de Luther, la séparation de l’Eglise, la naissance d’une Eglise protestante et la séparation des communautés ecclésiales protestantes de l’Eglise catholique doivent être vues non pas comme une issue positive de la Réforme, mais comme l’expression de son provisoire échec ou du moins comme un repli de secours. En effet, le véritable succès de la Réforme ne se réalisera qu’en surmontant ces divisions héritées du passé et retrouvant une seule et unique Eglise, renouvelée dans l’esprit de l’Evangile. En ce sens, le concile Vatican II, qui a lié ensemble de manière indissociable l’engagement œcuménique pour favoriser la recomposition de l’unité chrétienne et le renouvellement de l’Eglise catholique, a eu une contribution essentielle. Si essentielle que nous pourrions affirmer, sous cet aspect aussi, que Martin Luther, dans ce concile Vatican II, aurait « trouvé son concile », le concile auquel il aurait fait appel à l’époque de son existence.

La commémoration de 2017, qui rappelle les débuts de la Réforme, doit donc être vue comme une invitation à revenir à la préoccupation originelle de Martin Luther et nous demander ce que cela signifie aujourd’hui, pour les catholiques et les protestants, et pour l’œcuménisme en général, après 500 ans de division. Si la commémoration de la Réforme a lieu dans cet esprit, conjointement, on peut s’attendre à de nouveaux et courageux élans de rapprochement entre catholiques et protestants.

Avec tout ça, nous avons donné les raisons essentielles qui permettent de dire que cette commémoration ne peut se faire que dans une communion œcuménique. C’est donc une première dans l’histoire, et une opportunité que nous ne saurions laisser échapper pour intensifier le rapprochement entre luthériens et catholiques dans la foi et la vie spirituelle. C’est dans ce sens-là que Benoît XVI a dit que cette année 2017 était une occasion pour les luthériens et les catholiques de « célébrer dans le monde entier une commémoration œcuménique commune, de progresser au niveau mondial sur les questions fondamentales », non pas « sous la forme d’une célébration triomphaliste, mais comme une profession commune de notre foi dans le Dieu Un et Trine, dans l’obéissance commune à notre Seigneur et à sa Parole ».

(c) Traduction de Zenit, Océane Le Gall

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