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Visite au prés. Italien Mattarella 10/06/2017 © L'Osservatore Romano

Visite au prés. Italien Mattarella 10/06/2017 © L'Osservatore Romano

Italie: visite du pape François au palais présidentiel du Quirinal (traduction complète)

Travail des jeunes, bien commun et laïcité positive

Le travail des jeunes et le bien commun, mais aussi la crise migratoire, la famille  et la « laïcité positive » ont été au cœur de l’allocution du pape François lors de sa visite au palais présidentiel du Quirinal – ancien palais des papes -, à Rome, où il a été reçu par le président Sergio Mattarella, ce samedi 10 juin 2017, à 11h.

Le pape rendait au président sa visite de 2015 et il a eu à cœur de promouvoir une « laïcité » à l’italienne, une laïcité qu’il  appelle, après Benoît XVI « positive ». Et surtout d’insuffler de l’espérance à une population souvent découragée, voire désabusée, en lui rappelant ses racines, sa mémoire, et en saluant ses vertus.

L’expression « bien commun » et le mot de « responsabilité » sont revenus plusieurs fois ainsi qu’un certains nombre de mots visant la « synergie » et la collaboration soit à l’intérieur qu’au niveau international.

Après les honneurs militaires et les hymnes nationaux, et la présentation des suites papale et présidentielle, le pape et le président ont d’abord eu un entretien privé d’environ 20 minutes, avant les discours devant les représentants des plus hautes charges de l’Etat et des étudiants des régions italiennes frappées par les récents séismes.

Le président a ensuite offert au pape un fermoir de chape liturgique, en argent, réalisé par les Orfèvres de Rome, représentant les continents, un croissant de lune, l’eau, et la colombe de l’Esprit Saint de la création planant sur les eaux.

Le pape a offert au président, un catholique, une icône des XVIIe-XVIIIe s., représentant les apôtres Pierre et Paul, saints patrons de l’Eglise de Rome.

Avant les discours, le pape et le président se sont recueillis un moment dans la chapelle du palais présidentiel.

Ils sont ensuite allés, en ne cessant pas de se parler, rencontrer ensemble quelque deux cents enfants et jeunes venus des régions italiennes frappées par les séismes de 2016 et leurs familles.

« Chers jeunes, merci d’être ici, de vos chants, de votre courage! Allez de l’avant avec courage, toujours vers le haut », a dit le pape en improvisant une salutation. Il a cité un chant des Alpins disant que « c’est un art que de savoir monter  » et que « le succès ce n’est pas de ne pas tomber, mais de ne pas rester par terre ». Avant de quitter la joyeuse assemblée sur une terrasse du Quirinal, le pape a reçu quelques cadeaux des terroires.

« Priez pour moi, je le fais pour vous », a dit le pape au président Mattarella avant de remonter en voiture pour le Vatican un peu avant 12h30. Sa voiture est sortie du Quirinal sous les ovations.

Voici notre traduction complète de l’allocution du pape François, prononcée en italien.

AB

 

Allocution du pape François

Monsieur le Président,

Je vous remercie des expressions cordiales de bienvenue que vous m’avez adressées au nom du peuple italien tout entier. Ma visite s’inscrit dans le cadre des relations entre le Saint-Siège et l’Italie et veut rendre celle que vous avez faite au Vatican le 18 avril 2015, peu de temps après votre élection à la plus haute charge de l’Etat.

Je regarde l’Italie avec espérance. Une espérance qui s’enracine dans la mémoire reconnaissante envers les parents et grands-parents qui sont aussi le miens, parce que mes racines sont dans ce pays. Mémoire reconnaissante envers les générations qui nous ont précédés et qui, avec l’aide de Dieu, ont promu les valeurs fondamentales : la dignité de la personne, la famille, le travail… Et ces valeurs ils les ont placées aussi au centre de la Constitution républicaine ; qui a offert et offre un cadre stable de référence pour la vie démocratique du peuple. Une espérance fondée, donc sur la mémoire, une mémoire reconnaissante.

Nous vivons cependant à une époque où l’Italie et l’Europe dans son ensemble sont appelées à affronter des problèmes et des risques de différentes natures, comme le terrorisme international qui se nourrit du fondamentalisme ; le phénomène migratoire, augmenté par les guerres et par les graves déséquilibres sociaux et économiques de nombreuses régions du monde ; et la difficulté des jeunes générations à accéder à un travail stable et digne, ce qui contribue à augmenter la manque de confiance dans l’avenir et ne favorise pas la naissance de nouvelles familles ou d’enfants.

Mais je me réjouis de relever que l’Italie, grâce à la générosité active de ses citoyens et grâce à l’engagement de ses institutions, et en faisant appel à ses abondantes ressources spirituelles, s’engage pour transformer ces défis en occasions de croissance et de nouvelles possibilités.

J’en veux pour preuve, notamment, l’accueil de nombreux réfugiés qui débarquent sur ses côtes, l’action des premiers secours garantie par ses navires en Méditerranée, et l’engagement de foules de bénévoles, parmi lesquels se distinguent des associations et des organismes de l’Eglise et le réseau capillaire des paroisses. J’en veux pour preuve aussi le lourd engagement de l’Italie dans le domaine international en faveur de la paix, du maintien de la sécurité et de la coopération entre les Etats.

Je voudrais aussi rappeler la force animée par la foi avec laquelle les populations du Centre de l’Italie frappées par le tremblement de terre ont vécu cette expérience dramatique, avec tant d’exemples de collaboration féconde entre la communauté ecclésiale et la communauté civile.

La façon dont l’Etat et le peuple italiens affrontent la crise migratoire, ainsi que l’effort consenti pour assister comme il se doit les populations frappées par le séisme sont l’expression de sentiments et de comportements qui trouvent leur source la plus authentique dans la foi chrétienne qui a façonné le caractère des Italiens et qui resplendit davantage dans les moments dramatiques.

Pour ce qui est du vaste et complexe phénomène migratoire, il est clair qu’un petit nombre de nations ne peuvent pas le prendre entièrement en charge, en assurant une intégration ordonnée des nouveaux arrivants dans son tissu social. C’est pourquoi il est indispensable et urgent que se développe une coopération internationale large et décisive.

Pari les questions qui interpellent le plus aujourd’hui qui a à cœur le bien commun, et en particulier les pouvoirs publics, les entrepreneurs et les syndicats de travailleurs, c’est celle du travail. J’ai eu l’occasion de la toucher, non pas de façon théorique mais par un contact direct avec les personnes, des travailleurs et des chômeurs, lors de mes visites en Italie, y compris la plus récente, à Gênes. Je renouvelle mon appel à générer et à accompagner des processus qui donnent lieu à de nouvelles possibilités de travail digne. Le malaise des jeunes, les poches de pauvreté, la difficulté que les jeunes rencontrent pour former une famille et mettre des enfants au monde trouvent un dénominateur commun dans l’insuffisance de l’offre de travail, parfois tellement précaire et tellement peu rétribué qu’il ne permet pas de faire de projets.

Il faut une alliance de synergies et d’initiatives pour que les ressources financières soient mises au service de cet objectif de grande ampleur et de grande valeur sociale, et qu’elles ne soient pas au contraire enlevées et dispersées dans des investissements surtout spéculatifs qui dénotent un manque de vision à long terme, une insuffisance de prise en considération du vrai rôle de qui fait l’entreprise, et, en dernière analyse, d’une faiblesse et d’un instinct de fuite devant les défis de notre époque.

Un travail stable ainsi qu’une politique effectivement engagée en faveur de la famille, lieu premier et principal où se forme la personne-en-relation, sont les conditions d’un développement durable authentique et d’une croissance harmonieuse de la société. Ce sont les deux piliers qui soutiennent la maison commune et qui la fortifient pour affronter l’avenir avec un esprit non pas résigné ni craintif, mais créatif et confiant. Les nouvelles générations ont le droit de pouvoir marcher vers des objectifs importants et à la portée de leur destin de façon à ce que, poussés par de nobles idéaux, ils trouvent la force et le courage d’accomplir à leur tous les sacrifices nécessaire pour atteindre le but, pour construire un avenir digne de l’homme, dans les relations, dans le travail, dans la famille et dans la société.

Dans ce dessein, on attend de tous ceux qui ont une responsabilité dans le domaine politique et administratif un travail patient et humble pour le bien commun, qui cherche à renforcer les liens entre les personnes et les institutions, afin que, grâce à ce tissage tenace et par ce commun engagement, se développe la vraie démocratie, et que l’on mette en route des solutions aux questions que, du fait de leur complexité,  personne ne peut se targuer de résoudre tout seul.

L’Eglise, en Italie, est une réalité vivante, fortement unie à l’âme du pays, à ce que ressent la population. Elle en vit les joies et les douleurs, et elle cherche, selon ses possibilités, à en alléger les souffrances, à renforcer le lien social, à aider chacun construire le bien commun. En cela aussi, l’Eglise s’inspire de l’enseignement de la constitution pastorale du concile Vatican II, Gaudium et spes, qui souhaite la collaboration entre communauté ecclésiale et communauté politique en tant qu’elles sont toutes les deux au service des mêmes personnes humaines. Un enseignement qui a été consacré, dans la révision du concordat, de 1984, dans le premier article de l’Accord, où l’on mentionne l’engagement de l’Etat et de l’Eglise « à une collaboration réciproque pour la promotion de l’homme et du bien du pays ».

Cet engagement, avec le rappel du principe de la distinction fixée par l’art. 7 de la Constitution, exprime et a promu en même temps une forme particulière de laïcité, ni hostile ni conflictuelle, mais amicale et collaborative, dans la rigoureuse distinction des compétences propres des institutions politiques d’un côté et religieuses de l’autre. Une laïcité que mon prédécesseur Benoît XVI a définie comme « positive ». Et l’on ne peut s’empêcher de constater, grâce à elle, l’excellence de l’état des relations de collaboration entre l’Eglise et l’Etat en Italie, au bénéfice des personnes et de toute la communauté nationale.

L’Italie a aussi le devoir et l’honneur d’avoir, en son cœur, le siège du gouvernement universel de l’Eglise catholique. Il est évident qu’en dépit des garanties offertes par le Traité de 1929, la mission du Successeur de Pierre ne serait pas facilitée sans la disponibilité et la collaboration cordiale et généreuse de l’Etat italien. On a pu en avoir une nouvelle démonstration au cours du récent Jubilé extraordinaire, qui a vu tant de fidèles venir à Rome, auprès des tombeaux des apôtres Pierre et Paul, dans un esprit de réconciliation et de miséricorde. En dépit de l’insécurité de notre époque, les célébrations jubilaires ont pu se dérouler de façon tranquille et avec un grand bénéfice spirituel. Le Saint-Siège est pleinement conscient et sincèrement reconnaissant du grand engagement assuré par l’Italie à ce sujet.

Monsieur le Président,

Je suis sûr que, si l’Italie sait s’appuyer sur toutes ses ressources spirituelles et matérielles, dans un esprit de collaboration entre ses différentes composantes civiles, elle trouvera le juste chemin pour un développement ordonné et pour gouverner de la façon la plus appropriée les phénomènes et les problématiques qui sont devant elle.

Le Saint-Siège, l’Eglise catholique et ses institutions vous assurent, dans la distinction des rôles et des responsabilités, de leur collaboration effective en vue du bien commun. Dans l’Eglise catholique et dans les principes du christianisme, qui ont façonné son histoire riche et millénaire, l’Italie trouvera toujours le meilleur allié pour la croissance de la société, pour sa concorde et pour son vrai progrès.

Que Dieu bénisse et protège l’Italie !

© Traduction de ZENIT, Anita Bourdin

 

About Anita Bourdin

Journaliste accréditée au Vatican depuis 1995. A lancé Zenit en français en janvier 1999. Correspondante à Rome de Radio Espérance. Formation: journalisme (IJRS, Bruxelles), théologie biblique (PUG, Rome), lettres classiques (Paris IV, Sorbonne).

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