Azerbaïdjan: « Vous êtes un petit troupeau si précieux aux yeux de Dieu! »

« Le pape perd du temps, comme l’Esprit saint », messe et angélus à Bakou

Messe de Bakou, capture CTV

Messe de Bakou, capture CTV

« L’Église entière, qui nourrit pour vous une sympathie spéciale, vous regarde et vous encourage : vous êtes un petit troupeau si précieux aux yeux de Dieu! », a déclaré le pape François dans son homélie pour la messe dominicale qu’il a célébrée ce 2 octobre 2016 à Bakou (Azerbaïdjan), en l’église de l’Immaculée, seule église catholique du pays, près du centre salésien, où il a ensuite déjeuné. Au terme de la messe, le p. Vladimír Fekete, sdb, a salué le pape au nom de l’assemblée.

La première église catholique construite en 1909 pour abriter la communauté catholique qui se réunissait depuis 1882. Elle a été active de 1915 à 1931, puis elle a été détruite à l’époque soviétique. Le curé, le père Stefan Demurov a été interné en camp en 1937 et il est mort un an après.

Mais il y a eu la visite de saint Jean-Paul II en 2002: un « miracle » a déclaré le père Fekete, en italien. La communuté a eu une nouvelle naissance et l’église a été reconstruite en 2006, elle a été consacrée le 29 avril 2007. L’ancien président polonais Lech Kaczyński a offert la nouvelle cloche.

Le pape François est revenu sur l’idée du « petit troupeau » d’abondance du coeur, après l’angélus, au terme de la messe: on dirait, a-t-il dit que « le pape perd son temps », car il fait un « long voyage » pour rendre visite à une petite communauté de « 700 personnes », dans un pays de presque dix millions d’habitants. Le pape a fait observer que cette communauté n’est d’ailleurs pas « uniforme »: on parle azeri, italien, anglais, espagnol, « tant de langues »: « C’est une communauté de périphérie! »

Mais, a-t-il dit en évoquant la Pentecôte, le pape en cela fait « comme l’Esprit Saint » qui est venu sur la petite communauté de Jérusalem, une « communauté de périphérie » qui « avait peur, se sentait pauvre et persécutée, laissée de côté », et l’Esprit Saint a transformé sa peur en « audace » pour annoncer l’Evangile. « Le pape perd du temps comme l’Esprit Saint il y a si longtemps », a insisté le pape François. Et surtout, a-t-il ajouté, il y avait la Mère, Marie.

Et au terme de la messe, la paroisse a offert au pape François un tapis où cette église de l’Immaculée de Bakou est représentée sur fond bleu ciel. Le pape a offert un calice pour la célébration de l’eucharistie.

La foi n’est pas « magique » et le style de vie du chrétien, c’est le service, avait auparavant déclaré le pape dans son homélie, diagnostiquant deux tentations dans la mise en oeuvre de la foi par le service, pour transformer le monde: la paresse ou au contraire l’activisme. Il a donné comme exemple la vie de la sainte Mère Teresa de Calcutta, en présence de la communauté des soeurs.

La trame de la foi et la chaîne du service

« Dieu change le monde en changeant nos cœurs, et cela il ne peut le faire sans nous », a déclaré le pape. Car, ce qui est en jeu, c’est la liberté du chrétien qui adhère au don de la foi: « Le Seigneur désire en effet que nous lui ouvrions la porte de notre cœur, pour pouvoir entrer dans notre vie. Cette ouverture à lui, cette confiance en Lui est vraiment « la victoire remportée sur le monde : c’est notre foi. »

Et puis il y a le service : « La foi est un fil d’or qui nous lie au Seigneur, la pure joie de rester avec Lui, d’être unis à Lui ; c’est le don qui est valable pour la vie entière, mais qui porte du fruit si nous faisons notre part. »

Le pape a souligné en effet cette nécessité de la foi active et libre, car elle n’est pas « magique »: « Parce que la foi, qui est un don de Dieu et est toujours demandée, est aussi cultivée de notre part. Ce n’est pas une force magique qui descend du ciel, ce n’est pas une “ dot ” qui se reçoit une fois pour toutes, et non plus un superpouvoir qui sert à résoudre les problèmes de la vie. Parce qu’une foi utile pour satisfaire nos besoins serait une foi égoïste, toute centrée sur nous. »

Le pape a filé la métaphore du tapis pour expliquer comment la vie chrétienne se tisse, entre création et histoire: « La vie chrétienne de chacun vient aussi de loin, c’est un don que nous avons reçu dans l’Église et qui provient du cœur de Dieu, notre Père, qui désire faire de chacun de nous un chef d’œuvre de la création et de l’histoire. »

Entre foi et service : « Chaque tapis, vous le savez bien, est tissé selon la trame et la chaîne ; seulement avec cette structure l’ensemble se trouve bien composé et harmonieux. C’est ainsi pour la vie chrétienne : elle est chaque jour patiemment tissée, entrecroisant entre elles une trame et une chaîne bien définies : la trame de la foi et la chaîne du service. »

Entre paresse et activisme

Et ce service c’est l’imitation de Dieu lui-même et un style de vie à adopter : « Nous ne sommes pas appelés à servir seulement pour avoir une récompense, mais pour imiter Dieu, qui s’est fait serviteur pour notre amour. Et nous ne sommes pas appelés à servir de temps et temps mais à vivre en servant. Le service est alors un style de vie, il résume même en lui tout le style de vie chrétien: servir Dieu dans l’adoration et dans la prière ; être ouverts et disponibles ; aimer concrètement le prochain : tout mettre en œuvre avec élan pour le bien commun. »

Le pape débusque deux tentations contre ce style de vie du chrétien. La première, c’est la tiédeur, la paresse : « L’une est celle de laisser le cœur s’attiédir. Un cœur tiède se ferme dans une vie paresseuse et étouffe le feu de l’amour. » Comme un thé tiède qui devient imbuvable, a fait observer le pape en utilisant une autre métaphore de la vie quotidienne.

La seconde, c’est son contraire, l’activisme, l’hyperactivité : « Il y a une seconde tentation, dans laquelle on peut tomber non pas parce qu’on est passifs, mais parce qu’on est “trop actifs” : celle de penser comme des propriétaires, de se donner du mal seulement pour gagner du crédit et pour devenir quelqu’un. Le service devient alors un moyen et non une fin, parce que la fin est devenue le prestige ; ensuite vient le pouvoir, la volonté d’être grands. »

Enfin, le pape a exhorté à la communion dans l’Eglise, en reprenant l’image du tapis : « Chacun de vous est comme un splendide fil de soie, mais les fils différents créent une belle composition seulement s’ils sont bien tissés entre eux ; tout seuls, ils ne servent pas. Restez toujours unis, en vivant humblement dans la charité et dans la joie ; le Seigneur, qui crée l’harmonie dans les différences, vous gardera. »

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