Discours du pape Léon XIV lors du Jubilé des acteurs de la justice, 20 septembre 2025 © Vatican Media

Discours du pape Léon XIV lors du Jubilé des acteurs de la justice, 20 septembre 2025 © Vatican Media

Le Saint-Père aux prêtres de Madrid : « Soyez tout à lui »

Lettre du Saint-Père au presbyterium de l’archidiocèse de Madrid à l’occasion de l’Assemblée presbytérale « Convivium »

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À l’occasion de l’Assemblée presbytérale « Convivium », le pape Léon XIV a adressé une lettre aux prêtres de l’archidiocèse de Madrid, les appelant à un discernement spirituel lucide, à la fraternité sacerdotale et à un ministère enraciné dans la prière, l’Eucharistie et la fidélité au Christ.

 

Chers fils,

Je suis heureux de pouvoir vous adresser cette lettre à l’occasion de votre Assemblée presbytérale et de le faire avec un sincère désir de fraternité et d’unité. Je remercie votre archevêque et, du fond du cœur, chacun d’entre vous pour votre disponibilité à vous réunir en tant que presbyterium, non seulement pour traiter des questions communes, mais aussi pour vous soutenir mutuellement dans la mission que vous partagez.

J’apprécie l’engagement avec lequel vous vivez et exercez votre sacerdoce dans des paroisses, des services et des réalités très diverses ; je sais que souvent ce ministère se déroule dans la fatigue, dans des situations complexes et dans un dévouement silencieux dont seul Dieu est témoin. C’est précisément pour cette raison que je souhaite que ces paroles vous parviennent comme un geste de proximité et d’encouragement, et que cette rencontre favorise un climat d’écoute sincère, de communion véritable et d’ouverture confiante à l’action du Saint-Esprit, qui ne cesse d’œuvrer dans votre vie et dans votre mission.

Le temps que vit l’Église nous invite à nous arrêter ensemble pour une réflexion sereine et honnête. Non pas tant pour nous en tenir à des diagnostics immédiats ou à la gestion des urgences, mais pour apprendre à lire en profondeur le moment que nous vivons, en reconnaissant, à la lumière de la foi, les défis et aussi les possibilités que le Seigneur ouvre devant nous. Sur ce chemin, il devient de plus en plus nécessaire d’éduquer notre regard et de nous exercer au discernement, afin de pouvoir percevoir plus clairement ce que Dieu est déjà en train d’accomplir, souvent de manière silencieuse et discrète, au milieu de nous et de nos communautés.

Cette lecture du présent ne peut faire abstraction du cadre culturel et social dans lequel la foi est aujourd’hui vécue et exprimée. Dans de nombreux milieux, nous constatons des processus avancés de sécularisation, une polarisation croissante du discours public et une tendance à réduire la complexité de la personne humaine, en l’interprétant à partir d’idéologies ou de catégories partielles et insuffisantes. Dans ce contexte, la foi risque d’être instrumentalisée, banalisée ou reléguée au rang de l’insignifiant, tandis que s’affirment des formes de coexistence qui font abstraction de toute référence transcendante.

À cela s’ajoute un changement culturel profond qui ne peut être ignoré : la disparition progressive des références communes. Pendant longtemps, la graine chrétienne a trouvé un terrain largement préparé, car le langage moral, les grandes questions sur le sens de la vie et certaines notions fondamentales étaient, au moins en partie, partagés. Aujourd’hui, ce substrat commun s’est considérablement affaibli. Bon nombre des présupposés conceptuels qui, pendant des siècles, ont facilité la transmission du message chrétien, ne sont plus évidents et, dans bien des cas, ne sont même plus compréhensibles. L’Évangile ne se heurte pas seulement à l’indifférence, mais aussi à un horizon culturel différent, où les mots n’ont plus le même sens et où la première annonce ne peut être considérée comme acquise.

Cependant, cette description n’épuise pas ce qui se passe réellement. Je suis convaincu – et je sais que beaucoup d’entre vous le perçoivent dans l’exercice quotidien de votre ministère – qu’au cœur de nombreuses personnes, en particulier des jeunes, s’ouvre aujourd’hui une nouvelle inquiétude. L’absolutisation du bien-être n’a pas apporté le bonheur escompté ; une liberté détachée de la vérité n’a pas généré la plénitude promise ; et le progrès matériel, à lui seul, n’a pas réussi à combler le désir profond du cœur humain.

En effet, les propositions dominantes, ainsi que certaines lectures herméneutiques et philosophiques qui ont voulu interpréter la destinée de l’homme, loin d’offrir une réponse suffisante, ont souvent laissé un sentiment accru de lassitude et de vide. C’est précisément pour cette raison que nous constatons que de nombreuses personnes commencent à s’ouvrir à une recherche plus honnête et plus authentique, une recherche qui, accompagnée de patience et de respect, les conduit à nouveau à la rencontre du Christ. Cela nous rappelle que pour le prêtre, ce n’est pas le moment de se replier sur soi-même ou de se résigner, mais d’être fidèle et généreusement disponible. Tout cela naît de la reconnaissance que l’initiative vient toujours du Seigneur, qui est déjà à l’œuvre et nous précède par sa grâce.

Ainsi se dessine le type de prêtres dont Madrid — et l’Église tout entière — a besoin en ce moment. Certainement pas des hommes définis par la multiplication des tâches ou par la pression des résultats, mais des hommes configurés au Christ, capables de soutenir leur ministère à partir d’une relation vivante avec Lui, nourrie par l’Eucharistie et exprimée dans une charité pastorale marquée par le don sincère de soi. Il ne s’agit pas d’inventer de nouveaux modèles ni de redéfinir l’identité que nous avons reçue, mais de proposer à nouveau, avec une intensité renouvelée, le sacerdoce dans son essence la plus authentique — être alter Christus —, en laissant Dieu façonner notre vie, unifier notre cœur et donner forme à un ministère vécu dans l’intimité avec Dieu, le dévouement fidèle à l’Église et le service concret aux personnes qui nous ont été confiées.

Chers enfants, permettez-moi aujourd’hui de vous parler du sacerdoce en utilisant une image que vous connaissez bien : votre cathédrale. Non pas pour décrire un édifice, mais pour en tirer une leçon. Car les cathédrales, comme tout lieu sacré, existent, tout comme le sacerdoce, pour conduire à la rencontre avec Dieu et à la réconciliation avec nos frères, et leurs éléments recèlent une leçon pour notre vie et notre ministère.

En contemplant sa façade, nous apprenons déjà quelque chose d’essentiel. C’est la première chose que l’on voit, et pourtant elle ne dit pas tout : elle indique, suggère, invite. De même, le prêtre ne vit pas pour s’exhiber, mais pas non plus pour se cacher. Sa vie est appelée à être visible, cohérente et reconnaissable, même si elle n’est pas toujours comprise. La façade n’existe pas pour elle-même : elle conduit à l’intérieur. De la même manière, le prêtre n’est jamais une fin en soi. Toute sa vie est appelée à renvoyer à Dieu et à accompagner le passage vers le Mystère, sans usurper sa place.

En arrivant au seuil, nous comprenons qu’il ne convient pas que tout entre à l’intérieur, car c’est un espace sacré. Le seuil marque un passage, une séparation nécessaire. Avant d’entrer, quelque chose reste à l’extérieur. Le sacerdoce se vit également ainsi : être dans le monde, mais sans être du monde (cf. Jn 17, 14). C’est à ce carrefour que se situent le célibat, la pauvreté et l’obéissance ; non pas comme un renoncement à la vie, mais comme la forme concrète qui permet au prêtre d’appartenir entièrement à Dieu sans cesser de marcher parmi les hommes.

La cathédrale est aussi une maison commune, où chacun a sa place. C’est ainsi que l’Église est appelée à être, en particulier envers ses prêtres : une maison qui accueille, qui protège et qui n’abandonne pas. Et c’est ainsi que doit être vécue la fraternité presbytérale : comme l’expérience concrète de se sentir chez soi, responsables les uns des autres, attentifs à la vie du frère et disposés à se soutenir mutuellement. Mes enfants, personne ne devrait se sentir exposé ou seul dans l’exercice de son ministère : résistez ensemble à l’individualisme qui appauvrit le cœur et affaiblit la mission !

En parcourant le sanctuaire, nous remarquons que tout repose sur les colonnes qui soutiennent l’ensemble. L’Église y a vu l’image des Apôtres (cf. Ep 2, 20). La vie sacerdotale ne se soutient pas non plus d’elle-même, mais dans le témoignage apostolique reçu et transmis dans la Tradition vivante de l’Église, et gardé par le Magistère (cf. 1 Co 11, 2 ; 2 Tm 1, 13-14). Lorsque le prêtre reste ancré dans ce fondement, il évite de construire sur le sable des interprétations partielles ou des accents circonstanciels, et s’appuie sur le roc solide qui le précède et le dépasse (cf. Mt 7, 24-27).

Avant d’arriver au presbytère, la cathédrale nous montre des lieux discrets mais fondamentaux : dans les fonts baptismaux naît le Peuple de Dieu ; dans le confessionnal, il est continuellement régénéré. Dans les sacrements, la grâce se révèle comme la force la plus réelle et la plus efficace du ministère sacerdotal. C’est pourquoi, chers fils, célébrez les sacrements avec dignité et foi, en étant conscients que ce qui s’y produit est la véritable force qui édifie l’Église et qu’ils sont la fin ultime à laquelle tout notre ministère est ordonné. Mais n’oubliez pas que vous n’êtes pas la source, mais le canal, et que vous avez aussi besoin de boire de cette eau. C’est pourquoi, ne cessez pas de vous confesser, de toujours revenir à la miséricorde que vous annoncez.

À côté de l’espace central s’ouvrent différentes chapelles. Chacune a son histoire, sa dédicace. Bien que différentes dans leur art et leur composition, elles partagent toutes la même orientation ; aucune n’est tournée vers elle-même, aucune ne rompt l’harmonie de l’ensemble. Il en va de même dans l’Église avec les différents charismes et spiritualités par lesquels le Seigneur enrichit et soutient votre vocation. Chacun reçoit une façon particulière d’exprimer sa foi et de nourrir son intériorité, mais tous restent orientés vers le même centre.

Regardons le centre de tout, mes enfants : c’est là que se révèle ce qui donne un sens à ce que vous faites chaque jour et d’où jaillit votre ministère. Sur l’autel, par vos mains, le sacrifice du Christ s’actualise dans la plus haute action confiée à des mains humaines ; dans le tabernacle, demeure Celui que vous avez offert, confié à nouveau à vos soins. Soyez des adorateurs, des hommes de prière profonde, et enseignez à votre peuple à faire de même.

Au terme de ce parcours, pour être les prêtres dont l’Église a besoin aujourd’hui, je vous laisse le même conseil que votre saint compatriote, saint Jean d’Avila : « Soyez tout à lui » (Sermon 57). Soyez saints ! Je vous confie à Sainte Marie de l’Almudena et, le cœur rempli de gratitude, je vous donne la bénédiction apostolique, que j’étends à tous ceux qui sont confiés à vos soins pastoraux.

Vatican, le 28 janvier 2026. Mémoire de saint Thomas d’Aquin, prêtre et docteur de l’Église.

LEÓN PP. XIV

 

Traduction réalisée par ZENIT

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Pape Léon XIV

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