Au cours d’un dialogue spontané avec des milliers de jeunes réunis à Madrid, le pape Léon XIV a lancé un appel fort à devenir des témoins authentiques de l’Évangile, capables d’écouter la voix de Dieu, de vivre leur vocation sans peur et d’être « l’étincelle d’une humanité nouvelle ».
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(1) Nous savons que saint Augustin est très important pour vous, mais quels autres saints et quelles autres figures de référence vous ont aidé dans votre cheminement en tant que chrétien ?
(2) J’aimerais maintenant vous interroger sur vos années en tant que missionnaire au Pérou. Quel souvenir ou quelle expérience gardez-vous comme un trésor de ces années ?

Eh bien, tout d’abord : bonjour à vous tous ! Merci d’être ici et merci de partager la foi avec tout Madrid et toute l’Espagne. Pour répondre à la première question sur certains saints qui ont été pour moi des modèles durant ma formation et ma jeunesse, mais aussi en tant qu’évêque et en tant que Pape… On a déjà mentionné saint Augustin — et nous savons tous que saint Augustin est une figure très importante pour toute l’Église —, mais j’ai aussi pensé à l’un des Pères de l’Église orientale qui s’appelait saint Jean Chrysostome, dont le nom signifie « bouche d’or », un titre que ce Père de l’Église méritait car il avait une très belle éloquence. Avant son baptême, qui eut lieu en l’an 368 après J.-C., il étudiait la philosophie. Il se consacra ensuite à l’exégèse des Écritures, en compagnie d’autres jeunes d’Antioche, sa ville natale. Après une expérience d’ermite, il se mit au service de l’Église en tant que prêtre, puis en tant qu’évêque. Et j’en profite pour vous dire à tous : n’ayez jamais peur d’envisager une vocation à la vie sacerdotale, à la vie religieuse ou à d’autres services au sein de l’Église ! Car Jean Chrysostome, qui portait dans son cœur cet amour pour la Parole de Dieu, après avoir été prêtre et évêque, a donné un très grand témoignage, surtout par la cohérence de sa vie. S’il prêchait, c’était parce qu’il vivait ce message. Personnellement, j’ai été particulièrement impressionné par ses catéchèses, ses sermons, ses homélies et ses écrits, qui allient l’amour de la vérité et la droiture de sa vie. Mais il faisait aussi preuve d’un grand courage. Il n’avait pas peur de parler devant l’Empereur, de dire des choses qui défendaient la justice et non pas seulement pour plaire à autrui. C’était un homme de parole.
Un autre saint auquel j’ai pensé est saint Thomas de Villanueva, augustin, qui fut appelé à devenir, lui aussi, pasteur de l’Église. Il était espagnol. Il a étudié à l’université d’Alcalá et, par sa sagesse, il a gagné l’estime de l’empereur Charles Quint. Il a ensuite été nommé évêque de Valence et a entrepris un intense travail de réforme de l’Église, surtout du clergé, exhortant ses frères à la persévérance dans la prière, dans la vie de chasteté et dans l’obéissance. En raison de sa charité ardente, il est connu encore aujourd’hui comme « l’évêque des pauvres ». Car cette charité m’a encouragé dans les moments d’épreuve et dans les moments de service.
Un autre compagnon de route est saint Toribio de Mogrovejo, lui aussi espagnol.
Au XVIe siècle, il fut missionnaire au Pérou, où il se consacra avec un grand zèle à l’évangélisation, en étudiant les langues locales. Saint Toribio allia une vie intense de prière à son engagement pour la justice, en particulier face aux abus et à la corruption de son époque. C’est pourquoi il est pour moi un modèle de dévouement envers le peuple, en particulier les plus pauvres, au nom du Christ.
En contemplant la vie de ces saints, comme saint Augustin, je me suis dit : s’ils en ont été capables, pourquoi pas moi ? (cf. Confessions, VIII, 27). Une question que je vous confie volontiers, en vous invitant à choisir des exemples de vie bonne, qui soient attrayants tant pour vous que pour les autres.
Quant aux années passées au Pérou, en tant que missionnaire puis comme évêque, je me souviens surtout du témoignage de foi des gens, marqué par de nombreuses difficultés, mais plein d’espérance. C’est précisément la rencontre avec les souffrances mais aussi avec les joies du peuple qui m’a fait grandir sur le chemin de la suite de Jésus. Tout en l’annonçant, j’étais moi aussi transformé par l’Évangile, transformé par la vie et la foi de ces peuples, souvent très pauvres matériellement, mais riches en foi. Et en faisant l’expérience de cette foi dans la parole du Seigneur, j’ai vu comment la Parole de Dieu peut transformer le conflit en paix. Elle peut être source de réconciliation, de paix et de justice.
(3) Selon vous, qu’est-ce qui nous aiderait à reconnaître la voix de Dieu parmi tant d’autres voix ?
(4) Comment pouvons-nous, nous aussi qui cherchons, les accompagner dans leur cheminement vers la découverte de la beauté de la foi ?
Tout d’abord, nous pouvons parler de la manière d’écouter cette voix de Dieu, de discerner si c’est vraiment Dieu qui parle ou bien autre chose, une autre attraction, une autre difficulté.
Pour reconnaître la voix de Dieu, le silence peut avant tout nous aider ; je crois qu’il est très important que chacun de nous cherche à développer la capacité d’être en silence. Souvent, nous portons des écouteurs, nous écoutons de la musique, nous sommes distraits et nous ne savons pas être en silence. Je crois que c’est souvent précisément dans cette expérience du silence que Dieu peut nous parler ou que nous pouvons discerner la voix de Dieu. Lorsque nous recherchons le silence, nous décidons de ce que nous ne voulons pas entendre et des bruits qui ne doivent pas nous distraire. En nous libérant du vacarme de mille voix, nous reconnaissons que certaines trompent nos désirs, d’autres nous achètent sans nous nourrir, d’autres encore parlent par intérêt. Dans le silence, nous comprenons que les idéologies passent, tandis que la vérité demeure. Je voudrais ici aussi souligner l’importance de rechercher la vérité, car de nombreuses voix, de nombreuses choses sur les réseaux sociaux nous trompent et nous racontent des mensonges. Recherchez toujours la vérité ! Dieu est vérité ! Si cela vous éloigne de Dieu, ce n’est pas la vérité ! N’oubliez pas cela !
Deuxièmement, soyez certains que Dieu connaît bien votre voix, vos voix : Il vous écoute et vous répondra. N’ayez pas peur d’exprimer ce que vous ressentez dans votre cœur. Il y a un psaume qui dit : « Celui qui a fait l’oreille, ne va-t-il pas entendre ? » (Ps 94, 9). Notre dialogue intérieur se transforme en prière, en louange et en supplication lorsqu’il est confié à l’unique qui peut l’entendre. La prière est une voix libre précisément parce qu’elle ne parle pas pour rendre des comptes, pour démontrer que nous sommes prêts ou pour nous faire sentir importants. Lorsque nous devenons nous-mêmes prière, le Seigneur nous répond par sa Parole, qui s’est faite homme pour nous, affirmant qu’il nous aime de tout son être.
Troisièmement, pour reconnaître la voix de Dieu, il faut écouter la Parole. La Parole de Dieu est vivante, car elle est le Christ, dont la voix continue de résonner dans l’Église qui est son Corps. Il accomplit toutes les Écritures, cet ancien et ce nouveau Testament donnés aux hommes comme promesse de salut. L’adoration eucharistique, que nous partageons ce soir, est précisément le lieu idéal pour garder le silence, libérer notre cœur et « être » nous-mêmes devant le Seigneur, en dialoguant avec Lui, afin que son amour, devenu nourriture pour toute l’humanité, s’exprime avec éloquence.
De plus, chers jeunes, pour accompagner les autres à découvrir la beauté de notre foi, souvenez-vous qu’aucun de nous n’est né maître et que, devant le Seigneur, nous sommes tous des disciples. Partagez donc votre cheminement spirituel, en en rendant témoignage par la cohérence de votre vie : la volonté de suivre Jésus vous renouvellera constamment, surtout dans les moments de lassitude. En cela, il est important de voir que personne n’est seul à croire en Jésus. Regardez combien vous êtes ici ! Et ainsi, en communauté, dans les groupes de jeunes, en famille, nous pouvons tous apprendre ce qu’est la beauté de notre foi. Car en partageant votre cheminement spirituel, la volonté de suivre Jésus vous renouvellera constamment. Il marche à notre rythme et éclaire notre chemin. À l’exemple du Maître : c’est ainsi que je vous invite à agir, en tant que pasteurs, éducateurs, en tant qu’amis. Si vous priez avec amour, les jeunes apprécieront l’importance de la prière. Si vous brûlez de foi, vous transmettrez son feu vivant. Cherchez tous dans vos cœurs ce feu de l’amour de Dieu ! Car c’est là que se trouve la présence de Jésus, et la présence proche de Jésus se perçoit même dans les moments de nos chutes, car Jésus ne nous abandonne pas. C’est aussi lorsque nous devenons une main tendue, une étreinte fraternelle, lorsque nous cherchons des occasions de servir les autres et lorsque nous cherchons comment toucher la vie de l’autre avec ses blessures, dans sa tristesse, dans ses difficultés. C’est là que la foi en Jésus-Christ devient vivante, et c’est là que Jésus nous aidera à nous soutenir mutuellement sur le chemin.
(5) Comment pouvons-nous, jeunes chrétiens, nous engager dans cette société ?
(6) Quelle est la mission concrète que vous demandez aux jeunes de l’Église ?
Eh bien, félicitations pour ton mariage, Fernando ! J’ai vu ici d’autres couples qui vont se marier : félicitations et bénédictions ! Car, si j’ai dit tout à l’heure « n’ayez pas peur de penser à une vocation », le mariage est aussi une vocation. N’ayez pas peur du mariage et de fonder une famille !
Au cours des siècles d’histoire de l’Église, nous, chrétiens, avons vécu dans toutes sortes de sociétés, traversant les changements des cultures que nous avons partagées et contribué à façonner. Il existe un texte ancien, appelé la Lettre à Diognète, qui nous offre à ce sujet une belle intuition : « les chrétiens sont au monde ce que l’âme est au corps » (VI). Telle est notre manière de vivre : les disciples de Jésus sont toujours contemporains, mais jamais prisonniers du temps qui passe. Nous sommes libres en Christ ! Et le Christ nous a libérés par son amour. Grâce à cet amour, nous sommes toujours libres face à toute contrainte et à toute tromperie. Nous sommes libres des modes, car nous sommes disciples de la vérité ; nous sommes ouverts à l’avenir, car nous savons que la mort ne nous attend pas. Au contraire, le sens de l’histoire culmine dans la communion éternelle de vie que Dieu prépare pour tous. Dans cette perspective, vous surtout, les jeunes, êtes appelés à donner une nouvelle orientation à la société, en devenant les protagonistes du changement à partir de vos liens quotidiens, de ce que vous vivez en famille, à l’université et au travail. En vous voyant, chers jeunes, pleins de cet enthousiasme motivé par la foi, je me réjouis de penser à votre capacité à témoigner du Christ dans le monde, y compris dans la réalité numérique, pour communiquer les valeurs et la beauté de l’Évangile (cf. Christus vivit, 105 ; Salutation lors du Jubilé des missionnaires numériques, 29 juillet 2025).
Je vous invite donc tous à être ensemble le sel de la terre et la lumière du monde (cf. Mt 5, 13). Pour vivre ainsi, il faut avant tout interpréter la société actuelle, en la vivant avec sagesse, afin de pouvoir ensuite la transformer en tant que témoins de l’Évangile. Le jeune chrétien, en effet, devient lumineux tant dans la joie que dans l’épreuve, donnant du goût à la réalité parce qu’il l’habite comme une personne qui savoure la vie en son for intérieur, sans attendre que ce soient la richesse, le plaisir ou le pouvoir à lui donner ce goût. Telle est notre liberté, qui trouve sa source dans la foi, capable de donner lumière et saveur à toute société, à toute expérience humaine. En revanche, quand la vie n’a plus de goût, c’est comme si elle nous était arrachée : nous ne la sentons plus comme nôtre. Face au vide de l’indifférence et du conformisme, face à la violence de la guerre et du mensonge, soyez vous-mêmes l’étincelle d’une humanité nouvelle.
Et alors, je veux vous confier à tous une mission : soyez humains. Oui, soyez humains ! : des hommes et des femmes de chair et d’os. Pas des apparences, mais des visages fiables. Des personnes qui recherchent la justice parce qu’elles en ont faim, comme du pain quotidien. Des personnes qui désirent une vie honnête et droite, parce qu’elles font volontiers aux autres ce qu’elles voudraient que les autres leur fassent. Soyez humains comme l’est le Christ, l’homme parfait, le Ressuscité qui partage avec nous l’histoire en tout temps. En cultivant cet engagement, regardez les Apôtres, les premiers chrétiens, habitants d’un monde païen. À leur exemple, soyez des missionnaires de l’Évangile face aux pauvretés matérielles et spirituelles de notre temps, sachant bien que notre foi est un style de vie qui s’accomplit dans la charité (cf. Gal 5, 6). Telle est, chers jeunes, la vertu qui change l’histoire plus que toute autre. Vous pouvez changer l’histoire ! Faites-le avec amour ! Merci beaucoup.
Traduction réalisée par ZENIT








