Dans la chapelle Pauline du Palais apostolique, le Saint-Père et les responsables du gouvernement de l’Église sont entrés dans le temps du recueillement quadragésimal, marquant une pause dans les activités ordinaires pour se consacrer à la prière, à l’examen intérieur et à l’écoute de la Parole, sous le thème : « Illuminés par une gloire cachée ».
Le prédicateur invité pour guider cette retraite cette année était Erik Varden, évêque cistercien de Trondheim, en Norvège. Moine de l’Ordre cistercien de la stricte observance — mieux connu sous le nom de trappistes — Varden a apporté au Vatican une sensibilité résolument monastique : austère, biblique et sans crainte du combat spirituel. Son thème général pour la semaine, « Illuminés par une gloire cachée », a donné le ton d’un cycle de méditations cherchant à découvrir l’éclat divin non pas dans le spectaculaire, mais dans la fidélité.
La réflexion d’ouverture, intitulée « Entrer en Carême », s’articulait autour d’un paradoxe : la paix chrétienne n’est pas la récompense d’une vie confortable, mais la condition préalable d’une société transformée. « La paix chrétienne n’est pas la promesse d’une vie facile », a insisté Varden. Elle est plutôt le fruit d’un don de soi courageux, enraciné dans ce qui est juste et vrai. Dans un monde habitué à assimiler la paix à l’absence de tension, l’évêque a tracé une ligne plus nette. La paix à laquelle le Carême appelle les croyants, a-t-il expliqué, est une paix « que le monde ne peut pas donner », faisant écho à l’Évangile de Jean. Ce n’est pas une trêve négociée, mais le signe intérieur de la présence durable du Christ.
Varden a présenté le Carême comme un temps d’essentiel. L’Église, a-t-il expliqué, se dépouille volontairement des excès — matériels comme symboliques — afin de créer un espace où le croyant peut affronter ce qui compte vraiment. Même les bonnes distractions sont temporairement mises de côté. Dans cet environnement purifié, le combat spirituel devient inévitable. L’Église n’adoucit pas son langage lorsqu’elle parle du vice et des passions destructrices, a-t-il noté. Sa grammaire n’est pas relativiste mais catégorique : « oui, oui » et « non, non ». Le Carême n’est pas une saison de demi-mesures.
Au cœur de ce combat se trouve la purification de la colère. Citant le maître ascétique du VIIᵉ siècle Jean Climaque, Varden a rappelé l’avertissement sans compromis : rien n’entrave davantage la présence de l’Esprit que la colère. À une époque marquée par la polarisation idéologique et l’indignation numérique, ce rappel portait une résonance contemporaine. L’identité chrétienne authentique, a-t-il souligné, se mesure à la fidélité à l’exemple et aux commandements du Christ — non à la force rhétorique ni à la domination culturelle.
La méditation a également intégré l’héritage liturgique du rite romain. Depuis plus d’un millénaire, le premier dimanche de Carême, la liturgie romaine proclame avant l’Évangile des tentations du Christ au désert le chant solennel appelé « tractus », tiré presque entièrement du psaume 90, le Qui habitat. Le langage du psaume — « Celui qui demeure sous l’abri du Très-Haut » — est à la fois martial et paisible, évoquant la protection divine au milieu de l’épreuve.
Pour en éclairer la profondeur, Varden s’est tourné vers l’une des grandes voix cisterciennes, Bernard de Clairvaux. Pendant le Carême de 1139, Bernard prêcha à ses moines un cycle de dix-sept sermons sur le Qui habitat. Dans ces réflexions, il décrivait les contours de la grâce à l’œuvre au cœur du combat : combattre le mal, favoriser le bien, défendre la vérité et persévérer dans l’exode de l’esclavage vers la terre promise. Le chemin, reconnaissait-il, peut sembler comme marcher sur le fil d’un rasoir. Pourtant, en dessous se trouvent « les bras éternels », image biblique qui ancre le courage dans la fidélité divine.
Du lundi 23 février au vendredi 27 février, deux méditations quotidiennes sont prévues : l’une à 9 h, précédée de l’office du milieu du jour, et l’autre à 17 h, suivie de l’adoration eucharistique et des vêpres. Après l’allocution inaugurale du dimanche, deux réflexions portent explicitement sur Bernard de Clairvaux — « Saint Bernard l’idéaliste » le matin du 23 février et « Saint Bernard le réaliste » l’après-midi du 26 février — suggérant une exploration délibérée de la tension entre aspiration spirituelle et vie ecclésiale concrète.
Parmi les autres thèmes de la semaine figurent la confiance dans l’aide divine, le processus de devenir libre, la splendeur de la vérité, l’énigmatique expression biblique « mille tomberont », la promesse « je le glorifierai », le ministère des anges de Dieu et la vertu du discernement ou « considération ». La méditation finale, centrée sur « Communiquer l’espérance », conclura la retraite.
Ce thème conclusif résonne au-delà des murs du Palais apostolique. Ces dernières années, le Vatican a rappelé à plusieurs reprises que l’espérance n’est pas un simple optimisme, mais une vertu théologale enracinée dans la Résurrection. « Communiquer l’espérance » suppose d’avoir d’abord affronté le désespoir, purifié la colère et choisi la fidélité plutôt que la facilité. C’est, autrement dit, le fruit même du combat spirituel par lequel Varden a commencé.
En ouvrant le Carême par une méditation sur la paix radicale et la discipline du disciple, l’évêque norvégien a offert au pape Léon XIV et à la Curie non pas un programme de réforme administrative, mais quelque chose de plus fondamental : une invitation à la cohérence intérieure.
