Garde suisse pontificale, 6 mai 2021 © Vatican Media

Garde suisse pontificale, 6 mai 2021 © Vatican Media

Reconstruction de la caserne de la Garde suisse

Un projet alliant sécurité, modernité et respect du patrimoine historique du Vatican

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(ZENIT News / Cité du Vatican, 26.02.2026) – Le Vatican prépare l’un de ses projets d’infrastructure les plus ambitieux depuis des décennies : la reconstruction complète de la caserne de la Garde suisse pontificale. Cette initiative, portée par la Fondation pour la reconstruction de la caserne de la Garde suisse, a reçu un avis favorable de l’UNESCO, dont l’approbation finale est attendue prochainement. Une fois cette approbation obtenue et le financement assuré, le projet passera de la planification à la réalisation, transformant durablement un site stratégique du Vatican. 

Le projet prévoit la démolition quasi totale du complexe existant, à une exception notable près : la façade italienne de la caserne actuelle sera préservée. Cette décision, prise après de nouvelles consultations avec les autorités chargées du patrimoine, représente un compromis entre continuité architecturale et rénovation fonctionnelle. Elle explique également en partie la hausse des coûts et les retards qui caractérisent désormais le calendrier du projet. 

Expertise suisse, coordination vaticane 

Dans des circonstances normales, le 6 mai est aussi le jour où les nouvelles recrues - tous les jeunes hommes catholiques de nationalité suisse © Garde suisse pontificale

La reconstruction sera entièrement confiée à des institutions suisses, soulignant le lien historique et symbolique unissant la Suisse et le plus ancien corps militaire du Vatican. La conception architecturale a été élaborée par le cabinet Durisch + Nolli, basé à Lugano, tandis que les responsabilités d’ingénierie sont partagées entre Schnetzer Puskas (Bâle) et IFEC (Bellinzone). Ces équipes travaillent en étroite collaboration avec les services techniques de l’État de la Cité du Vatican, afin de garantir que les normes de construction modernes s’adaptent aux contraintes complexes d’un site classé au patrimoine mondial de l’UNESCO. 

Les travaux ne débuteront pas immédiatement. Selon la Fondation, la construction ne pourra commencer qu’une fois le budget intégralement bouclé. Même dans le scénario le plus optimiste, le début des travaux ne pourrait avoir lieu avant 2027, et leur achèvement est prévu pour 2029. 

Plus d’espace, moins de bâtiments 

Dès le départ, la fonctionnalité, et non la monumentalité, a guidé la conception de cette nouvelle caserne. Celle-ci comptera cinq étages, remplaçant ainsi le bâtiment actuel de trois étages, et permettra enfin à l’ensemble de la Garde suisse de résider dans un seul bâtiment à l’intérieur des murs du Vatican. Actuellement, certains gardes sont logés ailleurs à Rome, une organisation logistique que le Vatican juge de plus en plus impraticable. 

Le nouveau complexe comprendra 81 chambres individuelles, 18 chambres doubles, 11 studios pour les sous-officiers célibataires et 21 appartements familiaux. Dans un souci d’économie, et conformément aux principes de la vie militaire communautaire, les recrues seront logées en chambre double plutôt qu’individuelle. Le choix des matériaux a également été guidé par une volonté d’économie : le travertin, traditionnellement utilisé dans les bâtiments du Vatican, sera remplacé par un sol en ciment, ce qui permettra de réduire considérablement les dépenses sans compromettre la durabilité. 

Le projet transformera également ce que les initiés appellent le « quartier suisse » du Vatican. Les bâtiments sans intérêt architectural qui occupent actuellement la zone seront remplacés par des constructions modernes conçues pour s’intégrer harmonieusement à leur environnement historique. 

Retrouver l’histoire cachée 
Prestation de serment de la Garde Suisse Pontificale, 4 octobre 2025 © Vatican Media

Prestation de serment de la Garde Suisse Pontificale, 4 octobre 2025 © Vatican Media

Au-delà du logement, la reconstruction revêt une importance patrimoniale majeure. Les travaux permettront de dégager et de restaurer la vue sur le Passetto di Borgo, ce passage surélevé du XIe siècle qui servait autrefois de voie d’évacuation aux papes. Au fil du temps, ce couloir a été partiellement masqué par des constructions ultérieures. Le projet vise à supprimer nombre de ces obstacles visuels, permettant ainsi d’admirer le Passetto dans toute sa longueur. 

Un autre changement symbolique concerne la fontaine commémorative érigée en 1927, qui obstrue actuellement l’accès de la Via Santa Anna à la Cour d’Honneur. La fontaine sera déplacée et intégrée au nouveau bâtiment de la caserne près du Passetto, rétablissant ainsi les perspectives historiques tout en préservant le monument lui-même. 

Le réaménagement permettra également de rétablir l’itinéraire traditionnel des pèlerins arrivant de Suisse et d’Europe du Nord par la Via Francigena. Ce chemin, qui passait historiquement entre les deux casernes de la Garde suisse avant d’atteindre la place Saint-Pierre par la porte San Pietro, redeviendra un axe visible et accessible pour les pèlerins. 

Hausse des coûts, ambitions revues à la baisse 

Lors de sa présentation initiale en 2019, le coût estimé du projet s’élevait à 45 millions de francs suisses. Ce chiffre a depuis grimpé à environ 70 millions de francs, une augmentation substantielle due à de multiples facteurs. Les coûts de construction en Italie ont augmenté d’environ 30 % sur la période. Les dépenses supplémentaires découlent de modifications apportées aux plans initiaux, notamment la décision de conserver la façade italienne, qui à elle seule représente un surcoût d’environ 4 millions de francs et engendre des retards de chantier. 

Les coûts supplémentaires comprennent 2 millions de francs pour le renforcement des fondations et la protection parasismique, 1,25 million de francs pour la restauration du Passetto et 5 millions de francs constitués en réserve pour faire face à d’éventuelles hausses de prix. Des travaux nouvellement identifiés – tels que le remplacement du réseau d’égouts, le déplacement de la fontaine et l’installation de systèmes de ventilation et de séchage performants – n’étaient pas prévus dans le budget initial et ont alourdi la charge financière. 

Une vision pragmatique du service 

Malgré son ampleur et son coût, le Vatican et la Fondation insistent sur le fait que ce projet n’a rien à voir avec le luxe. Le principe directeur demeure la fonctionnalité : offrir à la Garde suisse des conditions de vie sûres, adéquates et durables, répondant à ses besoins actuels et futurs. En ce sens, la reconstruction concerne autant la continuité institutionnelle que les infrastructures elles-mêmes. 

Si elle est achevée comme prévu, la nouvelle caserne constituera un rare exemple d’architecture contemporaine intégrée à l’un des environnements les plus riches en histoire au monde – un effort pour concilier la préservation du patrimoine, la rigueur budgétaire et les réalités pratiques de la protection du pape au XXIe siècle. 

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Valentina di Giorgio

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