(ZENIT News / Ottawa, 11/10/2026) – Le Canada n’étendra pas son programme d’aide médicale à mourir aux personnes dont la seule affection sous-jacente est une maladie mentale, a annoncé le ministre de la Justice, Sean Fraser, le 7 octobre, mettant fin à des années d’incertitude sur la question de savoir si le pays autoriserait l’aide médicale à mourir pour les personnes qui ne souffrent pas de maladies en phase terminale mais qui souffrent de troubles psychiatriques.
S’adressant aux journalistes à la Chambre des communes, M. Fraser a reconnu que la question n’avait pas fait l’unanimité, mais a affirmé que le gouvernement estimait que le maintien de la restriction actuelle était la bonne décision. On s’attend à ce que le prochain projet de loi prolonge l’exclusion indéfiniment, remplaçant ainsi une série de reports temporaires par une politique plus permanente.
Cette décision marque une étape importante pour un système qui a connu une expansion considérable depuis la légalisation de l’aide médicale à mourir (MAID : sigle en anglais) au Canada en 2016. Selon les chiffres cités dans les rapports, environ 100 000 Canadiens sont décédés dans le cadre de ce programme depuis sa mise en œuvre. Pour la seule année 2023, l’aide médicale à mourir représentait environ un décès sur 20 à l’échelle nationale, illustrant la rapidité avec laquelle cette pratique s’est intégrée au paysage de la fin de vie au Canada.
Dans le cadre actuel, l’admissibilité est généralement liée à une affection médicale grave et incurable, sans pour autant nécessairement être terminale. Par conséquent, étendre cette admissibilité aux personnes souffrant uniquement d’une maladie mentale soulèverait des questions complexes quant à l’évaluation de la persistance de la souffrance psychologique, des possibilités de guérison et de la capacité d’une personne à prendre une décision finale concernant sa propre mort.
Le gouvernement avait déjà reporté l’expansion prévue à 2024, à la suite d’un rapport parlementaire concluant que le Canada n’était pas prêt à aller de l’avant. La dernière annonce laisse entendre que les préoccupations concernant les mesures de protection et les défis particuliers liés à la maladie mentale demeurent.
Pour les détracteurs du suicide assisté, cette décision représente une reconnaissance importante, quoique limitée, du fait que toute forme de souffrance ne justifie pas automatiquement une aide médicale à mourir. Un rapport de Cardus Health publié en 2025 soulevait des inquiétudes quant à la prise en charge des groupes vulnérables, notamment les personnes atteintes de troubles mentaux, dans un pays qui a également la responsabilité de prévenir le suicide. La tension éthique sous-jacente est difficile à ignorer : une personne souffrant d’une profonde détresse psychologique peut avoir besoin d’un suivi médical, d’un soutien social et d’un espoir renouvelé, plutôt que d’un système qui propose la mort comme option médicale.
Toutefois, cette restriction ne remet pas en cause l’expansion du programme canadien ni ne résout le différend sur les protections existantes. En 2024, un rapport d’un organisme de surveillance a révélé que des centaines de violations présumées des lois canadiennes sur l’euthanasie n’avaient pas été signalées à la police, ce qui soulève des questions sur le contrôle et la responsabilité.
Le débat se poursuit également au niveau provincial. Le Québec a annoncé en 2024 qu’il autoriserait les demandes anticipées d’aide médicale à mourir, permettant ainsi à une personne d’être euthanasiée après être devenue incapable de donner son consentement, à condition que la procédure ait été demandée au préalable. Cette politique soulève plusieurs questions quant à l’interprétation des volontés exprimées antérieurement lorsqu’une personne ne peut plus les confirmer ni les reconsidérer.
L’opposition de l’Église catholique à l’euthanasie repose sur la conviction que la dignité humaine ne dépend ni de la santé, ni de l’autonomie, ni de l’absence de souffrance. De ce point de vue, protéger les personnes atteintes de troubles mentaux implique bien plus que de restreindre les conditions d’accès à l’euthanasie : cela exige également l’accès à un traitement approprié, à des soins empreints de compassion et à un soutien concret, notamment pour celles qui se sentent isolées ou qui pensent être un fardeau.
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