P. Roger Villegas, recteur de la basilique Notre-Dame de Boulogne

P. Roger Villegas, recteur de la basilique Notre-Dame de Boulogne

La vague de Pâques à laquelle personne ne s’attendait : comment la foi renaît en France

Le recteur de la basilique Notre-Dame de Boulogne témoigne d’un renouveau de la foi marqué par l’essor du catéchuménat et l’engagement des laïcs

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Dans une interview, le P. Roger Villegas, LC, recteur de la basilique Notre-Dame de Boulogne en France, confiée à la congrégation des Légionnaires du Christ, évoque le renouveau de la foi que connaît le pays : des baptêmes d’adultes qui ne cessent d’augmenter, des paroisses qui se remplissent de catéchumènes et une Église qui, après des années de sécularisation, respire aujourd’hui « un souffle pascal ».

La France, « fille aînée de l’Église », connaît aujourd’hui un contraste qui surprend même ses propres évêques. D’une part, la pratique religieuse continue de reculer et seuls 46 % de la population se déclarent catholiques. D’autre part, un phénomène inattendu se produit dans ses paroisses : cette Pâques, plus de 21 000 adultes et adolescents ont été baptisés, soit une hausse de 28 % par rapport à l’année précédente chez les adultes, et ce chiffre a triplé en seulement une décennie (enquête annuelle de la Conférence épiscopale française sur le catéchuménat de Pâques 2026). La plupart sont des jeunes âgés de 18 à 25 ans, dont beaucoup n’ont aucune tradition religieuse antérieure, qui parviennent à la foi après une quête de sens, une expérience spirituelle ou le témoignage de proches.

C’est dans ce contexte de renouveau — qui a coïncidé en septembre dernier avec la première visite d’un pape en France depuis 18 ans, celle de Léon XIV — que le père Rogelio Villegas, prêtre de la Légion du Christ et recteur de la basilique Notre-Dame de Boulogne, confiée à la Légion du Christ, partage ce qu’il a pu observer de près au sein de sa propre paroisse.

Quelle est la situation de l’Église et de la foi en France ?

La longue histoire de sécularisation et de déchristianisation de la France a fait de ce pays l’un des symboles de l’athéisme et de la laïcité anticléricale. Cependant, tout au long de ces plus de deux siècles de déchristianisation, Dieu a toujours envoyé des figures de sainteté et a soutenu son peuple par de nombreuses apparitions mariales, comme celles de Lourdes, de La Salette et de Pontmain, pour n’en citer que quelques-unes. Entre crises internes, comme le lefebvrisme, et initiatives brillantes, comme les réformes menées par le cardinal Lustiger, l’Église en France a connu une transformation constante pour répondre aux grands défis d’une société complexe et multiculturelle. C’est une Église aux dynamiques variées dans les grands centres urbains et en milieu rural.

Une Église qui a traversé une période très douloureuse, marquée par la reconnaissance des nombreux abus commis au cours des 50 dernières années, tels qu’ils sont présentés dans le rapport de la CIASE, la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Église, créée en 2018 par la Conférence épiscopale de France et la Conférence des religieux et religieuses de France. Une Église qui manque de prêtres, mais qui encourage de manière exemplaire l’engagement des laïcs dans la mission. Dans cette Église de France, nous vivons aujourd’hui une effervescence et un renouveau de la foi, un retour à l’Église, au catéchuménat des adultes et à la préparation au mariage qui nous a pris par surprise.

Dans ce contexte que vous nous décrivez, quelle mission la congrégation des Légionnaires du Christ mène-t-elle aujourd’hui dans ce pays et quels sont ses principaux défis pastoraux ?

La Légion du Christ est présente, aux côtés des autres membres du Regnum Christi, dans trois villes : Bordeaux, Paris et Boulogne-Billancourt. Dans chacune d’elles, la vie du mouvement s’articule principalement autour du service rendu aux paroisses et aux écoles qui lui sont confiées. Notre principal défi aujourd’hui est de vivre pleinement notre charisme de formation d’apôtres au sein des paroisses et des écoles. C’est un travail qui exige de la patience et une adaptation à la réalité sociale et ecclésiale, mais qui commence déjà à porter de nombreux fruits.

Dans notre paroisse de Boulogne-Billancourt, par exemple, le nombre de conversions, de baptêmes et de mariages ne cesse d’augmenter, ce qui représente un immense travail d’accompagnement. Aujourd’hui, grâce aux nombreux laïcs qui ont vécu une expérience du Christ, nous pouvons accueillir toute cette vague d’un vent nouveau de Pâques qui envahit nos paroisses. Pour vous donner une idée, les 60 catéchumènes que nous accompagnons cette année ont nécessité une équipe d’environ 70 personnes. Grâce à l’engagement et au travail que nous menons depuis longtemps, ce sont les laïcs qui se forment pour accueillir et accompagner ; la communauté des légionnaires, à elle seule, ne suffirait pas à prendre en charge les convertis, les parrains et marraines, les familles, etc. Et ce n’est là qu’un des quelque 80 groupes et apostolats présents dans la paroisse, qui s’ajoutent à la pastorale sacramentelle ordinaire.

Aujourd’hui, grâce aux nombreux laïcs qui ont vécu une expérience du Christ, nous pouvons accueillir tout ce souffle pascal nouveau qui envahit nos paroisses.

En tant que légionnaire du Christ et recteur d’une basilique, que représente pour vous cette responsabilité et que cherchez-vous à promouvoir au sein de la communauté de Notre-Dame de Boulogne ?

Dieu a été très bon avec moi et avec la communauté, car j’ai eu la rare chance de pouvoir mener à bien tout le processus d’élévation au rang de basilique et, aujourd’hui, sa rénovation complète. Notre histoire restera liée à la basilique pour la postérité. C’est une grande responsabilité, surtout pour un étranger dans un pays complexe comme la France. Mais je crois que c’est à cela que la Légion m’a préparé : à être, là où je me trouve, un apôtre formateur d’apôtres. Chaque jour, j’essaie de faire vivre aux paroissiens, aux touristes, aux curieux et aux employés le mystère du Christ, qui vient à la rencontre de chacun et leur révèle l’amour de son cœur. Si les 1 300 personnes que nous accueillons chaque dimanche trouvent cet amour de Jésus que j’ai moi-même découvert au sein de la Légion, elles auront envie d’aller plus loin, de se rassembler, de se former et d’être des témoins auprès de leurs frères et sœurs dans cette société sécularisée. De plus, dans notre basilique, nous disposons d’un merveilleux moyen d’annoncer le Christ : Marie. Notre basilique mariale possède une spiritualité et une histoire qui touchent le cœur. J’adore la devise du futur bienheureux Fulton Sheen : « Da per Matrem me venire ». La France est le pays de Notre-Dame.

C’est à cela que j’ai été formé au sein de la Légion : pour être, là où je me trouve, un apôtre formant des apôtres (…) Si les 1 300 personnes que nous accueillons chaque dimanche découvrent cet amour de Jésus que j’ai moi-même découvert au sein de la Légion, elles auront envie d’aller plus loin, de se réunir, de se former et d’être des témoins auprès de leurs frères et sœurs dans cette société sécularisée.

Après la visite du pape Léon XIV, quels signes d’espoir se manifestent dans la vie de l’Église en France, notamment chez les jeunes et ceux qui se rapprochent à nouveau de la foi ?

Nous vivons un moment unique grâce à l’accueil réservé par le peuple français, au-delà des cercles catholiques, à la visite du pape. Il régnait à Paris une ambiance de Journées mondiales de la jeunesse. Je pense que le pape est venu constater et confirmer ce merveilleux moment de retour à la foi en France. Les jeunes, dans toute la diversité de la société française, ont répondu aux invitations et participé aux rencontres. Nous nous sommes tous nourris de ses paroles.

Je partage l’intuition de certains évêques qui affirment qu’après le retour au baptême viendra le retour des vocations. Dès cette année, on constate une augmentation considérable des vocations et nous espérons que de nombreux jeunes se sentiront eux aussi appelés à servir le Christ au sein de la Légion. La société française a besoin d’un message d’espoir et de paix. Le Pape est venu nous confirmer dans notre mission et, avec le Chapitre, je rêve d’une communauté pascale qui, sans cesser de voir les plaies du Christ, sorte dans le monde pour annoncer que le Christ est le bonheur que tant d’hommes recherchent sans le savoir.

Dans chacune de ces réponses, on perçoit la même conviction : que « le vent de Pâques » qui souffle aujourd’hui en France n’est pas le fruit du hasard, mais celui d’une Église qui, bien que marquée par ses propres blessures, n’a cessé d’annoncer le Christ. Le témoignage du Père Rogelio, depuis sa paroisse et sa basilique mariale, confirme ce que les chiffres de cette année montrent également : des milliers de jeunes Français, dont beaucoup sont sans aucune tradition religieuse, trouvent dans la foi une réponse qu’ils ne s’attendaient pas à chercher.

Pour la congrégation des Légionnaires du Christ, présente à Bordeaux, Paris et Boulogne-Billancourt, cette effervescence est à la fois une joie et une mission : continuer à former des laïcs capables d’accompagner ceux qui arrivent, et continuer à être, comme le dit le Père Rogelio, des « apôtres formateurs d’apôtres » dans un pays qui, peu à peu, renoue avec le Christ.

 

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