Procession vers l'ermitage de la Vierge de Torreciudad, à Barbastro © SANTUARIO DE TORRECIUDAD/Europa Press (SANTUARIO DE TORRECIUDAD)

Procession vers l'ermitage de la Vierge de Torreciudad, à Barbastro © SANTUARIO DE TORRECIUDAD/Europa Press (SANTUARIO DE TORRECIUDAD)

Espagne : l’Opus Dei dément avoir « soustrait » la Vierge

Au cœur du conflit avec l’évêque : le lieu où doit être vénérée la statue et l’interprétation des accords conclus dans les années 1960

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Une image mariale vieille de plusieurs siècles est devenue le point central de l’un des conflits ecclésiastiques auxquels l’Église catholique est actuellement confrontée en Espagne.

La controverse autour de Torreciudad ne porte pas, fondamentalement, sur la question de savoir à qui appartient l’image médiévale de Notre-Dame des Anges. Sur ce point, la Prélature de l’Opus Dei affirme qu’il n’y a pas de désaccord : la propriété appartient au diocèse de Barbastro-Monzón. Le véritable conflit porte sur une question plus complexe : qui a le droit de déterminer où doit rester l’image et comment doivent être interprétés les accords qui régissent sa garde et son utilisation.

Les derniers échanges ont exacerbé la division entre Mgr Ángel Pérez Pueyo, évêque de Barbastro-Monzón, et la Prélature de l’Opus Dei, tandis que la décision finale reste entre les mains du Saint-Siège.

L’évêque a insisté pour que la statue romane d’origine soit restituée de manière définitive à l’ancienne chapelle où des générations de catholiques locaux l’ont vénérée. La prélature a toutefois fermement rejeté toute insinuation selon laquelle la statue aurait été emportée illégalement ou retenue indûment dans le sanctuaire moderne, où elle est vénérée publiquement depuis 1975. 

Derrière ce différend se cache une histoire qui remonte à plus de six décennies. 

Selon la dernière déclaration de l’Opus Dei, un acte notarié signé le 24 septembre 1962 a cédé à perpétuité le droit d’usage — sans transfert de propriété — tant de l’ancienne chapelle que de l’image. L’accord prévoyait des obligations en matière de restauration, de conservation, de promotion du culte et d’accès pour les pèlerins.

Un deuxième accord, daté du 8 septembre 1966, stipulait que la fondation Torreciudad construirait et financerait un nouveau sanctuaire à la condition expresse que l’image mariale y fasse l’objet de culte et de vénération. Ce même accord considérait l’ancienne chapelle et la nouvelle église comme faisant partie d’un seul et même complexe religieux. 

Pour la prélature, ces documents réfutent fondamentalement l’accusation selon laquelle l’image aurait été soustraite d’une manière ou d’une autre sans autorisation. 

Elle fait valoir que la statue n’a jamais quitté Torreciudad, qu’elle n’a été déplacée que sur une courte distance vers la nouvelle église et qu’elle est restée au sein du même lieu de dévotion. L’image, affirme la Prélature, a été restaurée en 1964, puis à nouveau vers 1970 avec l’autorisation épiscopale, avant de prendre sa place dans le retable principal du sanctuaire en 1975.

Le diocèse de Barbastro-Monzón interprète l’histoire différemment. 

Mgr Pérez Pueyo a souligné que l’enquête historique et juridique menée par le diocèse n’a pas permis de trouver, dans les archives diocésaines, trace d’un transfert autorisé et légalement documenté de la statue depuis son emplacement d’origine. Il a clairement indiqué que, selon lui, l’avenir du sanctuaire et celui de la statue médiévale sont deux questions distinctes. 

Le diocèse, a-t-il déclaré, ne cherche pas à prendre le contrôle de la nouvelle église, de ses biens, de ses finances ou des organisations liées à sa gestion. Il ne réclame pas non plus de compensation financière. Sa principale revendication concerne l’emplacement définitif de l’image originale.

L’évêque est même allé jusqu’à indiquer qu’il préférerait présenter sa démission au Pape plutôt que d’accepter ce qu’il considère comme une perte inacceptable du lien historique qui l’unit à son peuple. 

Ces propos ont suscité une réponse inhabituellement directe de la part de la Prélature de l’Opus Dei.

 Un désaccord légitime sur les effets juridiques d’accords historiques, a-t-elle fait valoir, ne devrait pas se transformer en accusation de vol, d’usurpation ou de rétention illégale. La question, soutient la Prélature, relève précisément du type de litige qui devrait être résolu par l’autorité ecclésiastique compétente et non par des accusations publiques de plus en plus graves.

Cette autorité est déjà impliquée. La nomination de l’archevêque Alejandro Arellano en tant que commissaire pontifical doté de pleins pouvoirs pour Torreciudad a été effectuée par le pape François à la suite d’une demande de l’évêque Pérez Pueyo lui-même, selon la prélature. Le diocèse de Barbastro-Monzón a publiquement salué l’intervention de Rome en octobre 2024 et a exprimé sa confiance dans les décisions que le Saint-Siège adopterait en temps voulu.

 Aujourd’hui, cependant, l’évêque a émis des réserves quant à la manière dont le rôle du commissaire a été exercé, notamment si le processus est perçu comme une réduction d’un différend sur les droits et les responsabilités à une négociation dans laquelle on attend du diocèse qu’il se contente de faire des concessions.

Ce désaccord va donc bien au-delà de la simple localisation d’un objet sacré. Il touche à la gouvernance ecclésiastique, à l’interprétation d’accords historiques, aux relations entre un diocèse et un important centre de pèlerinage, ainsi qu’au rôle approprié du Saint-Siège lorsque ces questions ne peuvent plus être résolues au niveau local.

L’importance de Torreciudad explique également pourquoi ce différend a suscité autant d’attention.

 Le sanctuaire moderne, inauguré en 1975, a accueilli plus de 10 millions de pèlerins au cours du dernier demi-siècle et reçoit actuellement environ 200 000 visiteurs par an, selon les chiffres cités par la prélature. Celle-ci fait valoir que la nouvelle église a rendu la dévotion à Notre-Dame-des-Anges accessible à un public beaucoup plus large, en particulier aux pèlerins âgés et aux personnes en situation de handicap.

Dans le même temps, la prélature insiste sur le fait que l’ancienne chapelle n’a jamais été abandonnée. Elle a été restaurée, préservée au sein du même complexe et reste ouverte au culte et aux visiteurs. 

Cette double histoire est peut-être l’élément le plus important pour comprendre le conflit actuel. La question n’est pas simplement de savoir si un nouveau sanctuaire a remplacé l’ancien. Les deux lieux continuent d’exister et ont tous deux une signification religieuse. Ce qui reste en suspens, c’est de savoir si l’image originale doit rester le centre spirituel du sanctuaire moderne ou retourner définitivement dans la petite chapelle où la dévotion locale s’est développée au fil des siècles. 

Le différend a brièvement pris une dimension hautement symbolique lors du 47e pèlerinage des Vierges de la Ribagorza et du Sobrarbe. La statue originale a été temporairement ramenée à l’ancienne chapelle pour la célébration, avec l’autorisation du commissaire pontifical. Pour la procession qui a suivi vers le nouveau sanctuaire, cependant, c’est une copie de pèlerinage spécialement préparée qui a été utilisée à la place de l’original historique.

Cet accord a permis à la célébration d’avoir lieu sans préjuger de la solution définitive. Pour l’instant, c’est Rome qui continue d’assumer la responsabilité décisive. 

La prélature de l’Opus Dei affirme qu’elle reste attachée au dialogue, à la coopération avec le commissaire pontifical et à l’acceptation de toute décision que le Saint-Siège adoptera en dernier ressort. Elle a également rappelé que, dès 2020, elle avait cherché à mettre en place un cadre juridique actualisé pour Torreciudad et avait même envisagé la possibilité que la nouvelle église devienne un sanctuaire diocésain.

L’évêque Pérez Pueyo, quant à lui, a proposé une autre perspective d’avenir : la reconnaissance internationale de Torreciudad sous l’autorité directe du Saint-Siège, Rome supervisant sa réalité pastorale et économique tandis que l’image historique resterait dans son ermitage d’origine. 

Ces propositions contradictoires révèlent que l’enjeu va bien au-delà de l’emplacement physique d’une statue médiévale.

 Torreciudad est devenu un lieu où la mémoire locale côtoie le pèlerinage international, où une dévotion populaire séculaire côtoie les structures ecclésiastiques modernes, et où deux institutions catholiques attendent désormais un jugement capable de protéger à la fois les droits légitimes et l’unité de l’Église. 

Cette unité est peut-être, en fin de compte, la question la plus importante de toutes. Un sanctuaire marial est destiné à rassembler les croyants autour de la prière, de la réconciliation et de la foi, et non à devenir un symbole permanent de division.

 

 

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Rédaction

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