Martine Gilsoul, passionnée par l'éducation des jeunes enfants © Martine Gilsoul 

Martine Gilsoul, passionnée par l'éducation des jeunes enfants © Martine Gilsoul 

La méthode Montessori « peut être un grand soutien pour l’Enseignement catholique »

Interview à Rome de Martine Gilsoul, spécialiste de la pensée de Maria Montessori

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Institutrice de métier et actuellement doctorante en histoire de l’éducation à Rome, où elle vit depuis 2002, Martine Gilsoul est une experte de la méthode Montessori pour l’éducation des jeunes enfants.

Ses expériences significatives dans des écoles et des crèches appliquant cette méthode l’ont amenée à approfondir la pensée de Maria Montessori (1870-1952), grande pionnière catholique d’une éducation visant l’épanouissement à la fois intellectuel et spirituel de l’enfant.

Ayant publié en 2020 « Maria Montessori, une vie au service de l’enfant », Martine Gilsoul donne régulièrement des formations, des conférences, et accompagne également des écoles traditionnelles qui veulent s’inspirer de cette méthode. Zenit l’a rencontrée à Rome.

 

Zenit : Comment avez-vous découvert la méthode de Maria Montessori ?

Martine Gilsoul : Je l’ai découverte en 2010, alors que je résidais déjà à Rome. Avec mon mari, nous sommes partis trois semaines au Brésil, et nous avons passé du temps avec des enfants dans une favela. Nous leur avons montré comment on faisait des origamis en papier, et il s’est vraiment passé quelque chose : certains enfants se sont concentrés d’une manière incroyable, et étaient très présents à ce qu’ils faisaient. Cela m’a interpellée.

De retour en Italie, j’ai fait des recherches et j’ai découvert peu à peu les travaux de Maria Montessori. Et ma manière de regarder les enfants a complètement changé ! J’ai donc décidé de me former à cette méthode ici, à Rome, où Maria Montessori a elle-même travaillé et développé sa pensée. 

Zenit : Comment Maria Montessori a-t-elle élaboré et mis en œuvre sa vision éducative ?
M. Gilsoul donne des conférences, des formations et accompagne les écoles © Martine Gilsoul

M. Gilsoul donne des conférences, des formations et accompagne les écoles © Martine Gilsoul

M. Gilsoul : Tout a commencé au début du 19e siècle, dans le quartier de San Lorenzo à Rome, considéré comme le « dépotoir de l’Italie », où des familles pauvres vivaient dans une grande promiscuité. La Banque d’Italie et certains investisseurs ont décidé d’assainir le quartier. En faisant les travaux, ils se sont rendu compte que les enfants étaient livrés à eux-mêmes. Ils ont alors décidé de les rassembler dans un appartement, et ont demandé à Maria Montessori de s’en occuper. Elle était médecin spécialiste de l’hygiène, connue parce qu’elle écrivait régulièrement dans les journaux. Elle a accepté.

Dès le début, Marie Montessori a dit l’importance d’observer les enfants et de ne pas entraver leurs découvertes. Elle s’est rendu compte qu’ils étaient capables de se concentrer, même les plus petits, mais il fallait que certains critères soient réunis : des mouvements simples de la main et un environnement qui permette cette concentration.

Petit à petit, les enfants se sont transformés. Ils ont appris à lire avec des lettres en carton, puis à écrire. Tout cela sans vraiment s’en rendre compte, sans grandes difficultés. Et lorsque les parents ont vu leurs enfants s’épanouir, ils ont demandé à Maria de leur apprendre aussi à lire et à écrire. Cela a fait beaucoup de bruit ! Les visiteurs ont accouru, parlant du « miracle de San Lorenzo ». Des professeurs sont venus du monde entier pour comprendre, des journalistes aussi. Et Maria disait : « Je n’ai rien fait. » Puis en 1909, elle a publié son premier livre, qui a eu un grand succès et a été traduit dans de nombreuses langues.

Zenit : Quels sont les grands fondamentaux de la méthode Montessori ?

M. Gilsoul : Plus qu’une méthode, Maria Montessori nous propose une vision et une philosophie de vie, qui est un soutien au développement et à l’épanouissement de l’enfant. Elle nous apprend comment nous, adultes, devons changer et devenir plus humbles pour pouvoir recevoir leurs révélations. Elle disait souvent : « Je me suis fait l’interprète des enfants ».

Un bel héritage : près de 16 000 écoles Montessori sont actuellement réparties dans le monde © domissori.fr

Un bel héritage : près de 16 000 écoles Montessori sont actuellement réparties dans le monde © domissori.fr

Les enfants sont des personnes à part entière ayant un grand potentiel. On leur impose souvent notre rythme d’adultes, parce que marcher à leur rythme nous demande de la patience, de l’énergie, et l’humilité de changer notre regard. Trop souvent, nous voyons ce que l’enfant ne sait pas faire, au lieu de dire : « Regarde, il a fait ça », ou « Il va pouvoir faire ça ».

Maria Montessori donnait très peu de conseils aux enseignants, mais elle disait qu’il ne faut pas déranger un enfant concentré, et qu’il faut le laisser poursuivre son activité autant de temps qu’il le veut. Les enfants ont besoin de répéter certaines choses pour affiner leurs compétences. Elle disait aussi que l’enfant est capable de choisir ce qui correspond à ses besoins, car lorsqu’il choisit lui-même ce qui l’intéresse, il est beaucoup plus concentré. C’est devenu l’un des principes essentiels de la méthode Montessori. 

Quand j’ai eu la chance d’être coordinatrice d’une crèche Montessori à Rome, j’ai eu plusieurs fois les larmes aux yeux de voir combien les enfants sont compétents. Ils ont encore des couches, ils viennent à peine de commencer à marcher, et pourtant ils sont capables de porter la soupière et de servir leurs compagnons. Plusieurs fois, je me suis dit : « Mais ils sont grands, en fait, ces tout-petits ! » Ils sont « grands » quand ils ont à leur disposition un milieu qui leur donne les moyens d’agir selon leurs possibilités.

Maria Montessori parlait aussi de la « faim psychique des enfants ». Elle disait que les enfants n’ont pas seulement des besoins physiques, mais aussi des besoins intellectuels et spirituels. Cela a été pour moi une révélation. Je pense vraiment qu’elle a vraiment compris en profondeur le cœur de l’enfant.

Zenit : En quoi cette pensée est-elle toujours importante pour le monde actuel ?

M. Gilsoul : Elle n’a jamais été aussi actuelle, quand on sait combien les premières années de la vie sont fondamentales. Les enfants sont aujourd’hui complètement « hypnotisés » par les écrans, et il ne s’agit pas de vraie concentration. Pour Maria Montessori, la concentration doit être active, et l’enfant protagoniste.

À la différence d’une école traditionnelle où l’enseignant est le chef d’orchestre et décide des activités, la pédagogie Montessori demande à l’enseignant de faire « un pas de côté », tout en veillant à préparer l’environnement et les activités. Maria Montessori disait : « L’enfant est le père de l’homme ». En effet, dans sa façon de vivre le moment présent, l’enfant devient d’une certaine façon un peu « l’éducateur » de ses parents.

D’autre part, il n’y a pas vraiment de compétition dans les écoles Montessori, parce que l’on met à la disposition des enfants un seul exemplaire de chaque activité. Si l’un d’entre eux veut faire une activité qui est occupée par un autre, il doit attendre, et il pourra ensuite travailler autant qu’il le voudra. Au début, c’est une frustration pour lui, mais cela l’aide à respecter l’activité de l’autre. C’est important à une époque où les enfants sont habitués à avoir tout, tout de suite.

Zenit : Maria Montessori était catholique pratiquante. Est-ce qu’on peut dire qu’elle était une missionnaire de l’éducation ?
Livre paru en 2020 chez Desclée de Brouwer © rédactrice.com

Livre paru en 2020 chez Desclée de Brouwer © rédactrice.com

M. Gilsoul : Oui. Cette femme très spirituelle était un génie qui allait à contre-courant : elle était à la fois prophète et missionnaire. Elle avait une vision pour l’éducation religieuse, disant qu’il ne fallait pas oublier les besoins de l’âme des enfants. Et je pense que son désir de nourrir cette spiritualité dans l’enfance l’a rendue encore plus sensible à s’émerveiller devant les beautés de la vie, de la création.

Lorsqu’elle a déménagé à Barcelone en 1915, elle a créé avec des pères bénédictins les « maisons des enfants », qui ont eu autant de succès qu’à Rome. Ils ont ensemble créé une chapelle où tout était à la mesure des enfants, car ceux-ci étaient très attirés par la liturgie. Là encore, les parents sont venus pour se former eux aussi !

Cet épisode en Espagne a été la concrétisation de la méthode Montessori dans l’Église catholique. Mais à la mort de ces prêtres, les maisons se sont arrêtées, et Maria s’est demandé pourquoi le Seigneur permettait cela. Elle l’a évoqué dans un livre : « C’est peut-être pour que nous allions dans le monde entier ». Plus tard, entre 1922 à 1932, elle a développé une méthode catéchétique en publiant trois livres. Elle disait : « Il ne faut pas créer un homme qui ait des connaissances religieuses, mais un homme religieux ».

La méthode Montessori n’est aujourd’hui pas confessionnelle, mais elle est en revanche compatible avec la foi. Et si elle est bien comprise et bien appliquée, elle peut très bien correspondre à la vision catholique de l’éducation, et être un grand soutien pour l’Enseignement catholique. 

 

 

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Anne van Merris

Anne van Merris, journaliste française, a suivi une formation à l'Institut européen de journalisme Robert Schuman, à Bruxelles. Elle a été responsable de la communication au service de l'Église catholique et responsable commerciale dans le secteur privé. Elle est mariée et mère de quatre enfants.

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