Cette décision reviendrait en effet sur l’une des initiatives les plus emblématiques de son prédécesseur, le pape François, qui avait ouvert le palais au public pour la première fois de son histoire en 2016
Le Palais apostolique de Castel Gandolfo, transformé en musée il y a moins d’une décennie, semble prêt à retrouver sa fonction initiale de résidence papale, ce qui marque un changement significatif dans le style du pontificat du pape Léon XIV.
Cette information ne provient pas d’un communiqué officiel, mais d’un détail pratique : les billets pour visiter l’ancienne résidence d’été ne sont disponibles que jusqu’au 30 juin 2026. À partir de cette date, le calendrier reste vierge. Il n’y a pas de billets pour juillet, août ni les mois suivants, précisément la période où le tourisme dans la région de Rome atteint son apogée. Dans une ville où l’accès est rarement restreint pendant la haute saison sans raison, cette absence a suscité des questions.
Selon des sources citées par Rome Reports, cette décision s’inscrit dans le cadre d’une transition planifiée. À partir de l’été 2026, le pape Léon XIV devrait s’installer à Castel Gandolfo, redonnant ainsi à ce lieu sa fonction séculaire de résidence d’été de l’évêque de Rome. Les travaux préliminaires devraient débuter en mai, même s’ils sont décrits comme des aménagements modestes plutôt que comme une rénovation complète.
Cette décision reviendrait en fait sur l’un des gestes les plus emblématiques de son prédécesseur, le pape François, qui, en 2016, avait ouvert le palais au public pour la première fois de son histoire. Cette initiative avait permis aux visiteurs d’accéder à des espaces auparavant réservés au souverain pontife, tels que la chapelle privée, la chambre à coucher et le bureau, des lieux qui avaient longtemps symbolisé l’isolement de la vie papale. En transformant la résidence en musée, François avait exprimé son souhait de démystifier la papauté et de privilégier l’accessibilité plutôt que la tradition.
Léon XIV ne semble pas vouloir abandonner complètement cette vision, mais plutôt la rééquilibrer. Depuis son élection, il s’est rendu chaque semaine à Castel Gandolfo, qu’il utilise comme lieu de repos. Cependant, il n’a pas résidé dans le palais historique proprement dit, mais à la Villa Barberini, une propriété voisine qui lui a servi de retraite plus informelle. Cette situation a mis en évidence certaines contraintes pratiques. Contrairement au Palais apostolique, la Villa Barberini ne dispose pas de l’infrastructure nécessaire à un chef d’État : elle est située sur la voie publique, avec un accès libre et des contrôles de sécurité limités.
Chaque semaine, à l’arrivée ou au départ du pape, des centaines de personnes se rassemblent à proximité, souvent sans respecter les protocoles de sécurité établis. Bien qu’aucun incident grave n’ait été signalé, cette situation a mis en évidence la vulnérabilité inhérente à l’utilisation d’un lieu qui n’a pas été conçu pour répondre aux exigences de la sécurité papale moderne.
Le Palais apostolique, en revanche, a été conçu précisément à cette fin. Construit au début du XVIIIe siècle, il a servi pendant des générations de refuge estival où les papes pouvaient se protéger de la chaleur et de l’agitation de Rome sans pour autant négliger leur travail. Le complexe comprend de vastes jardins, des chapelles privées et des dépendances résidentielles qui allient intimité et efficacité opérationnelle.
Son histoire est étroitement liée aux aléas des pontificats du XXe siècle. Le pape Jean-Paul II l’a qualifié de « second Vatican », utilisant cette résidence non seulement pour se reposer, mais aussi pour écrire et réfléchir. Il a également fait construire une piscine, ajoutant ainsi une touche personnelle à la propriété. Le pape Benoît XVI a perpétué la tradition, y passant de longs séjours, et on le voyait souvent travailler dans son bureau ou se promener dans les jardins.
Le palais a également été le théâtre de moments d’une profonde importance historique. Deux pontifes sont décédés entre ses murs : le pape Pie XII en octobre 1958 et le pape Paul VI vingt ans plus tard, en août 1978.
Pour Léon XIV, un éventuel retour à Castel Gandolfo semble avoir des motivations à la fois pratiques et symboliques. Sur le plan personnel, il a ouvertement évoqué l’importance du repos, décrivant son séjour là-bas comme une occasion de pratiquer des activités physiques telles que le tennis et la natation, ainsi que de se ressourcer spirituellement. Ses propos suggèrent une conception de la vie papale qui inclut des pauses structurées : des moments de retraite permettant de faire face aux exigences d’un leadership mondial.
En même temps, cette décision reflète une prise de conscience des besoins institutionnels de la papauté. Le transfert d’une villa ouverte au public vers une résidence sécurisée et construite spécifiquement à cette fin s’inscrit dans la double identité du pape en tant que chef spirituel et chef d’État. En ce sens, la réouverture de Castel Gandolfo en tant que résidence ne fait pas seulement revivre une tradition, mais réaffirme une logique fonctionnelle qui avait été temporairement mise de côté.
Si cela se confirme, Léon XIV deviendrait le seizième pape à passer les mois d’été à Castel Gandolfo, rétablissant ainsi une tradition vieille de plus de trois siècles. Cependant, l’importance de cette décision réside moins dans sa valeur historique que dans ce qu’elle révèle sur le pontificat actuel : une volonté d’interagir de manière sélective avec la tradition, sans renoncer aux réformes récentes ni les adopter intégralement sans les adapter.



