Homélie de Pâques du patriarche latin de Jérusalem

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S.B. Fouad Twal, au Saint-Sépulcre

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ROME, Dimanche 4 avril 2010 (ZENIT.org) – Nous publions ci-dessous le texte intégral de l’homélie que le patriarche latin de Jérusalem, S.B. Fouad Twal, a prononcée lors de la messe de Pâques, au Saint-Sépulcre.

* * *

Chers frères, le Seigneur est ressuscité! Il est vraiment ressuscité!
En ce dimanche matin, les deux apôtres Pierre et Jean – comme les saintes femmes et Marie-Madeleine avant eux – se rendent au tombeau. Quelle n’est pas leur surprise en voyant la pierre roulée de devant le tombeau! Leur stupeur est encore plus grande de constater que le corps du Seigneur ne s’y trouve plus!
Qui a pu oser l’enlever? Et qui a pu rouler la grande pierre?

Les soldats romains? Non! Une telle initiative les aurait condamnés à une mort certaine. Les chefs du peuple? Impossible, ce sont précisément eux qui ont demandé la crucifixion de Jésus! Les Apôtres? Non, ils sont effrayés et se tiennent cachés! Les pieuses femmes, alors? Mais comment de faibles femmes auraient-elles pu déplacer une pierre que seuls des hommes très forts peuvent bouger?

Pendant quelques instants, les deux apôtres ont donc été confrontés au tombeau vide, avec le suaire et les bandages. Jusque là, ils n’avaient pas encore compris les Écritures. C’est alors que commencent à leur revenir en mémoire les paroles que le Seigneur lui-même leur avait adressées alors qu’il était encore en vie, ainsi que le message de l’ange aux saintes femmes : «Il n’est pas ici, car il est ressuscité, comme il l’avait dit» (Mt 28, 6). Ces paroles ont été confirmées peu après par les nombreuses apparitions du Christ qui a voulu se montrer vivant à ses disciples, renforçant leur foi en Lui, mort et ressuscité : «Voyez mes mains et mes pieds : c’est bien moi !» (Lc 24, 39)

Nous, évêques, prêtres et fidèles, hommes et femmes, petits et grands de toutes les Eglises et de tous les peuples, nous avons le privilège de nous tenir aujourd’hui devant ce même tombeau vide, remplis d’une émotion certes différente mais émerveillés de la même manière, entourés d’une nuée de tant de témoins fidèles qui, au moment de l’événement puis tout au long de l’histoire, ont été les témoins de la vérité de la Résurrection, donnant leur vie pour le Christ.

Le tombeau vide, les nombreuses apparitions du Ressuscité à ses disciples et l’histoire témoignent en effet en faveur de la Résurrection du Christ. Parce que le témoignage reflète la dignité des témoins, nous ne pouvons pas ne pas avoir confiance dans le témoignage des apôtres et des femmes qui ont vécu avec le Seigneur, l’ont vu vivant après s’être rendus au tombeau et ont été prêts à mourir pour confirmer leur témoignage.

La science et l’archéologie n’ont jamais retrouvé le corps du Seigneur parce qu’il est ressuscité! Ses ennemis, incapables de retrouver son corps, ont dit qu’il avait été volé. En réalité, ils n’ont pas retrouvé ses ossements pour la bonne raison qu’après tant de souffrances Il est vivant, ressuscité. Les apôtres ont crié et exulté à l’annonce de sa Résurrection, et nous, avec eux, faisons de même. Si nous choisissons le silence, si nous décidons de nous taire, les pierres crieront à notre place, comme Jésus l’a dit lui-même, parce qu’elles ont été les témoins silencieux et ininterrompus de la Résurrection du Seigneur.

Cette année, notre joie est double. Nous tous, pasteurs et fidèles des différentes Eglises, célébrons Pâques le même jour et en ce même lieu. C’est la même voix. Tous les chrétiens du monde s’écrient aujourd’hui à pleine voix : «Le Christ est ressuscité!» Avec la liturgie orientale, nous proclamons un Christ qui «par sa mort a vaincu la mort et a redonné la vie à ceux qui étaient dans les tombeaux.» Avec les mots de la liturgie latine, nous chantons au Seigneur de la vie : «Victimae paschali laudes immolent christiani. Agnus redemit oves, Christus innocens Patri reconciliavit peccatores.»

Certains sont peut-être perturbés par l’entrelacs de prières et de chants s’élevant au même moment dans différents rites. Vécue dans la foi, cette apparente cacophonie peut pourtant devenir une symphonie exprimant notre unité dans la foi et dans la joyeuse célébration de la victoire du Seigneur sur le mal et la mort, la victoire de Celui qui, le troisième jour, ressuscite de ce tombeau. Oui, nous sommes l’Eglise du Calvaire, l’Eglise du Tombeau vide et l’Eglise de la glorieuse Résurrection!

Aujourd’hui plus que jamais, nous avons besoin d’espérance et d’une force spéciale pour vaincre le mal qui est en nous et autour de nous. Cette année 2010 a connu deux graves tremblements de terre, l’un en Haïti et l’autre au Chili, faisant des centaines de milliers de victimes. Grâce à l’espérance qui vit dans le cœur de chaque homme de bonne volonté, l’humanité toute entière a pu manifester sa grande solidarité envers les survivants. Même notre diocèse y a participé : le quatrième dimanche de carême, nous avons recueilli les fruits de notre jeûne et de nos privations pour les offrir à nos frères et sœurs touchés par ces grands cataclysmes, dans le même esprit de charité que celui avec lequel le monde, il n’y a pas si longtemps, est venu à notre secours lorsque nous-même nous trouvions dans la souffrance et la privation.

Cette solidarité dans les difficultés contribue à renforcer l’espérance qui est en nous. Nous l’avons déjà dit et le répétons : aujourd’hui plus que jamais, nous avons besoin d’une vive espérance au milieu de tant de violences, d’effusions de sang et de divisions ethniques et religieuses. Les nombreuses guerres, les nombreux conflits, l’intolérance religieuse et la persécution directe dont les chrétiens sont souvent les victimes, semblent affirmer que le Prince des ténèbres a gagné pour toujours. Il n’en est pas ainsi! Le petit troupeau ne doit pas avoir peur, Jésus lui-même nous rassure : «Voici maintenant que le prince de ce monde va être jeté dehors ; et moi, quand j’aurai été élevé de terre, j’attirerai à moi tous les hommes» (Jn 12, 31b-32).

De ce lieu sacré qui a connu l’événement le plus inattendu, le plus surprenant de l’histoire de l’humanité, et qui témoigne de la victoire du Christ sur la mort et le mal, notre Eglise-mère, unie à l’Eglise de Rome, s’adresse à tous les fidèles de Terre Sainte, à tous les pèlerins ainsi qu’aux chrétiens du monde entier, pour les saluer et leur souhaiter de bonnes fêtes de Pâques. Nous prions pour eux et nous nous recommandons à leurs prières, afin que soit donné à toutes les communautés paroissiales de notre diocèse, qui s’étend de la Jordanie à Chypre, en passant par Israël et la Palestine, d’être des témoins joyeux de cet événement unique dans l’histoire de l’humanité.

Nous ne voulons pas témoigner avec nos lèvres seules, mais par toute notre vie. Le Seigneur lui-même nous invite en effet, avec la force de sa Résurrection, à nous dépouiller du vieil homme, esclave du péché, de la mort et de l’impuissance, et à revêtir l’homme nouveau, créé à son image et à sa ressemblance. Nous serons alors témoins non seulement en parole, mais encore par notre vie, notre sainteté et notre amour universel, notre patience et la permanence de notre présence en Terre Sainte autour des Lieux Saints.

Avec ta force, Seigneur ressuscité,
nous résisterons au mal qui est en nous et autour de nous.
Notre confiance ne vient pas de nous-mêmes,
mais de Toi qui a vaincu le monde.
Nous te demandons la victoire sur nos divisions religieuses, politiques et familiales,
la force dans la faiblesse, la guérison de nos malades,
la libération des prisonniers, le retour des réfugiés,
la paix et la réconciliation entre tous les peuples en conflit. 

«Voici le jour que fit le Seigneur, qu’il soit pour nous jour de fête et de joie !» (Ps 117, 24)

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ZENIT Staff

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