Corée : Un prêtre catholique travailleur social en Corée du Nord

Se mettre au service des ouvriers

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ROME, Jeudi 13 novembre  2008 (ZENIT.org) – Pour la première fois, un prêtre catholique se rendra en Corée du Nord en tant que travailleur social, annonce « Eglises d’Asie », l’agence des Missions étrangères de Paris (EDA).

C’est un événement : pour la première fois depuis 60 ans, et malgré le récent durcissement des relations entre Séoul et Pyongyang, un prêtre catholique devrait se rendre en Corée du Nord pour se mettre au service des ouvriers. Le P. Paul Kim Kwon-soon, prêtre franciscain, a déclaré à l’agence Ucanews début novembre (1) qu’il se rendrait à Pyongyang, dans le courant du mois probablement, afin d’y diriger un centre social, bien « qu’ils savent que je suis un prêtre catholique ». Ce centre, qui, selon l’agence Fides, devrait porter le nom de « Centre de services pour la paix » (2), proposera à la population ouvrière des repas, des soins médicaux, des infrastructures sanitaires (bains publics) et d’autres aides dans un cadre social et humanitaire. C’est la première institution officielle de l’Eglise catholique de Corée du Sud à être implantée en Corée du Nord, depuis la division de la Corée après la guerre de 1950-1953. N’ayant cependant qu’un statut de « touriste », le P. Kim devra renouveler son visa tous les deux mois.

Ce projet social s’inscrit dans une entreprise plus vaste de collaboration commerciale entre les deux Corées. Il existait déjà le complexe industriel de Kaesong, situé à 10 km de la frontière, en Corée du Nord, une zone franche financée par la Corée du Sud et exploitée par les deux pays. Quatre-vingt entreprises sud-coréennes y emploient environ 30 000 personnes et Kaesong était devenu le symbole du rapprochement économique entre les deux Etats. Le centre social où œuvrera le P. Kim Kwon-soon sera rattaché à une usine implantée en-dehors de Kaesong et fruit de la première joint-venture entre une société sud-coréenne (Andong Hemp Textile) et une compagnie nord-coréenne (Saebyol General).

Selon l’agence Fides, c’est en février dernier que Saebyol General, qui travaille sous l’égide de la Fédération gouvernementale pour la coopération économique en Corée du Nord, a accepté d’établir le « Centre de services pour la paix », après trois ans de  « grands efforts » de la part des frères franciscains et le soutien actif de Caritas Corea.

Selon le P. Kim, le centre social de trois étages qu’il dirigera sera établi à l’intérieur des locaux de la nouvelle usine créée dans le cadre du partenariat intercoréen. « Je peux dire que ce centre sera une étape marquante de l’aide humanitaire dans le Nord », souligne le prêtre, qui rappelle que, dans le passé, la Corée du Sud ne « pouvait qu’envoyer de l’aide matérielle ».

La cérémonie d’ouverture du centre a été présidée par Mgr Lazzaro You Heung-sik, évêque de Daejeon, diocèse de Corée du Sud (3), le 30 octobre dernier, en présence d’autorités civiles de Pyongyang. « J’ai l’espoir que le Centre représentera une [étape] dans l’œuvre de charité, de réconciliation, de partage et de coopération, afin que les populations du Nord et du Sud de la Corée puissent recommencer à vivre ensemble dans l’aide mutuelle », a déclaré Mgr You, dont les propos ont été rapportés par l’agence Fides.

Le 1er novembre, Mgr You a célébré une messe d’action de grâces à l’église de Changchung à Pyongyang, l’unique église catholique de Corée du Nord, à laquelle assistaient environ 50 Sud-Coréens catholiques, mais aucun Nord-Coréen. De manière habituelle, il est estimé que 3 000 catholiques nord-coréens pratiqueraient leur foi chez eux mais aucune statistique fiable n’existe ; aucun prêtre ni religieuse n’exercent officiellement de ministère pastoral en Corée du Nord (4).

La mise en place finale de ce projet pourrait toutefois être compromise par l’évolution des relations entre les deux Corées : le 12 novembre, par l’intermédiaire de son agence officielle KCNA, la Corée du Nord a annoncé qu’elle « fermerait tous les points de passage à travers la ligne de démarcation militaire (frontière) » avec  la Corée du Sud dès le 1er décembre. Alors que son dirigeant Kim Jong-il aurait connu, selon les services de renseignements américains, deux attaques cérébrales en octobre dernier, la Corée du Nord accuse le gouvernement de Séoul d’avoir mené leurs relations « au-delà du niveau de danger ». Cette décision, qualifiée par les autorités de Pyongyang elles-mêmes de « première étape », est une réponse aux déclarations de Séoul exigeant l’arrêt du programme d’armement nucléaire de  la Corée du Nord. Le communiqué ne précise pas cependant s’il s’agit d’une fermeture totale de la frontière ni si cela provoquera, de fait, la fermeture du complexe industriel de Kaesong. Au pouvoir à Séoul depuis février dernier, le président Lee Myung-bak prône une politique de fermeté envers le Nord, se démarquant de la politique de conciliation menée par son prédécesseur (5).

(1)            Ucanews, 6 novembre 2008.

 

(2)            Fides, 10 novembre 2008.

 

(3)            Voir EDA 494.

(4)            Depuis 1950, date à laquelle tous les prêtres et religieuses qui étaient restés dans le Nord furent exécutés ou portés disparus, il n’y a pratiquement aucune information sur l’Eglise de Corée du Nord. Officiellement, les activités religieuses sont autorisées, mais aucun prêtre ou religieux n’est cependant recensé dans le pays. Voir EDA 471.

(5)          Selon le ministère sud-coréen de l’Unification, le total des aides sud-coréennes à la Corée du Nord, aides publiques et privées confondues, a été de 304,6 millions de dollars en 2007. Pour la période janvier-septembre 2008, ce chiffre est tombé à 63,6 millions de dollars.

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ZENIT Staff

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