Mexique: Les promesses tenues et non tenues du gouvernement de Vicente Fox

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Entretien avec Jaime Septién, directeur du journal catholique «El observador»

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ROME, dimanche 21 octobre 2001 (ZENIT.org) – La visite du président mexicain Vicente Fox, au Vatican, jeudi dernier, a été l´occasion de faire un premier bilan des relations Eglise-Etat, au Mexique, dix mois après l´arrivée au pouvoir de M. Fox.

Pour cela, Zenit a interrogé Jaime Septién, directeur de ( El Observador), hebdomadaire catholique mexicain.

Zenit: Y a-t-il eu des changements au Mexique depuis l´arrivée au pouvoir de Vicente Fox?

Jaime Septién: Sans aucun doute. Les règles n´ont peut-être pas changé mais le respect pour les règles a changé. Le gouvernement de Vicente Fox s´est engagé résolument dans la lutte contre la corruption. Ce qui implique lutter pour la justice. Mais il n´est encore que depuis peu de temps au pouvoir et le fardeau que l´on traîne depuis 70 ans est lourd.

Zenit: Quelles sont les choses négatives?

Jaime Septién: La relation entre l´Eglise et l´Etat est restée comme en suspens. Les évêques étaient très contents du changement de régime; non pas pour les garanties qu´ils auraient pu recevoir de Fox mais à cause du réveil de la nation, de la société. Le 2 juillet, jour de son élection, fut véritablement une fête de la démocratie. Mais il s´est passé quelque chose dans le secrétariat du gouvernement. C´est comme si une force du passé s´était imposée. Le secrétaire du gouvernement Santiago Creel Miranda a choisi d´opter pour la méthode conventionnelle du compromis que le PRI (ancien parti au pouvoir, ndlr) dominait à la perfection.

Zenit: Y a-t-il des promesses qu´il n´a pas tenues? Va-t-il les tenir?

Jaime Septién: Le président Fox avait fait un décalogue de promesses sur la liberté religieuse et sur des questions ponctuelles de reconnaissance de l´Eglise et des Eglises, qui n´ont absolument pas été tenues. C´est comme s´il les avait oubliées. Beaucoup de catholiques et une bonne partie de la hiérarchie de l´Eglise s´en sont bien aperçus. Nous avons cru que le gouvernement mexicain allait enfin reconnaître la contribution réelle de l´Eglise catholique à la société de notre pays. Mais on en resta à la promesse, à une promesse de campagne, ce qui est pire.

Zenit: Vicente Fox est peut-être le premier président du Mexique qui se dit catholique, et même pratiquant. La dimension religieuse de Fox a-t-elle une influence sur sa personnalité et son action politique?

Jaime Septién: Vicente Fox est, je crois, un homme bon, un catholique assez clair, ce qui ne veut pas dire engagé… Il a été marqué par les jésuites, c´est-à-dire qu´il a reçu une formation à l´action sociale. Mais je ne sais pas ce qui se passe au Mexique: quand les catholiques arrivent au pouvoir, ils ont le trac. Ils se mettent immédiatement en règle avec le régime du compromis et de la confusion du PRI et du «juarisme» (Benito Juares, 1806-1872, dirigea la rédaction d´une constitution profondément anti-cléricale). Un bon catholique est en général un bon politicien mais au Mexique on n´arrive pas à voir cela, ou en tout cas, on le voit de façon très floue. On ne lui demande pas d´être exagérément pieux, mais qu´il définisse son action – surtout son action sociale – en s´appuyant sur la doctrine de l´Eglise.

Zenit: Le Mexique est devenu célèbre au XXe siècle pour l´agressivité de sa Constitution et de son gouvernement par rapport à la religion et l´Eglise catholique en particulier. L´arrivée de Fox a-t-elle fait disparaître cet anticléricalisme des «dinosaures» du PRI?

Jaime Septién: L´Eglise catholique du Mexique a un avenir intéressant devant elle, non pas en raison de l´accessibilité que lui donne le gouvernement actuel, mais parce qu´après le document «De la rencontre de Jésus-Christ vivant à la solidarité avec tous» (publié l´an dernier), on s´est rendu compte qu´elle pouvait avoir une influence sur les catholiques et sur les hommes et les femmes de bonne volonté au Mexique, sans passer par le filtre du pouvoir.

Elle se rend compte de son immense pouvoir moral et de son indépendance du pouvoir politique. Il faut reconnaître que le climat est plus détendu, beaucoup plus détendu. Vicente Fox ne verrait jamais par exemple d´un mauvais oeil des célébrations liturgiques en dehors des églises.

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ZENIT Staff

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