Recevant les participants en Salle Clémentine le samedi 21 mars, le pape Léon XIV a encouragé le Mouvement des Focolari à demeurer fidèle à son charisme d’unité, tout en relevant avec discernement et transparence les défis de la phase post-fondationnelle.
Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit.
La paix soit avec vous !
Je suis heureux de vous rencontrer cet après-midi, après votre participation à l’Assemblée générale du Mouvement des Focolari. Je salue la Présidente, Margaret Karram, réélue pour un second mandat, ainsi que le nouveau Coprésident, don Roberto Eulogio Almada. Que le Seigneur bénisse votre service !
Vous avez tous été attirés par le charisme de la Servante de Dieu Chiara Lubich, qui a façonné votre existence personnelle et le style de votre vie communautaire. Chaque charisme dans l’Église exprime un aspect de l’Évangile que l’Esprit Saint met en lumière à une époque déterminée, pour le bien de l’Église elle-même et pour celui du monde entier. Pour vous, il s’agit du message de l’unité : unité entre les êtres humains qui est le fruit et le reflet de l’unité du Christ avec le Père : « Que tous soient un, comme toi, Père, tu es en moi et moi en toi » (Jn 17,21).
Cet esprit d’unité, vous le vivez d’abord entre vous, et vous en témoignez partout comme une nouvelle possibilité de vie fraternelle, réconciliée et joyeuse, entre des personnes d’âges, de cultures, de langues et de croyances religieuses différentes. C’est une semence, simple mais puissante, qui attire des milliers de femmes et d’hommes, suscite des vocations, engendre un élan d’évangélisation, mais aussi des œuvres sociales, culturelles, artistiques, économiques, et qui devient ferment de dialogue œcuménique et interreligieux. Ce ferment d’unité est aujourd’hui très nécessaire, car le poison de la division et de la conflictualité tend à contaminer les cœurs et les relations sociales, et il doit être combattu par le témoignage évangélique de l’unité, du dialogue, du pardon et de la paix. À travers vous aussi, Dieu a préparé, au cours des dernières décennies, un grand peuple de paix, qui est appelé précisément en ce moment de l’histoire à faire contrepoids et à opposer une digue à tant de semeurs de haine qui ramènent l’humanité vers des formes de barbarie et de violence.
Au-delà de ce témoignage important d’unité et de paix, à vous, chers amis, est confiée également la responsabilité de maintenir vivant le charisme de votre Mouvement dans la phase post-fondationnelle, une phase qui ne s’achève pas avec le premier passage générationnel après la disparition de la fondatrice, mais qui se prolonge au-delà. En ce temps, vous êtes appelés à discerner ensemble quels sont les aspects de votre vie commune et de votre apostolat qui sont essentiels et doivent donc être maintenus, et quels sont, au contraire, les instruments et les pratiques qui, bien qu’utilisés depuis longtemps, ne sont pas essentiels au charisme, ou qui ont présenté des aspects problématiques et doivent donc être abandonnés.
Cette phase exige aussi un engagement fort en faveur de la transparence de la part de ceux qui exercent des responsabilités, à tous les niveaux. La transparence est en effet, d’une part, une condition de crédibilité et, d’autre part, elle est due dans la mesure où le charisme est un don de l’Esprit Saint dont tous les membres sont responsables. Ils ont donc le droit et le devoir de se sentir coresponsables de l’Œuvre à laquelle ils ont adhéré avec une dédication totale. Rappelez-vous aussi que l’implication des membres est toujours une valeur ajoutée : elle stimule la croissance, tant des personnes que de l’Œuvre, fait émerger les ressources latentes et les potentialités de chacun, responsabilise et favorise la contribution de tous.
La responsabilité du discernement commun, confiée à vous tous, concerne également la manière dont le charisme de l’unité doit être traduit en styles de vie communautaire qui fassent resplendir la beauté de la nouveauté évangélique et, en même temps, respectent la liberté et la conscience de chacun, en valorisant les dons et l’unicité de tous. Nous pouvons réfléchir au fait que Jésus, dans sa prière sacerdotale, après avoir dit « qu’ils soient un », a ajouté « qu’ils soient eux aussi en nous » (Jn 17,21), référant ainsi l’unité entre les disciples à une unité supérieure, celle entre le Père et le Fils. Cela signifie que l’unité que vous cherchez à vivre et à témoigner se réalise avant tout « en Dieu », dans l’accomplissement de sa sainte volonté, et par conséquent dans l’engagement partagé de la communion et de la vie communautaire, soutenu et guidé par ceux qui en ont reçu la charge. L’unité est un don et, en même temps, une tâche et un appel qui interpelle chacun. Tous sont appelés à discerner quelle est la volonté de Dieu et comment la vérité de l’Évangile peut se réaliser dans les diverses situations de la vie communautaire ou apostolique. Et tous, dans ce chemin de discernement, doivent exercer la fraternité, la sincérité, la franchise et surtout l’humilité, la liberté intérieure par rapport à soi-même et à son propre point de vue. L’unité de tous en Dieu est un signe évangélique qui constitue une force prophétique pour le monde.
Ainsi, l’unité ne doit pas être comprise comme une uniformité de pensée, d’opinion et de style de vie, ce qui pourrait au contraire conduire à dévaluer ses propres convictions, au détriment de la liberté personnelle et de l’écoute de sa conscience. Chiara Lubich affirmait que la prémisse de toute norme est la charité (cf. Préambule au Statut). Il est donc nécessaire que l’unité soit toujours nourrie et soutenue par la charité réciproque, qui exige magnanimité, bienveillance, respect ; cette charité qui ne se vante pas, ne s’enfle pas d’orgueil, ne cherche pas son intérêt, ne tient pas compte du mal subi, mais se réjouit seulement de la vérité (cf. 1 Co 13,4-6).
Chers amis, rendons ensemble grâce au Seigneur pour la grande famille spirituelle née du charisme de Chiara Lubich. Pour les jeunes présents dans vos groupes, qui voient avec un regard limpide la beauté de l’appel à être des instruments d’unité et de paix dans le monde. Pour les familles, renouvelées et fortifiées par la présence de Jésus au cœur de leur vie familiale. Pour les évêques, les prêtres et les consacrés qui ont vu se renouveler le don de leur ministère et de leur vie religieuse grâce au contact avec votre Mouvement et votre spiritualité. Pour les nombreuses focolarines et les nombreux focolarini qui, souvent avec une dédication héroïque, continuent de vivre dans toutes les parties du monde une vie de prière, de travail, de dialogue et d’évangélisation, en suivant le modèle de vie apostolique des premières générations chrétiennes. Et rendons grâce pour les innombrables fruits de sainteté, connus ou inconnus, que le retour à l’Évangile, que vous avez promu, a apportés à l’Église au cours de toutes ces années.
Je vous encourage à poursuivre votre chemin et je vous bénis de tout cœur, en invoquant pour vous tous l’intercession de la Vierge Marie, afin qu’elle vous protège et vous accompagne toujours de son aide maternelle. Merci !
J’ai entendu dire que vous aimez chanter : alors chantons ensemble la prière que Jésus nous a enseignée : « Notre Père »…
Bénédiction
Merci ! Tous mes vœux les plus cordiaux.
