Les évêques catholiques de Pologne ont inauguré la nouvelle année universitaire par des mises en garde énergiques sur deux fronts qui, à première vue, pourraient sembler sans rapport : la commercialisation de la procréation humaine et la réduction de la place accordée à la religion dans l’enseignement public.
Derrière ces deux controverses se cache une question plus large qui prend de plus en plus d’importance dans le débat culturel et politique polonais : quelle place doivent occuper la dignité humaine, les droits parentaux et les convictions religieuses dans une société en pleine mutation ?
Dans un communiqué publié le 28 août, l’équipe d’experts en bioéthique de la Conférence épiscopale polonaise a qualifié la gestation pour autrui de « gravement immorale » et a appelé à des mesures décisives pour empêcher les citoyens polonais de recourir à cette pratique, tant en Pologne qu’à l’étranger.
L’objection des évêques va bien au-delà du statut juridique de la gestation pour autrui. Leur principale préoccupation est que ce système risque de transformer tant la maternité que l’enfance en objets d’une transaction contractuelle
La déclaration, publiée au nom du comité de bioéthique par l’évêque auxiliaire Józef Wróbel de Lublin, soulève des préoccupations particulières concernant la dignité de l’enfant, l’exploitation des femmes en situation de vulnérabilité économique et le risque que les accords internationaux de gestation pour autrui prennent des caractéristiques comparables à celles de la traite des êtres humains.
Selon les évêques, le fait de franchir les frontières de la Pologne ne résout pas le problème moral. Une procédure qui ne se justifie pas dans le pays, affirment-ils, ne devient pas éthiquement acceptable simplement parce qu’elle est menée dans une autre juridiction.
L’épiscopat polonais met également en garde contre le fait que les promesses souvent faites par l’industrie de la gestation pour autrui concernant la naissance d’un enfant en bonne santé peuvent exercer une pression en faveur de l’élimination des enfants à naître chez lesquels ont été diagnostiqués des troubles génétiques ou du développement. Les évêques décrivent cette possibilité comme une conséquence particulièrement grave d’un système dans lequel les attentes des adultes qui prennent la décision peuvent entrer en conflit avec la dignité inconditionnelle de l’enfant. Leur argumentation porte également sur la situation des femmes qui acceptent de porter des enfants pour le compte d’autrui. Le communiqué insiste sur le fait que le consentement formel n’élimine pas automatiquement le problème éthique lorsque les circonstances économiques peuvent influencer la décision d’une femme et que sa capacité reproductive devient l’objet d’un accord commercial.
Les évêques réaffirment donc l’enseignement traditionnel de l’Église catholique selon lequel la gestation pour autrui est incompatible avec les principes moraux chrétiens. La doctrine catholique soutient que la séparation délibérée de la procréation et de la relation conjugale, notamment par l’intervention de tiers, soulève des questions fondamentales concernant les droits des enfants et la définition de la paternité.
Pour les évêques polonais, l’enfant ne peut être considéré comme l’objet d’un droit ou d’un service pouvant être obtenu par contrat. La paternité, affirment-ils, ne peut se réduire à une relation commerciale entre les parties : la mère biologique, la mère porteuse et le commanditaire.
L’épiscopat a exhorté les autorités polonaises à agir rapidement pour empêcher les citoyens de recourir à la gestation pour autrui et pour mettre un terme aux activités des entreprises proposant ces services dans le pays.
Parallèlement, les évêques mènent un autre combat concernant les écoles du pays.
Avec la rentrée scolaire 2026-2027, les nouvelles règles introduites par le ministère polonais de l’Éducation nationale ont réduit l’enseignement religieux à une heure par semaine et exigent généralement que les cours soient programmés en début ou en fin de journée scolaire.
Ce changement a alarmé les parents, les enseignants et les responsables de l’Église, d’autant plus que l’éducation religieuse est loin d’être marginale dans la société polonaise. Selon l’Institut de statistique de l’Église catholique, 76 % des élèves polonais suivent des cours de religion.
Les évêques font valoir que les nouvelles règles d’horaires risquent de compliquer considérablement la participation, en particulier pour les enfants dont les parents doivent organiser le transport ou qui vivent dans des zones rurales.
Un parent de Wschowa a expliqué que sa fille avait dû supporter un long intervalle entre la fin de ses cours habituels et le début de l’enseignement religieux, ce qui rendait la fréquentation de plus en plus difficile. Pour les familles, le problème n’est pas purement théorique : lorsqu’un cours est dispensé en dehors des horaires scolaires habituels, le droit formel à l’éducation religieuse peut s’avérer difficile à exercer dans la pratique.
Les enseignants ont exprimé des préoccupations similaires.
Aneta Rayzacher-Majewska, qui entame sa vingt-troisième année en tant que professeure de religion, affirme que l’enseignement religieux offre aux élèves un espace pour débattre de questions difficiles, explorer leur compréhension de Dieu et de l’Église, et se familiariser avec les racines chrétiennes de leur culture.
Selon elle, le fait de programmer les cours en début ou en fin de journée peut s’avérer particulièrement contraignant pour les élèves qui habitent loin des centres urbains. Certains devront arriver à l’école exceptionnellement tôt ou rester après la fin de leurs autres cours, ce qui oblige les familles à choisir entre des impératifs pratiques et l’éducation religieuse qu’elles souhaitent pour leurs enfants.
Mgr Wojciech Osial, président de la Commission pour l’éducation catholique de la Conférence épiscopale polonaise, a qualifié les décisions du ministère de préjudiciables et a rejeté ce qu’il appelle la marginalisation de l’enseignement religieux.
Les évêques avaient proposé un modèle alternatif dans lequel les élèves choisiraient entre la religion et l’éthique, garantissant ainsi que tous suivraient l’une de ces deux matières. Mgr Osial fait valoir que cette approche pourrait profiter tant aux croyants qu’aux non-croyants, en particulier à un moment où de nombreux éducateurs s’inquiètent d’une crise des valeurs plus générale chez les jeunes.
L’ancien président de la commission, l’évêque Marek Mendyk, s’est montré encore plus catégorique, accusant les autorités de tenter d’éliminer la religion des écoles et de transformer l’enseignement public en un domaine exclusivement laïc.
La distinction est importante. Les évêques polonais soutiennent que les écoles publiques appartiennent à tous les citoyens et ne doivent pas être confondues avec des institutions dont sont automatiquement exclus ceux qui ont des convictions religieuses. Pour les familles catholiques, ce débat touche donc directement aux droits parentaux et à la liberté religieuse.
Les controverses sur la gestation pour autrui et l’enseignement religieux impliquent des politiques très différentes, mais révèlent une préoccupation commune au sein de l’Église polonaise : la crainte que des questions fondamentales concernant la dignité humaine et le rôle de la famille soient de plus en plus traitées comme des sujets devant être résolus sans tenir dûment compte des convictions morales.
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