Au début du mois d’août, deux évêques italiens ont refusé coup sur coup la célébration liturgique de funérailles catholiques à des personnalités publiques appartenant ouvertement à la franc-maçonnerie. Deux semaines plus tard, un archevêque français a présidé une cérémonie catholique pour les obsèques d’un ancien sénateur ouvertement affiché franc-maçon.
Il s’agit de deux visions différentes – on pourrait dire opposées ? – face aux funérailles catholiques de francs-maçons. Ces évènements interpellent fortement les fidèles, et pourraient être d’ailleurs l’occasion pour l’Église universelle d’approfondir la question, afin de parvenir à une plus grande unité dans les décisions prises par les Ordinaires locaux.
Le premier cas concerne le cardinal Baldassare Reina, vicaire général du diocèse de Rome et archiprêtre de la basilique du Latran, qui a refusé le 7 août dernier la célébration de funérailles catholiques pour l’artiste Bruno Battisti D’Amario, guitariste célèbre et connu comme un haut responsable de la franc-maçonnerie italienne. Une prière privée a cependant pu être organisée avec la famille, en présence d’un prêtre mais sans célébration liturgique.
« L’Église ne peut transformer la miséricorde en indifférence face à la vérité »
Le lendemain, Mgr Antonio Suetta, évêque de Vintimille-San Remo en Italie, a lui aussi annulé dans son diocèse des funérailles catholiques prévues pour un franc-maçon. Il a fait référence au canon 1184 du Code du droit canonique, qui autorise à refuser des funérailles ecclésiastiques dans certains cas, même si le terme « franc-maçon » n’est pas spécifiquement écrit. L’adhésion à la franc-maçonnerie est par ailleurs interdite par l’Église catholique depuis 1738.
Mgr Suetta a aussi évoqué la déclaration de la Congrégation de la doctrine de la foi, publiée en novembre 1983 à l’occasion de l’entrée en vigueur du nouveau Code de droit canonique. Signée par le futur pape Benoît XVI et approuvée par saint Jean-Paul II, ce texte levait toute ambiguïté : « Le jugement négatif de l’Église sur les associations maçonniques demeure donc inchangé, parce que leurs principes ont toujours été considérés comme inconciliables avec la doctrine de l’Église, et l’inscription à ces associations reste interdite par l’Église. Les fidèles qui appartiennent aux associations maçonniques sont en état de péché grave et ne peuvent accéder à la sainte communion. »

Mgr A. Suatta a publié un vademecum qui donne des dispositions sur les funérailles catholiques © Infovaticana
Cette position a de nouveau été confirmée en novembre 2023 par le Dicastère pour la doctrine de la foi. Le cardinal Víctor Manuel Fernández a souligné que « les personnes qui sont formellement et sciemment inscrites dans des loges maçonniques et qui ont adopté les principes maçonniques relèvent des dispositions de la déclaration de 1983 de la Congrégation pour la doctrine de la foi. Cette disposition vaut également pour les clercs membres de la franc-maçonnerie. »
L’évêque de Vintimille-San Remo a ajouté que l’incompatibilité entre la foi catholique et la franc-maçonnerie a des conséquences manifestes pour les funérailles. Il réaffirme qu’il est possible de refuser des funérailles catholiques à un franc-maçon, ce qui ne constitue absolument pas un jugement sur le destin éternel du défunt. Il dit aussi que « l’Église ne peut transformer la miséricorde en indifférence face à la vérité ».
« On ne peut pas servir deux maîtres »
Un cas bien différent est celui du 25 août dernier, lorsque l’archevêque de Dijon, Mgr Antoine Hérouard, a présidé en la collégiale Notre-Dame de Semur-en-Auxois les obsèques du sénateur François Patriat, homme politique français qui n’a jamais caché son appartenance à la franc-maçonnerie.
L’archevêque n’a cependant pas célébré de messe à proprement parler, contrairement à qu’ont écrit la plupart des médias, et cela a été confirmé par le diocèse de Dijon. Mgr Hérouard s’est contenté de présider une cérémonie sans célébration eucharistique, en présence d’un grand nombre de personnalités politiques – dont des francs-maçons – et notamment du président Emmanuel Macron.
Un choix qui relève du discernement personnel de l’archevêque dans ce cas précis. On ne connaît pas le chemin spirituel du défunt, ses dernières pensées ou ses dernières actions. On peut seulement espérer que cette cérémonie ait pu servir, d’une manière ou d’une autre, à ouvrir les cœurs des personnes présentes et susciter une véritable conversion, ou du moins le début d’une réflexion.
Car demander une liturgie catholique pour les funérailles d’un proche franc-maçon, même sans eucharistie, ne peut être une démarche anodine : elle appelle les familles des défunts à la vérité et à la cohérence. Puisse cette célébration avoir également conduit chacun à se confronter à cette parole claire de Jésus dans l’Évangile : « On ne peut pas servir deux maîtres » (Lc 16, 13).
