Pour une génération habituée à passer sans effort des écrans de téléphone aux conversations en face à face, la distinction traditionnelle entre « en ligne » et « hors ligne » perd de son importance. Une nouvelle étude menée auprès d’enfants et d’adolescents au Royaume-Uni suggère que la mission chrétienne devra peut-être s’adapter à cette réalité, non pas en remplaçant les relations personnelles par des plateformes numériques, mais en les reliant.
Le rapport intitulé « Exploring Hybrid Mission Among Young People », publié en août 2026 par Scripture Union en collaboration avec l’Université Liverpool Hope, a interrogé 155 jeunes âgés de huit à seize ans. Parmi eux, 100 fréquentaient régulièrement l’église, tandis que 55 ne se déclaraient pas chrétiens. Les chercheurs ont également recueilli l’avis de 120 responsables de jeunesse.
Ces résultats remettent en question l’idée que l’évangélisation numérique soit nécessairement en concurrence avec le contact pastoral traditionnel. Interrogés sur la manière dont ils souhaiteraient approfondir leur connaissance de la Bible, 44 % ont opté pour une approche exclusivement en présentiel, tandis que 45 % ont préféré une combinaison d’interactions en ligne et en présentiel. Plus de 70 % ont déclaré qu’ils utiliseraient les deux modes de communication pour rechercher des informations et recueillir des données.
Ce constat se confirme lorsque les questions portent sur les relations plutôt que sur l’information. 58 % des personnes interrogées ont déclaré qu’elles poseraient des questions sur Dieu en personne, tandis que 68 % préféraient prier en personne. Environ un tiers souhaitait un soutien direct, mais plus de la moitié désirait avoir la possibilité de recevoir du soutien à la fois en ligne et en personne.
Autrement dit, l’écran semble être une porte d’entrée plutôt qu’une destination.
Cette distinction est importante pour les communautés chrétiennes. Un moteur de recherche, une vidéo ou une publication sur les réseaux sociaux peuvent apporter une première réponse, susciter une question ou faire découvrir à un jeune une idée nouvelle. Cependant, les études montrent que lorsque les questions deviennent personnelles – notamment celles qui concernent Dieu, la prière et la foi – de nombreux jeunes apprécient toujours la présence d’une autre personne.
L’étude souligne également l’importance persistante de la famille. Les parents et les proches demeurent des sources d’inspiration bien plus importantes que nombre de personnalités qui dominent le monde numérique : 80 % des personnes interrogées citent leur famille comme une influence, et 65 % mentionnent leurs amis. La moitié cite des héros sportifs, tandis que 35 % mentionnent des enseignants et des célébrités. Seuls 5 % ont choisi des leaders de jeunesse, des scientifiques ou des personnages de fiction.
Les conclusions concernant les jeunes non pratiquants sont particulièrement remarquables. Presque tous connaissaient au moins un chrétien, que ce soit à l’école, parmi leurs amis ou au sein de leur famille élargie, et le rapport a révélé qu’un parent croyant pouvait influencer positivement la foi de son enfant. Parallèlement, ces jeunes étaient généralement d’avis que le fait d’avoir un parent non croyant ne déterminait pas si un enfant deviendrait croyant.
Cela suggère quelque chose de plus subtil que la simple transmission de la religion par les parents : les jeunes semblent percevoir la foi principalement à travers les relations et l’exemple de la vie.
Cependant, Internet a une portée considérable. 63 % des personnes interrogées ont déclaré se sentir influencées par ce qu’elles trouvent en ligne, contre 21 % qui se disent non influencées et 16 % qui sont indécises. Malgré cela, leur évaluation des influenceurs sur les réseaux sociaux est étonnamment modérée. Sur une échelle de un à cinq, la moitié des personnes interrogées ont attribué la note de deux seulement à l’influence des influenceurs en ligne.
Les responsables de jeunesse avaient un avis différent. 29 % d’entre eux ont attribué la note maximale de cinq étoiles aux influenceurs, 18 % leur ont donné quatre étoiles et 35 % trois étoiles. Une différence similaire a été observée concernant l’influence des amis : 20 % des jeunes lui ont attribué quatre étoiles, contre 41 % des responsables de jeunesse.
Cette divergence est révélatrice. Les adultes qui travaillent avec des jeunes surestiment parfois l’importance des personnalités en ligne influentes, sous-estimant l’influence plus subtile des relations quotidiennes et de l’environnement numérique en général.
Les jeunes ont également exprimé des réserves quant à l’influence des influenceurs, remettant souvent en question leur fiabilité. Nombre d’entre eux ont insisté sur le fait qu’ils n’étaient pas personnellement influencés par ces personnalités, tout en reconnaissant que le contenu en ligne pouvait leur apprendre quelque chose, les inciter à essayer de nouvelles choses ou remettre en cause leurs idées préconçues.
Pour l’Église, cette distinction pourrait s’avérer cruciale. La mission chrétienne à l’ère numérique ne consiste pas nécessairement à créer des personnalités toujours plus influentes. Elle peut, au contraire, impliquer la construction de liens de confiance entre découverte et rencontre : des contenus qui soulèvent des questions pertinentes, des communautés capables d’y répondre et des adultes que les jeunes peuvent aborder sans crainte d’être jugés ou manipulés.
C’est là que le concept de « mission hybride » présenté dans le rapport dépasse le simple slogan technologique. Les jeunes interrogés ne semblent pas cloisonner leur vie en deux sphères distinctes, numérique et physique. Ils passent de l’une à l’autre naturellement. Une réponse chrétienne qui insisterait sur la priorité à donner à l’une plutôt qu’à l’autre risque de mal interpréter leur environnement réel.
Dave Newton, directeur national de Scripture Union, a fait valoir que les enfants et les jeunes vivent déjà dans un monde hybride et que les églises devraient écouter, apprendre et réagir, plutôt que de débattre sans fin de la nécessité d’une interaction numérique.
Cependant, la leçon la plus importante est peut-être que la technologie ne peut remplacer la présence humaine. Les statistiques sur la prière, les questions sur Dieu et le soutien personnel vont dans le sens inverse. Les médias numériques peuvent ouvrir des portes, mais beaucoup de jeunes aspirent toujours à trouver une personne de confiance de l’autre côté.
Pour la mission chrétienne, cela représente à la fois un défi et une opportunité : aller à la rencontre des jeunes en quête de sens, sans oublier que la foi exige, en définitive, plus que de simples informations. Elle exige la rencontre, la confiance, le témoignage et une communauté où les questions existentielles peuvent être abordées avec sérieux.
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