ROME, Mercredi 28 mai 2008 (ZENIT.org) - Nous publions ci-dessous le texte intégral de la catéchèse que le pape Benoît XVI a prononcée au cours de l'audience générale, ce mercredi, place Saint-Pierre.

Chers frères et sœurs,

Mercredi dernier j'ai parlé d'un Père de l'Eglise peu connu en Occident, Romanos le Mélode, je voudrais aujourd'hui présenter la figure de l'un des plus grands Pères dans l'histoire de l'Eglise, un des quatre docteurs de l'Occident, le Pape saint Grégoire, qui fut évêque de Rome entre 590 et 604, et auquel la tradition attribua le titre de Magnus/Grand. Grégoire fut vraiment un grand Pape et un grand Docteur de l'Eglise ! Il naquit à Rome vers 540, dans une riche famille patricienne de la gens Anicia, qui se distinguait non seulement par la noblesse de son sang, mais également par son attachement à la foi chrétienne et par les services rendus au Siège apostolique. Deux Papes étaient issus de cette famille : Félix III (483-492), trisaïeul de Grégoire et Agapit (535-536). La maison dans laquelle Grégoire grandit s'élevait sur le Clivus Scauri, entourée par des édifices solennels qui témoignaient de la grandeur de la Rome antique et de la force spirituelle du christianisme. Des sentiments chrétiens élevés lui furent aussi inspirés par ses parents, Gordien et Silvia, tous deux vénérés comme des saints, et par deux tantes paternelles, Emiliana et Tarsilia, qui vécurent dans leur maison en tant que vierges consacrées sur un chemin partagé de prière et d'ascèse.

Grégoire entra très tôt dans la carrière administrative, que son père avait également suivie et, en 572, il en atteint le sommet, devenant préfet de la ville. Cette fonction, compliquée par la difficulté des temps, lui permit de se consacrer à large échelle à chaque type de problèmes administratifs, en en tirant des lumières pour ses futures tâches. Il lui resta en particulier un profond sens de l'ordre et de la discipline : devenu Pape, il suggérera aux évêques de prendre pour modèle dans la gestion des affaires ecclésiastiques la diligence et le respect des lois propres aux fonctionnaires civils. Toutefois, cette vie ne devait pas le satisfaire car, peu après, il décida de quitter toute charge civile, pour se retirer dans sa maison et commencer une vie de moine, transformant la maison de famille en monastère, le monastère Saint André au Celio. De cette période de vie monastique, vie de dialogue permanent avec le Seigneur dans l'écoute de sa parole, il lui restera toujours la nostalgie, qui apparaît toujours à nouveau et toujours davantage dans ses homélies : face aux assauts des préoccupations pastorales, il la rappellera plusieurs fois dans ses écrits comme un temps heureux de recueillement en Dieu, de consécration à la prière, d'immersion sereine dans l'étude. Il put ainsi acquérir cette profonde connaissance de l'Ecriture Sainte et des Pères de l'Eglise dont il se servit ensuite dans ses œuvres.

Mais la retraite dans la clôture de Grégoire ne dura pas longtemps. La précieuse expérience mûrie dans l'administration civile à une époque chargée de graves problèmes, les relations entretenues dans cette charge avec les byzantins, l'estime universelle qu'il avait acquise, poussèrent le Pape Pélage à le nommer diacre et à l'envoyer à Constantinople comme son « apocrisaire », on dirait aujourd'hui « Nonce apostolique », pour permettre de surmonter les dernières séquelles de la controverse monophysite et, surtout, pour obtenir l'appui de l'empereur dans son effort pour contenir la poussée lombarde. Son séjour à Constantinople, où avec un groupe de moines il avait repris la vie monastique, fut très important pour Grégoire, car il lui donna l'occasion d'acquérir une expérience directe du monde byzantin, ainsi que d'aborder la question des Lombards, qui aurait ensuite mis à rude épreuve son habileté et son énergie au cours de ses années de pontificat. Après quelques années, il fut rappelé à Rome par le Pape, qui le nomma son secrétaire. Il s'agissait d'années difficiles : les pluies incessantes, le débordement des fleuves, la famine qui frappait de nombreuses zones d'Italie et Rome elle-même. A la fin, la peste éclata également, faisant de nombreuses victimes, parmi lesquelles le Pape Pélage II. Le clergé, le peuple et le sénat furent unanimes en choisissant précisément Grégoire pour être son Successeur sur le Siège de Pierre. Il chercha à résister, tentant également la fuite, mais il n'y eut rien à faire : à la fin il dut céder. C'était l'année 590.

Reconnaissant la volonté de Dieu dans ce qui était arrivé, le nouveau Pontife se mit immédiatement au travail avec zèle. Dès le début, il révéla une vision particulièrement clairvoyante de la réalité avec laquelle il devait se mesurer, une extraordinaire capacité de travail pour affronter les affaires ecclésiastiques et civiles, un équilibre constant dans les décisions, parfois courageuses, que sa charge lui imposait. On possède une vaste documentation sur son gouvernement grâce au Registre de ses lettres (environ 800), dans lesquelles se reflète la confrontation quotidienne avec les problèmes complexes qui affluaient sur sa table. Il s'agissait de questions qui provenaient des évêques, des abbés, des clercs, et également des autorités civiles de tout ordre et degré. Parmi les problèmes qui affligeaient l'Italie et Rome à cette époque, il y en avait un d'une importance particulière dans le domaine civil et ecclésial : la question lombarde. Le Pape y consacra toutes les énergies possibles en vue d'une solution vraiment pacificatrice. A la différence de l'empereur byzantin qui partait du présupposé que les Lombards n'étaient que des individus grossiers et prédateurs à vaincre ou à exterminer, saint Grégoire voyait ces personnes avec les yeux du bon pasteur, préoccupé de leur annoncer la parole du salut, établissant avec eux des relations fraternelles en vue d'un avenir de paix fondé sur le respect réciproque et sur la coexistence sereine entre les Italiens, les Impériaux et les Lombards. Il se préoccupa de la conversion des jeunes peuples et de la nouvelle organisation civile de l'Europe : les Wisigoths d'Espagne, les Francs, les Saxons, les immigrés en Britannia et les Lombards furent les destinataires privilégiés de sa mission évangélisatrice. Nous avons célébré hier la mémoire liturgique de saint Augustin de Canterbury, le chef d'un groupe de moines chargés par Grégoire de se rendre en Britannia pour évangéliser l'Angleterre.

Pour obtenir une paix effective à Rome et en Italie, le Pape s'engagea à fond - c'était un véritable pacificateur -, entreprenant des négociations serrées avec le roi lombard Agilulf. Ces négociations conduisirent à une période de trêve qui dura environ trois ans (598-601), après lesquels il fut possible de stipuler, en 603, un armistice plus stable. Ce résultat positif fut rendu possible également grâce aux contacts parallèles que, entre temps, le Pape entretenait avec la reine Théodelinde, qui était une princesse bavaroise et qui, à la différence des chefs des autres peuples germaniques, était catholique, profondément catholique. On conserve une série de lettres du Pape Grégoire à cette reine, dans lesquelles il révèle son estime et son amitié pour elle. Théodelinde réussit peu à peu à guider le roi vers le catholicisme, préparant ainsi la voie à la paix. Le Pape se soucia également de lui envoyer les reliques pour la basilique Saint-Jean-Baptiste qu'elle fit ériger à Monza, et il ne manqua pas de lui faire parvenir ses vœux et des dons précieux à l'occasion de la naissance et du baptême de son fils Adaloald. L'histoire de cette reine constitue un beau témoignage à propos de l'importance des femmes dans l'histoire de l'Eglise. Au fond, les objectifs auxquels Grégoire aspira constamment furent au nombre de trois : contenir l'expansion des Lombards en Italie ; soustraire la reine Théodelinde à l'influence des schismatiques et renforcer sa foi catholique ; servir de médiateur entre les Lombards et les Byzantins en vue d'un accord pour garantir la paix dans la péninsule, en permettant dans le même temps d'accomplir une action évangélisatrice parmi les Lombards eux-mêmes. Son orientation constante dans cette situation complexe fut donc double : promouvoir des ententes sur le plan diplomatique et politique, diffuser l'annonce de la vraie foi parmi les populations.

A côté de son action purement spirituelle et pastorale, le Pape Grégoire fut également le protagoniste actif d'une activité sociale multiple. Avec les rentes de l'important patrimoine que le Siège romain possédait en Italie, en particulier en Sicile, il acheta et distribua du blé, il secourut ceux qui étaient dans le besoin, il aida les prêtres, les moines et les moniales qui vivaient dans l'indigence, il paya les rançons des citoyens devenus prisonniers des Lombards, il conclut des armistices et des trèves. En outre, il accomplit aussi bien à Rome que dans d'autres parties de l'Italie une œuvre soignée de réorganisation administrative, en donnant des instructions précises afin que les biens de l'Eglise, utiles à sa subsistance et à son œuvre évangélisatrice dans le monde, soient gérés avec une rectitude absolue et selon les règles de la justice et de la miséricorde. Il exigeait que les colons soient protégés des abus des concessionnaires des terres appartenant à l'Eglise et, en cas de fraude, qu'ils soient rapidement dédommagés, afin que le visage de l'Epouse du Christ ne soit pas défiguré par des profits malhonnêtes.

Cette intense activité fut accomplie par Grégoire malgré sa santé fragile, qui le poussait souvent à rester au lit pendant de longs jours. Les jeûnes pratiqués au cours des années de sa vie monastique lui avaient procuré de sérieux problèmes digestifs. En outre, sa voix était très faible, si bien qu'il était souvent obligé de confier au diacre la lecture de ses homélies, afin que les fidèles présents dans les basiliques romaines puissent l'entendre. Il faisait cependant tout son possible pour célébrer les jours de fête Missarum sollemnia, c'est-à-dire la Messe solennelle, et il rencontrait alors personnellement le peuple de Dieu, qui lui était très attaché, car il voyait en lui la référence autorisée où il pouvait puiser son assurance: ce n'est pas par hasard que lui fut très vite attribué le titre de Consul Dei. Malgré les conditions très difficiles dans lesquelles il dut œuvrer, il réussit à conquérir, grâce à sa sainteté de vie et à sa riche humanité, la confiance des fidèles, en obtenant, pour son époque et pour l'avenir, des résultats vraiment grandioses. C'était un homme plongé en Dieu : le désir de Dieu était toujours vivant au fond de son âme et c'est précisément pour cela qu'il était toujours très proche de son prochain, des besoins des personnes de son époque. A une époque désastreuse, et même désespérée, il sut établir la paix et donner l'espérance. Cet homme de Dieu nous montre où sont les véritables sources de la paix, d'où vient la véritable espérance et il devient ainsi un guide également pour nous aujourd'hui.

Puis le pape a proposé une synthèse de sa catéchèse, en français :

Chers Frères et Sœurs,

Je désire vous présenter la figure de saint Grégoire, qui fut Évêque de Rome de 590 à 604, portant le titre de grand. Grégoire fut vraiment un grand Pape et un grand Docteur de l'Église. Il est né dans une famille noble, qui se distingue surtout par son attachement à la foi chrétienne et son soutien au Siège Apostolique. À la suite de son père, il choisit la carrière administrative et devient préfet de Rome. Doué d'un sens profond de l'ordre et de la discipline, devenu Pape, il suggèrera aux Évêques de prendre modèle, pour la gestion des affaires ecclésiastiques, sur la société civile de son temps. Abandonnant toutes ses fonctions, il se retire dans sa demeure pour mener une vie monastique. Mais très vite, étant donné sa réputation, le Pape Pélage l'ordonne diacre et l'envoie en mission pour régler la crise monophysite et pour obtenir l'aide de l'Empereur contre les lombards. Son séjour lui permit de faire l'expérience du monachisme byzantin. Après quelques années, le Pape l'appela pour être son secrétaire. À sa suite, il fut élu Pape. Il régla courageusement de nombreux problèmes internes à l'Église, mais aussi de type politique et social, se comportant en fin négociateur. Il s'attacha à vivre saintement. Les fidèles avaient confiance en lui et il reçut le titre de Consul Dei. Il reste encore aujourd'hui un modèle qui fait l'admiration par sa personnalité, son exemple et la profondeur de son enseignement.

Je suis heureux de vous accueillir chers pèlerins francophones, en particulier les jeunes du Canada et les prêtres de Bruges. En cette fin du mois de mai, je vous confie à la Vierge Marie, Mère de l'Église et notre Mère. Avec ma Bénédiction apostolique.

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Traduction réalisée par Zenit

Audience générale du 19 mars : Le triduum pascal

ROME, Mercredi 19 mars 2008 (ZENIT.org) – Nous publions ci-dessous le texte intégral de la catéchèse donnée par le pape Benoît XVI au cours de l’audience générale, ce mercredi, dans la salle Paul VI du Vatican.

Catéchèse de Benoît XVI

Chers frères et sœurs,

Nous sommes à la veille du Triduum pascal. Les trois prochains jours sont couramment appelés « saints » car ils nous font revivre l’événement central de notre Rédemption ; ils nous renvoient en effet au noyau essentiel de la foi chrétienne : la passion, la mort et la résurrection de Jésus Christ. Ce sont des jours que nous pourrions considérer comme un jour unique : ils constituent le cœur et le point fondamental de toute l’année liturgique comme de la vie de l’Eglise. Au terme de l’itinéraire quadragésimal, nous nous apprêtons nous aussi à entrer dans le climat même dans lequel Jésus a vécu à Jérusalem. Nous voulons réveiller en nous la mémoire vivante des souffrances que le Seigneur a endurées pour nous et nous préparer à célébrer avec joie, dimanche prochain « la vraie Pâque, que le Sang du Christ a recouverte de gloire, la Pâque lors de laquelle l’Eglise célèbre la Fête qui est à l’origine de toutes les fêtes », comme dit la préface pour le jour de Pâque dans le rite de saint Ambroise.

Demain, Jeudi saint, l’Eglise fait mémoire de la dernière Cène au cours de laquelle le Seigneur, la veille de sa passion et de sa mort, a institué le sacrement de l’Eucharistie et celui du sacerdoce ministériel. En cette même nuit, Jésus nous a laissé le commandement nouveau « mandatum novum », le commandement de l’amour fraternel. Avant d’entrer dans le Saint Triduum, mais déjà en lien étroit avec lui, dans chaque communauté diocésaine aura lieu, demain matin, la messe chrismale, au cours de laquelle l’évêque et les prêtres du presbyterium diocésain renouvellent les promesses de l’ordination, et les huiles pour la célébration des sacrements sont bénies : l’huile des catéchumènes, l’huile des malades et le saint chrême. C’est un moment particulièrement important pour la vie de chaque communauté diocésaine qui, rassemblée autour de son pasteur, ressoude son unité et sa fidélité au Christ, unique Grand Prêtre Eternel. Le soir, au cours de la messe in Cena Domini, on fait mémoire de la dernière Cène, quand le Christ s’est donné à nous tous comme nourriture de salut, comme remède d’immortalité : c’est le mystère de l’Eucharistie, source et sommet de la vie chrétienne. Dans ce sacrement de salut, le Seigneur a offert et réalisé pour tous ceux qui croient en Lui, l’union la plus profonde possible entre notre vie et la sienne. Avec le geste humble et combien expressif du lavement des pieds, nous sommes invités à rappeler ce que le Seigneur fit à ses apôtres : en leur lavant les pieds il proclama concrètement la primauté de l’amour, l’amour qui se fait service jusqu’au don de soi, anticipant ainsi également le sacrifice suprême de sa vie qui se consumera le lendemain sur le Calvaire. Selon une belle tradition, les fidèles terminent le Jeudi saint par une veillée de prière et d’adoration eucharistique pour vivre plus profondément l’agonie de Jésus à Gethsémani.

Le Vendredi Saint est la journée qui fait mémoire de la passion, crucifixion et mort de Jésus. Ce jour-là la liturgie de l’Eglise ne prévoit pas la célébration de la messe, mais l’assemblée chrétienne se recueille pour méditer sur le grand mystère du mal et du péché qui oppriment l’humanité, pour parcourir à nouveau, à la lumière de la Parole de Dieu et avec l’aide de gestes liturgiques émouvants, les souffrances du Seigneur qui expient ce mal. Après avoir écouté le récit de la passion du Christ, la communauté prie pour tous les besoins de l’Eglise et du monde, adore la Croix et communie, en consommant les espèces conservées lors de la messe in Cena Domini du jour précédent. Comme invitation supplémentaire pour méditer sur la passion et la mort du Rédempteur et pour exprimer l’amour et la participation des fidèles aux souffrances du Christ, la tradition chrétienne a lancé diverses manifestations de piété populaire, processions et représentations sacrées, qui visent à imprimer toujours plus profondément dans l’âme des fidèles des sentiments de vraie participation au sacrifice rédempteur du Christ. Parmi elles figure la Via Crucis, exercice pieux, qui au fil des années s’est enrichi de multiples expressions spirituelles et artistiques liées à la sensibilité des diverses cultures. Dans de nombreux pays, des sanctuaires portant le nom de « Calvaire » ont ainsi été fondés, vers lesquels on monte par un chemin escarpé qui rappelle le chemin douloureux de la Passion, pour permettre aux fidèles de participer à l’ascension du Seigneur vers le Mont de la Croix, le Mont de l’Amour jusqu’au bout.

Le Samedi Saint est marqué par un profond silence. Les Eglises sont dépouillées et aucune liturgie particulière n’est prévue. Attendant le grand événement de la Résurrection, les croyants persévèrent avec Marie dans l’attente, en priant et en méditant. Nous avons en effet besoin d’un jour de silence pour méditer sur la réalité de la vie humaine, sur les forces du mal et sur la grande force du bien issue de la Passion et de la Résurrection du Seigneur. Une grande importance est accordée, en ce jour, à la participation au sacrement de la réconciliation, chemin indispensable pour purifier le cœur et se préparer à célébrer la Pâque, profondément renouvelés. Nous avons besoin, au moins une fois par an, de cette purification intérieure, de ce renouvellement de nous-mêmes. Ce samedi de silence, de méditation, de pardon, de réconciliation, débouche sur la Veillée pascale, qui introduit dans le dimanche le plus important de l’histoire, le dimanche de la Pâque du Christ. L’Eglise veille près du feu nouveau, béni, et médite la grande promesse, contenue dans l’Ancien et le Nouveau Testament, de la libération définitive de l’ancien esclavage du péché et de la mort. Au cœur de la nuit, le cierge pascal, symbole du Christ qui ressuscite glorieux, est allumé à partir du feu nouveau. Le Christ, lumière de l’humanité, dissipe les ténèbres du cœur et de l’esprit et illumine tout homme qui vient dans le monde. Près du cierge pascal résonne dans l’Eglise la grande annonce pascale : le Christ est vraiment ressuscité, la mort n’a plus aucun pouvoir sur Lui. Par sa mort il a vaincu le mal pour toujours et a donné à tous les hommes la vie même de Dieu. Selon une tradition antique, au cours de la Veillée pascale, les catéchumènes reçoivent le baptême, pour souligner la participation des chrétiens au mystère de la mort et de la résurrection du Christ. A partir de la magnifique nuit de Pâques, la joie, la lumière et la paix du Christ se répandent dans la vie des fidèles de chaque communauté chrétienne atteignant tous les points de l’espace et du temps.

Chers frères et soeurs, en ces jours uniques, orientons résolument notre vie vers une adhésion généreuse et convaincue aux desseins du Père céleste ; renouvelons notre « oui » à la volonté divine comme l’a fait Jésus avec le sacrifice de la croix. Les rites suggestifs du Jeudi Saint, du Vendredi Saint, le silence riche de prière du Samedi Saint et la solennelle Veillée pascale nous offrent l’opportunité d’approfondir le sens et la valeur de notre vocation chrétienne qui naît du Mystère pascal et de la concrétiser en nous mettant fidèlement à la suite du Christ en toute circonstance, comme Il l’a fait, jusqu’au don généreux de notre vie.

Faire mémoire des mystères du Christ signifie aussi vivre dans une adhésion profonde et solidaire au moment présent de l’histoire, convaincus que ce que nous célébrons est une réalité vivante et actuelle. Portons donc dans notre prière les fait
s et situations dramatiques qui ces jours-ci affectent un grand nombre de nos frères dans toutes les régions du monde. Nous savons que la haine, les divisions, la violence, n’ont jamais le dernier mot dans les événements de l’histoire. Ces jours réaniment en nous la grande espérance : le Christ crucifié est ressuscité et a vaincu le monde. L’amour est plus fort que la haine, il a vaincu et nous devons nous associer à cette victoire de l’amour. Nous devons donc repartir du Christ et travailler en communion avec Lui pour un monde fondé sur la paix, sur la justice et sur l’amour. Dans cet engagement, qui nous concerne tous, laissons-nous guider par Marie qui a accompagné son divin Fils sur le chemin de la passion et de la croix et a participé, avec la force de la foi, à l’accomplissement de son dessein salvifique. Avec ces sentiments, je vous présente d’ores et déjà mes vœux les plus cordiaux de joyeuse et sainte Pâque à vous tous, à ceux qui vous sont chers et à vos communautés.

Puis le pape a lu le résumé de sa catéchèse, en français :

Chers Frères et Sœurs,

Nous allons revivre les jours appelés « saints », événement central de notre Rédemption. Ces trois jours sont le cœur de l’année liturgique et de la vie de l’Église. Le Jeudi Saint, l’Église fait mémoire de la dernière Cène, au cours de laquelle le Seigneur institua l’Eucharistie et nous donna le commandement nouveau de l’amour fraternel. Cette célébration est précédée dans tous les diocèses par la Messe chrismale, où l’Évêque et les prêtres renouvellent les promesses de leur ordination. Le Vendredi Saint, nous ferons mémoire de la passion, de la crucifixion et de la mort de Jésus. L’Église se recueille pour méditer sur le grand mystère du mal et du péché opprimant l’humanité, parcourant de nouveau, à la lumière des Écritures et des gestes liturgiques, les souffrances du Seigneur. Toutes les traditions de piété ont pour objectif d’imprimer dans l’âme des fidèles le sentiment d’une participation véritable au sacrifice rédempteur du Christ. Le Samedi Saint est marqué par un profond silence; dans l’attente de la Résurrection, avec Marie, les chrétiens persévèrent dans la prière et la méditation. Une grande importance est donnée au Sacrement de Réconciliation, chemin indispensable pour se purifier et se préparer à Pâques. La Veillée pascale nous introduit dans le dimanche le plus important de l’année: la Pâque du Christ. Dans les ténèbres, l’Église accueille la lumière et médite la promesse, contenue dans l’Écriture, de la libération définitive de l’esclavage du péché et de la mort.

Je salue les fidèles francophones présents à cette audience, en particulier les jeunes de l’école technique de Porrentruy en Suisse et les élèves de l’ensemble scolaire Saint-Antoine de Phalsbourg. Au cours des jours saints, comme Jésus, renouvelons notre adhésion généreuse à la volonté du Père. Je vous souhaite déjà une joyeuse et sainte Pâque.

APPEL DU PAPE

Je suis avec une grande anxiété les nouvelles qui ces jours-ci nous parviennent du Tibet. Mon cœur de Père est empreint de tristesse et de douleur face à la souffrance de tant de personnes. Le mystère de la passion et de la mort de Jésus, que nous revivons en cette Semaine Sainte, nous aide à être particulièrement sensibles à leur situation.

On ne résout pas les problèmes avec la violence, on ne fait que les aggraver. Je vous invite à vous unir à moi dans la prière. Demandons à Dieu tout-puissant, source de lumière, d’éclairer les esprits de tous et de donner à chacun de courage de choisir le chemin du dialogue et de la tolérance.

© Copyright du texte original plurilingue : Librairie Editrice du Vatican

Audience générale du 12 mars : Boèce et Cassiodore

ROME, Mercredi 12 mars 2008 (ZENIT.org) – Nous publions ci-dessous le texte intégral de la catéchèse donnée par le pape Benoît XVI au cours de l’audience générale, ce mercredi, dans la salle Paul VI du Vatican.

Catéchèse de Benoît XVI

Chers frères et sœurs,

Je voudrais parler aujourd’hui de deux auteurs ecclésiastiques, Boèce et Cassiodore, qui vécurent pendant les années les plus tourmentées de l’Occident chrétien et, en particulier, de la péninsule italienne. Odoacre, roi des Erules, une ethnie germanique, s’était rebellé, mettant un terme à l’empire romain d’Occident (476), mais avait dû rapidement succomber aux Ostrogoths de Théodoric, qui pendant plusieurs décennies s’assurèrent du contrôle de la péninsule italienne. Boèce, né à Rome vers 480 dans la noble famille des Anicii, entra encore jeune dans la vie publique, obtenant déjà la charge de sénateur à l’âge de vingt-cinq ans. Fidèle à la tradition de sa famille, il s’engagea dans la politique, convaincu qu’il était possible d’harmoniser les lignes directrices de la société romaine avec les valeurs des nouveaux peuples. Et à cette nouvelle époque de la rencontre des cultures, il considéra comme sa mission de réconcilier et de mettre ensemble ces deux cultures, la culture romaine classique et la culture naissante du peuple ostrogoth. Il fut très actif en politique, également sous Théodoric, qui, les premiers temps, l’estima beaucoup. Malgré cette activité publique, Boèce ne négligea pas ses études, se consacrant en particulier à l’approfondissement de thèmes d’ordre philosophique et religieux. Mais il écrivit également des manuels d’arithmétique, de géométrie, de musique, d’astronomie : le tout avec l’intention de transmettre aux nouvelles générations, aux nouveaux temps, la grande culture gréco-romaine. Dans ce cadre, c’est-à-dire dans l’engagement pour promouvoir la rencontre des cultures, il utilisa les catégories de la philosophie grecque pour proposer la foi chrétienne, ici aussi à la recherche d’une synthèse entre le patrimoine hellénistique-romain et le message évangélique. C’est précisément pour cela que Boèce a été présenté comme le dernier représentant de la culture romaine antique et le premier des intellectuels du moyen-âge.

Son œuvre certainement la plus célèbre est le De consolatione philosophiae, qu’il rédigea en prison pour donner un sens à sa détention injuste. En effet, il avait été accusé de complot contre le roi Théodoric pour avoir pris la défense d’un ami, le sénateur Albin, lors de son jugement. Mais cela était un prétexte : en réalité Théodoric, arien et barbare, soupçonnait Boèce d’éprouver de la sympathie pour l’empereur byzantin Justinien. De fait, jugé et condamné à mort, il fut exécuté le 23 octobre 524, à 44 ans seulement. Précisément en raison de cette fin dramatique, il peut parler à partir de sa propre expérience à l’homme d’aujourd’hui également, et surtout aux très nombreuses personnes qui subissent le même sort à cause de l’injustice présente dans de nombreux domaines de la « justice humaine ». Dans cette œuvre, alors qu’il est en prison, il cherche le réconfort, il cherche la lumière, il cherche la sagesse. Et il dit avoir su distinguer, précisément dans cette situation, entre les biens apparents – en prison ceux-ci disparaissent – et les vrais biens, comme l’amitié authentique, qui même en prison ne disparaissent pas. Le bien le plus élevé est Dieu : Boèce apprit – et il nous l’enseigne – à ne pas tomber dans le fatalisme, qui éteint l’espérance. Il nous enseigne que ce n’est pas le destin qui gouverne, mais la Providence et que celle-ci a un visage. On peut parler avec la Providence, car Dieu est la Providence. Ainsi, même en prison il lui reste la possibilité de la prière, du dialogue avec Celui qui nous sauve. Dans le même temps, même dans cette situation, il conserve le sens de la beauté et de la culture et rappelle l’enseignement des grands philosophes antiques grecs et romains, comme Platon, Aristote – il avait commencé à traduire ces grecs en latin -, Cicéron, Sénèque, et également des poètes comme Tibulle et Virgile.

Selon Boèce, la philosophie, au sens de la recherche de la véritable sagesse, est le véritable remède de l’âme (lib. I). D’autre part, l’homme ne peut faire l’expérience du bonheur authentique que dans sa propre intériorité (lib. II). C’est pourquoi Boèce réussit à trouver un sens en pensant à sa tragédie personnelle à la lumière d’un texte sapientiel de l’Ancien Testament (Sg 7, 30-8-1), qu’il cite : « Contre la sagesse le mal ne prévaut pas. Elle s’étend avec force d’un bout du monde à l’autre et elle gouverne l’univers pour son bien » (Lib. III, 12: PL 63, col. 780). La soi-disant prospérité des méchants se révèle donc mensongère (lib. IV), et la nature providentielle de la adversa fortuna est soulignée. Les difficultés de la vie révèlent non seulement combien celle-ci est éphémère et de brève durée, mais elles se démontrent même utiles pour déterminer et conserver les relations authentiques entre les hommes. L’adversa fortuna permet en effet de discerner les vrais amis des faux et elle fait comprendre que rien n’est plus précieux pour l’homme qu’une amitié véritable. Accepter de manière fataliste une situation de souffrance est absolument dangereux, ajoute le croyant Boèce, car « cela élimine à la racine la possibilité même de la prière et de l’espérance théologale qui se trouvent à la base de la relation de l’homme avec Dieu » (Lib. V, 3: PL 63, col. 842).

Le discours final du De consolatione philosophiae peut être considéré comme une synthèse de tout l’enseignement que Boèce s’adresse à lui-même et à tous ceux qui pourraient se trouver dans les mêmes situations. Il écrit ainsi en prison : « Combattez donc les vices, consacrez-vous à une vie vertueuse orientée par l’espérance qui pousse le cœur vers le haut, jusqu’à atteindre le ciel avec les prières nourries d’humilité. L’imposition que vous avez subie peut se transformer, si vous refusez de mentir, en l’immense avantage d’avoir toujours devant les yeux le juge suprême qui voit et qui sait comment sont vraiment les choses » (Lib. V, 6: PL 63, col. 862). Chaque détenu, quel que soit le motif pour lequel il est en prison, comprend combien cette condition humaine particulière est lourde, notamment lorsqu’elle est aggravée, comme cela arriva à Boèce, par le recours à la torture. Particulièrement absurde est aussi la condition de celui qui, encore comme Boèce – que la ville de Pavie reconnaît et célèbre dans la liturgie comme martyr de la foi -, est torturé à mort sans aucun autre motif que ses propres convictions idéales, politiques et religieuses. Boèce, symbole d’un nombre immense de détenus injustement emprisonnés de tous les temps et de toutes les latitudes, est de fait une porte d’entrée objective à la contemplation du mystérieux Crucifié du Golgotha.

Marc Aurèle Cassiodore, un calabrais né à Squillace vers 485, qui mourut à un âge avancé à Vivarium, vers 580, fut un contemporain de Boèce. Lui aussi d’un niveau social élevé, il se consacra à la politique et à l’engagement culturel comme peu d’autres personnes dans l’Occident romain de son époque. Les seules personnes qui purent l’égaler dans son double intérêt furent peut-être Boèce, déjà mentionné, et le futur pape de Rome, Grégoire le Grand (590-604). Conscient de la nécessité de ne pas laisser sombrer dans l’oubli tout le patrimoine humain et humaniste, accumulé au cours des siècles d’or de l’empire romain, Cassiodore collabora généreusement, et aux niveaux les plus élevés de la responsabilité politique, avec les peuples nouveaux qui avaient traversé les frontières de l’empire et qui s’étaient établis en Italie. Il fut lui aussi un modèle de rencontre culturelle, de dialogue, de réco
nciliation. Les événements historiques ne lui permirent pas de réaliser ses rêves politiques et culturels, qui visaient à créer une synthèse entre la tradition romano-chrétienne de l’Italie et la nouvelle culture des Goths. Ces mêmes événements le convainquirent cependant du caractère providentiel du mouvement monastique, qui s’affirmaient dans les terres chrétiennes. Il décida de l’appuyer en lui consacrant toutes ses richesses matérielles et toutes ses forces spirituelles.

Il conçut l’idée de confier précisément aux moines la tâche de retrouver, conserver et transmettre à la postérité l’immense patrimoine culturel de l’antiquité, pour qu’il ne soit pas perdu. C’est pourquoi il fonda Vivarium, un monastère dans lequel tout était organisé de manière à ce que le travail intellectuel des moines soit estimé comme très précieux et indispensable. Il décréta que les moines qui n’avaient pas de formation intellectuelle ne devaient pas s’occuper seulement du travail matériel, de l’agriculture, mais également de transcrire des manuscrits et d’aider ainsi à transmettre la grande culture aux générations futures. Et cela sans aucun dommage pour l’engagement spirituel monastique et chrétien et pour l’activité caritative envers les pauvres. Dans son enseignement, publié dans plusieurs ouvrages, mais surtout dans le traité De anima et dans les Institutiones divinarum litterarum, la prière (cf. PL 69, col. 1108), nourrie par les saintes Ecritures et particulièrement par la lecture assidue des Psaumes (cf. PL 69, col. 1149), est toujours au centre, comme nourriture nécessaire pour tous. Voilà, par exemple, la façon dont ce très docte calabrais introduit son Expositio in Psalterium : « Ayant refusé et abandonné à Ravenne les sollicitations de la carrière politique, marquée par le goût écœurant des préoccupations mondaines, et ayant goûté le Psautier, un livre venu du ciel comme un authentique miel de l’âme, je me plongeai avec avidité, comme un assoiffé, dans la lecture incessante afin de me laisser imprégner entièrement de cette douceur salutaire, après en avoir eu assez des innombrables amertumes de la vie active » (PL 70, col. 10).

La recherche de Dieu, visant à sa contemplation – note Cassiodore -, reste l’objectif permanent de la vie monastique (cf. PL 69, col. 1107). Il ajoute cependant que, avec l’aide de la grâce divine (cf. PL 69, col. 1131.1142), on peut parvenir à une meilleure compréhension de la Parole révélée grâce à l’utilisation des conquêtes scientifiques et des instruments culturels « profanes », déjà possédés par les Grecs et les Romains (cf. PL 69, col. 1140). Cassiodore se consacra, quant à lui, aux études philosophiques, théologiques et exégétiques sans créativité particulière, mais attentif aux intuitions qu’il reconnaissait comme valables chez les autres. Il lisait en particulier avec respect et dévotion Jérôme et Augustin. De ce dernier, il disait : « Chez Augustin il y a tellement de richesse qu’il me semble impossible de trouver quelque chose qu’il n’ait pas déjà abondamment traité » (cf. PL 70, col. 10). En citant Jérôme, en revanche, il exhortait les moines de Vivarium : « Ce n’est pas seulement ceux qui luttent jusqu’à verser leur sang ou qui vivent dans la virginité qui remportent la palme de la victoire, mais également tous ceux qui, avec l’aide de Dieu, l’emportent sur les vices du corps et conservent la rectitude de la foi. Mais pour que vous puissiez, toujours avec l’aide de Dieu, vaincre plus facilement les sollicitations du monde et ses attraits, en restant dans celui-ci comme des pèlerins sans cesse en chemin, cherchez tout d’abord à vous garantir l’aide salutaire suggérée par le premier psaume qui recommande de méditer nuit et jour la loi du Seigneur. En effet, l’ennemi ne trouvera aucune brèche pour vous assaillir si toute votre attention est occupée par le Christ » (De Institutione Divinarum Scripturarum, 32: PL 69, col. 1147). C’est un avertissement que nous pouvons accueillir comme valable également pour nous. Nous vivons, en effet, nous aussi à une époque de rencontre des cultures, du danger de la violence qui détruit les cultures, et de l’engagement nécessaire de transmettre les grandes valeurs et d’enseigner aux nouvelles générations la voie de la réconciliation et de la paix. Nous trouvons cette voie en nous orientant vers le Dieu au visage humain, le Dieu qui s’est révélé à nous dans le Christ.

Puis le pape a lu le résumé de sa catéchèse, en français :

Chers Frères et Sœurs,

Nous nous intéressons, ce matin, à deux grandes et belles figures chrétiennes du Haut Moyen-âge : Boèce et Cassiodore.

Boèce, né à Rome en 480, devient sénateur à l’âge de vingt-cinq ans. Condamné à mort pour des motifs auxquels sa foi n’est pas étrangère, c’est en prison qu’il rédige son œuvre la plus connue, le De consolatione philosophiae, où il fait dialoguer l’homme avec la philosophia perennis. Il en ressort que la philosophie est la seule médecine véritable pour l’homme, qui fait l’expérience que le bonheur authentique est au fond de lui-même. Dieu reste cependant le bonheur suprême. Il est dangereux de considérer la condition souffrante comme une fatalité, car cela ôte la possibilité de prier et d’espérer. Boèce, symbole de tous ceux qui ont à souffrir injustement pour des raisons idéologiques, politiques ou religieuses, invite à la contemplation du mystérieux Crucifié du Golgotha.

Cassiodore est né en 485 en Calabre, alors que l’empire romain d’Occident vient de tomber. Conscient de la nécessité de ne pas perdre l’héritage humaniste de l’Antiquité, il tenta, à travers ses hautes charges politiques, d’élaborer une synthèse entre la tradition romano-chrétienne de la péninsule et la nouvelle culture des Goths. Il choisit la vie monastique pour poursuivre ce travail intellectuel et culturel. Il était convaincu que la science et la culture profane sont utiles à la compréhension des Écritures, que les moines et les fidèles sont invités à méditer jour et nuit.

Je salue les pèlerins francophones, en particulier les jeunes du collège de Vaugneray et les pèlerins de l’Île de la Réunion. Puissiez-vous mobiliser toutes les ressources de votre intelligence pour rechercher toujours la vraie sagesse, qui est le Christ. Avec ma Bénédiction apostolique.

© Copyright du texte original plurilingue : Librairie Editrice du Vatican

Audience générale du 5 mars : saint Léon le Grand

ROME, Mercredi 5 mars 2008 (ZENIT.org) – Nous publions ci-dessous le texte intégral de la catéchèse donnée par le pape Benoît XVI au cours de l’audience générale, ce mercredi, dans la salle Paul VI du Vatican.

Catéchèse de Benoît XVI

Chers frères et sœurs,

Poursuivant notre route parmi les Pères de l’Eglise, véritables astres qui brillent de loin, nous abordons lors de notre rencontre d’aujourd’hui la figure d’un pape qui fut proclamé docteur de l’Eglise en 1754 par Benoît XIV: il s’agit de saint Léon le Grand. Comme l’indique l’épithète que la tradition lui attribua très tôt, il fut vraiment l’un des plus grands papes qui aient honoré le Siège romain, contribuant largement à en renforcer l’autorité et le prestige. Premier évêque de Rome à porter le nom de Léon, adopté ensuite par douze autres souverains pontifes, il est également le premier pape dont nous soit parvenue la prédication, qu’il adressait au peuple qui se rassemblait autour de lui pendant les célébrations. Il est naturel de penser également à lui dans le contexte des actuelles audiences générales du mercredi, des rendez-vous qui pendant les dernières décennies sont devenus pour l’évêque de Rome une forme habituelle de rencontre avec les fidèles et avec de nombreux visiteurs de toutes les parties du monde.

Léon était originaire de la région italienne de la Tuscia. Il devint diacre de l’Eglise de Rome autour de l’an 430 et, avec le temps, il acquit au sein de celle-ci une position importante. Ce rôle de premier plan poussa Galla Placidia, qui à cette époque dirigeait l’Empire d’Occident, à l’envoyer en Gaule en 440 pour résoudre une situation difficile. Mais au cours de l’été de cette année, le pape Sixte III – dont le nom est lié aux magnifiques mosaïques de Sainte-Marie-Majeure – mourut, et ce fut précisément Léon qui lui succéda, recevant la nouvelle alors qu’il accomplissait sa mission de paix en Gaule. De retour à Rome, le nouveau pape fut consacré le 29 septembre 440. C’est ainsi que commença son pontificat, qui dura plus de vingt-et-un an, et qui a été sans aucun doute l’un des plus importants de l’histoire de l’Eglise. A sa mort, le 10 novembre 461, le pape fut enterré auprès de la tombe de saint Pierre. Ses reliques sont conservées aujourd’hui encore dans l’un des autels de la Basilique vaticane.

Le pape Léon vécut à une époque très difficile : de nouvelles invasions barbares, le progressif affaiblissement en Occident de l’autorité impériale et une longue crise sociale avaient imposé à l’évêque de Rome – comme cela devait se produire de manière encore plus forte un siècle et demi plus tard sous le pontificat de Grégoire le Grand – d’assumer un rôle important également dans les événements civils et politiques. Cela ne manqua pas, bien évidemment, d’accroître l’importance et le prestige du Siège romain. Un épisode de la vie de Léon est en particulier resté célèbre. Il remonte à 452, lorsque le pape rencontra à Mantoue, avec une délégation romaine, Attila, chef des Huns, et le dissuada de poursuivre la guerre d’invasion par laquelle il avait déjà dévasté les régions du nord-est de l’Italie. Et ainsi sauva-t-il le reste de la péninsule. Cet événement important devint vite mémorable, et il demeure comme le signe emblématique de l’action de paix accomplie par le pontife. Trois ans plus tard, l’issue d’une autre initiative papale, signe d’un courage qui nous stupéfie encore, ne fut malheureusement pas aussi positive : en effet, au printemps 455 Léon ne réussit pas à empêcher que les Vandales de Genséric, arrivés aux portes de Rome, envahissent la ville sans défense, qui fut mise à sac pendant deux semaines. Toutefois, le geste du pape – qui, sans défense et uniquement entouré de son clergé, alla à la rencontre de l’envahisseur pour le conjurer de s’arrêter – empêcha au moins que Rome ne soit incendiée et obtint que le terrible sac épargnât les Basiliques Saint-Pierre, Saint-Paul et Saint-Jean, dans lesquelles une partie de la population terrorisée se réfugia.

Nous connaissons bien l’action du pape Léon, grâce à ses très beaux sermons – nous en conservons près de cent dans un latin splendide et clair – et grâce à ses lettres, environ cent cinquante. Dans ces textes, le pape apparaît dans toute sa grandeur, tourné vers le service de la vérité dans la charité, à travers un exercice assidu de la parole, dans lequel il se révèle à la fois théologien et pasteur. Léon le Grand, constamment attentif à ses fidèles et au peuple de Rome, mais également à la communion entre les différentes Eglises et à leurs nécessités, fut le défenseur et le promoteur inlassable du primat romain, se présentant comme l’authentique héritier de l’apôtre Pierre : les nombreux évêques, en grande partie orientaux, réunis au Concile de Chalcédoine se montrèrent bien conscients de cela.

Se déroulant en 451, avec la participation de trois cent cinquante évêques, ce Concile fut la plus importante assemblée célébrée jusqu’alors dans l’histoire de l’Eglise. Chalcédoine représente le point d’arrivée sûr de la christologie des trois Conciles œcuméniques précédents : celui de Nicée de 325, celui de Constantinople de 381 et celui d’Ephèse de 431. Au VIe siècle, ces quatre Conciles, qui résument la foi de l’Eglise antique, furent en effet déjà comparés aux quatre évangiles : c’est ce qu’affirme Grégoire le Grand dans une lettre célèbre (I, 24), dans laquelle il déclare « accueillir et vénérer, comme les quatre livres du saint Evangile, les quatre Conciles », car c’est sur eux – explique encore Grégoire – « comme sur une pierre carrée que s’élève la structure de la sainte foi ». Le Concile de Chalcédoine – repoussant l’hérésie d’Eutichios, qui niait la véritable nature humaine du Fils de Dieu – affirma l’union dans son unique Personne, sans confusion ni séparation, des deux natures humaine et divine.

Cette foi en Jésus Christ, vrai Dieu et vrai homme, était affirmée par le pape dans un important texte doctrinal adressé à l’évêque de Constantinople, qui s’intitule Tome à Flavien, qui, lu à Chalcédoine, fut accueilli par les évêques présents avec une acclamation éloquente, dont la description est conservée dans les actes du Concile : « Pierre a parlé par la bouche de Léon », s’exclamèrent d’une seule voix les Pères conciliaires. C’est en particulier de cette intervention, ainsi que d’autres effectuées au cours de la controverse christologique de ces années-là, qu’il ressort de manière évidente que le pape ressentait avec une urgence particulière la responsabilité du Successeur de Pierre, dont le rôle est unique dans l’Eglise, car « à un seul apôtre est confié ce qui est communiqué à tous les apôtres », comme affirme Léon dans l’un de ses sermons pour la fête des saints Pierre et Paul (83, 2). Et le pape sut exercer ces responsabilités, en Occident comme en Orient, en intervenant en diverses circonstances avec prudence, fermeté et lucidité à travers ses écrits et au moyen de ses légats. Il montrait de cette manière que l’exercice du primat romain était alors nécessaire, comme il l’est aujourd’hui, pour servir efficacement la communion, caractéristique de l’unique Eglise du Christ.

Conscient du moment historique dans lequel il vivait et du passage qui se produisait – à une période de crise profonde – entre la Rome païenne et la Rome chrétienne, Léon le Grand sut être proche du peuple et des fidèles à travers l’action pastorale et la prédication. Il anima la charité dans une Rome éprouvée par les famines, l’afflux des réfugiés, les injustices et la pauvreté. Il fit obstacle aux superstitions païennes et à l’action des groupes manichéens. Il relia la liturgie à la vie quotidienne des chrétiens : en unissant par exemple la pratique du jeûne à la charité et à l’aumône, en particulier
à l’occasion des Quattro tempora, qui marquent pendant le cours de l’année le changement des saisons. Léon le Grand enseigna en particulier à ses fidèles – et aujourd’hui encore ses paroles restent valables pour nous – que la liturgie chrétienne n’est pas le souvenir d’événements passés, mais l’actualisation de réalités invisibles qui agissent dans la vie de chacun. C’est ce qu’il souligne dans un sermon (64, 1-2) à propos de la Pâque, à célébrer à chaque époque de l’année « pas tant comme quelque chose de passé, mais plutôt comme un événement du présent ». Tout cela s’inscrit dans un projet précis, insiste le saint pontife : en effet, de même que le Créateur a animé par le souffle de la vie rationnelle l’homme façonné avec la boue de la terre, après le péché originel, il a envoyé son Fils dans le monde pour restituer à l’homme la dignité perdue et détruire la domination du diable, à travers la vie nouvelle de la grâce.

Tel est le mystère christologique auquel saint Léon le Grand, avec sa lettre au Concile d’Ephèse, a apporté une contribution efficace et essentielle, confirmant pour tous les temps – par l’intermédiaire de ce Concile – ce que dit saint Pierre à Césarée de Philippe. Avec Pierre et comme Pierre, il confesse : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant ». Il est donc Dieu et Homme à la fois, « il n’est pas étranger au genre humain, mais étranger au péché » (cf. Serm. 64). Dans la force de cette foi christologique, il fut un grand porteur de paix et d’amour. Il nous montre ainsi le chemin : dans la foi nous apprenons la charité. Nous apprenons donc avec saint Léon le Grand à croire dans le Christ, vrai Dieu et vrai Homme, et à réaliser cette foi chaque jour dans l’action pour la paix et dans l’amour pour le prochain.

Puis le pape a lu le résumé de sa catéchèse, en français :

Chers Frères et Sœurs,

Saint Léon le Grand fut proclamé Docteur de l’Église en 1754 par le Pape Benoît XIV. Il est le premier Pape dont nous avons conservé la prédication et que beaucoup de gens venaient écouter. Originaire de Toscane, il devient diacre vers l’an 430 et prit peu à peu un rôle de premier plan ; il fut envoyé en Gaule pour régler une situation difficile, pendant laquelle il apprit la mort du Pape Sixte III. Il fut appelé à lui succéder en 440. Son pontificat fut particulièrement délicat en raison des temps troublés : invasions barbares, affaiblissement de l’autorité impériale, longue crise sociale. L’épisode le plus célèbre de son ministère fut la rencontre avec Attila en 452 à Mantoue, signe emblématique de son action en faveur de la paix, même si Rome fut saccagée deux ans plus tard, sans cependant être brûlée.

L’action de saint Léon nous est connue par ses magnifiques sermons, où il met son éloquence au service de la vérité dans la charité. Ce Pape avait le souci de l’unité entre toutes les Églises et une grande attention à leurs besoins. Il proclama fermement sa foi en Jésus Christ, vrai Dieu et vrai homme, dans une lettre adressée à l’Évêque de Constantinople, qui fut lue au Concile de Chalcédoine et acclamée par les participants : « Pierre a parlé par la bouche de Léon ». Que le mystère de l’Incarnation du Seigneur « ne reste pas étranger au genre humain mais nous délivre du péché », affirmait-il.

Je suis heureux de vous accueillir, chers pèlerins francophones, particulièrement des séminaristes de Versailles avec leur Évêque, Monseigneur Éric Aumonier, et le groupe de l’École spéciale militaire de Saint-Cyr. Puissiez-vous professer la même foi que saint Léon dans le mystère de l’Incarnation et y trouver la joie profonde. Avec ma Bénédiction apostolique.

© Copyright du texte original plurilingue : Librairie Editrice du Vatican