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St Michel, peinture de Raphael © Wikimedia Commons / Domaine public

St Michel, peinture de Raphael © Wikimedia Commons / Domaine public

Saint Michel : la première lutte contre le mal est en nous, affirme le card. Becciu

Homélie devant la Gendarmerie vaticane (Traduction intégrale)

« La première et décisive lutte contre la force du Mal, nous devons la mener en nous », affirme le cardinal Giovanni Angelo Becciu, préfet de la Congrégation pour les causes des saints, pour la fête de saint Michel, saint patron et protecteur de la Police italienne et de la Gendarmerie vaticane, le 29 septembre 2018.

« Le dragon est  à l’intérieur de nous, a-t-il souligné en célébrant la messe au Vatican. La vie morale, notre conscience humaine et chrétienne, devient très souvent un champ de bataille où le Malin nous assiège avec le feu incendiaire de l’avidité, de l’envie, de la haine, de l’égoïsme, de la suspicion, du mépris ou du rejet de l’autre et de toutes sortes de pensées destructives. »

Et d’ajouter : « Cette guérilla spirituelle « urbaine », c’est-à-dire intérieure, se déplace souvent en terrain « extra-urbain » , celui des relations familiales, des relations professionnelles et sociales en général. Se déchaîne alors en nous une lutte inégale entre le bien que nous voulons faire et le mal qui prend le dessus parce qu’il est déguisé en ange de lumière qui trompe la liberté humaine. »

Voici notre traduction de cette homélie.

AK

Homélie du cardinal Becciu

Éminences, Excellences,
Aimables Autorités,
Chers gendarmes et agents,
Chers frères et sœurs !

C’est aujourd’hui la fête de saint Michel archange, dont la célébration est associée à celle de saint Gabriel et de saint Raphaël. En 1949, le Pape Pie XII proclama l’archange Michel patron et protecteur de la Police d’Etat italienne, pour soutenir la lutte que le policier mène chaque jour dans son engagement professionnel au service du prochain, de l’ordre et de la sécurité des personnes. La gendarmerie du Vatican reconnaît elle aussi saint Michel archange comme son saint patron. Et il est significatif que cette référence patronale commune rassemble les deux forces de police – italienne et vaticane – dans la mémoire liturgique et dans la célébration de l’Eucharistie. En contemplant l’exemple de ce Saint Patron, gendarmes et policiers sont encouragés à réfléchir sur leur vie et à renforcer leur engagement pour continuer de la meilleure façon possible leur service pour le bien de la communauté dans laquelle ils travaillent.

Dans cet esprit de partage, j’adresse mes salutations respectueuses aux autorités civiles et militaires, en particulier au ministre de l’Intérieur, le sénateur Matteo Salvini, et au chef de la police italienne, M. Franco Gabrielli. Et je salue cordialement le Commandant de la Gendarmerie pontificale M. Domenico Giani.

Dans la dévotion populaire, et principalement dans les prières adressées à saint Michel, le croyant l’invoque en utilisant cette expression ou une expression similaire : « Défends-nous dans cette lutte ardente contre toutes les forces des ténèbres et leur malice spirituelle ». Cette invocation traduit sous forme de prière ce qui est annoncé par la Parole de Dieu proclamée dans la première lecture, tirée du livre de l’Apocalypse (Ap 12,7-12a). L’archange Michel apparaît, pour ainsi dire, en plein milieu de sa mission. Cette mission est très significative. Elle a lieu dans des situations contre lesquelles il est vraiment difficile de lutter. Une lutte inégale, contre le mal et Satan, contre ce « dragon » qui, comme dit littéralement le texte biblique, « séduit le monde entier ». Donc un ange, un seul ange, contre un pouvoir universel ! Sa bataille contre le dragon rappelle la lutte entre Dieu et le malin. Le Catéchisme de l’Église catholique, au paragraphe 328, affirme que « l’existence des êtres spirituels, non corporels, que l’Écriture Sainte nomme habituellement anges, est une vérité de foi. Le témoignage de l’Écriture est aussi net que l’unanimité de la Tradition ». D’autres êtres spirituels incorporels sont présentés par l’Écriture comme des « ennemis » de Dieu et de faux amis de l’homme. En effet, la puissance du Mal utilise la stratégie de la tromperie pour mettre la haine entre l’homme et Dieu, entre l’homme et sa conscience, entre l’homme et son frère.

La première et décisive lutte contre la force du Mal, nous devons la mener en nous. Le dragon est  à l’intérieur de nous. La vie morale, notre conscience humaine et chrétienne, devient très souvent un champ de bataille où le Malin nous assiège avec le feu incendiaire de l’avidité, de l’envie, de la haine, de l’égoïsme, de la suspicion, du mépris ou du rejet de l’autre et de toutes sortes de pensées destructives. Cette guérilla spirituelle « urbaine », c’est-à-dire intérieure, se déplace souvent en terrain « extra-urbain » , celui des relations familiales, des relations professionnelles et sociales en général. Se déchaine alors en nous une lutte inégale entre le bien que nous voulons faire et le mal qui prend le dessus parce qu’il est déguisé en ange de lumière qui trompe la liberté humaine.

Le Dragon du Mal exerce aussi une action sociale de désintégration, fomentant la logique de la violence, du conflit, de l’opposition, de l’arrogance comme forme de suprématie et d’affirmation de soi, d’agression verbale et physique.

Que l’intercession de l’archange Michel nous conduise à toujours reconnaître et à faire le bien pour nous-mêmes et pour les autres, au prix de tout sacrifice, car Dieu rendra toujours ce bien par le même bien. Que Saint Michel soit pour vous un soutien et un exemple, vous surtout qui travaillez à protéger, défendre et promouvoir la justice, les règles de la coexistence civile commune et la sécurité sociale. Qu’il entretienne l’honnêteté de votre travail et votre dévouement inlassable à défendre chaque citoyen, en particulier des plus faibles.

Dans le langage courant, on appelle tant de fois « anges » les hommes et les femmes de la police pour la valeur des soins et la protection qui caractérisent leur mission. En s’arrêtant sur la figure de l’archange Michel, nous pouvons dire que la tâche que Dieu lui a confiée – lutter contre le mal – ressemble beaucoup au service que rendent la Gendarmerie vaticane et la Police d’Etat italienne : la lutte contre le mal est nécessaire pour rendre la vie de la communauté plus tranquille. Et le mal peut prendre plusieurs formes, pas nécessairement violentes, mais qui se manifestent par des comportements désordonnés et le non-respect des règles. Nous savons combien il est difficile de lutter contre le mal, il n’est pas facile de le vaincre, et nous ne pourrons le vaincre tant qu’il y aura des hommes sur terre, car le péché sera toujours présent et il y aura toujours ceux qui veulent lutter contre le bien, veulent faire du mal aux autres et à la société. Votre mission, cependant, n’est pas de combattre les personnes, mais la mauvaise conduite des gens. Tous ceux qui travaillent dans la police et les forces de l’ordre sont appelés à toujours faire la distinction entre le mal et l’homme qui fait du mal : la personne, sa dignité, mérite d’être toujours respectée, quoi qu’elle ait commis. Le péché et le crime, non, on ne saurait les accepter, ils doivent toujours être combattus de toutes nos forces. Il n’est pas toujours facile de faire la distinction entre le péché et le pécheur, entre le crime ou le méfait et celui qui les commet, mais il est nécessaire de combattre le mal et l’injustice, en mettant ceux qui commettent des erreurs dans les conditions de ne plus faire des erreurs. Vous devez toujours agir comme les anges, c’est-à-dire avec l’esprit de ceux qui sont envoyés pour construire le bien.

Le sens de cette fête consiste donc précisément à regarder saint Michel archange, afin que nous puissions tous devenir, en nous inspirant de lui, de bons anges dans notre travail quotidien. Ce n’est qu’ainsi que nous pourrons combattre de toutes nos forces le mal de la société pour l’éradiquer totalement, afin que la coexistence de la communauté civile soit une coexistence vraiment sereine, pacifique, respectueuse des lois comme des droits et de la dignité de la personne humaine, et que chacun s’engage à former une seule famille, à se mettre au service des autres pour donner vie à cette famille humaine qui se dirige ensemble vers le Royaume de Dieu.

Vous, les gendarmes, vous êtes appelés à une tâche importante en matière de sécurité et d’ordre public. Votre présence discrète et vigilante assure la tranquillité et le bon déroulement des activités du Saint-Père et de l’État de la Cité du Vatican.

Je voudrais également souligner que votre précieux travail se réalise grâce à une coopération fructueuse et à une synergie efficace avec la Garde suisse pontificale, ainsi qu’avec les forces de police d’autres États, en particulier l’Italie, dont nous sommes reconnaissants aux institutions pour la généreuse disponibilité, qu’elles manifestent aussi à l’occasion des voyages apostoliques du Saint-Père. J’espère que vous pourrez utiliser de plus en plus cette méthode de travail efficace, grâce à un échange fructueux d’expériences et d’informations. La sécurité, en effet, est un bien précieux qui se réalise grâce à un travail d’équipe constant et à une action pondérée et articulée. Cela exige non seulement une préparation physique et intellectuelle, mais aussi une préparation spirituelle. Je vous exhorte donc à puiser dans la prière et les sacrements la force d’être toujours bien équipés face aux problèmes et aux événements imprévus.

Chers gendarmes, chers hommes de la police, merci pour le dévouement parfois caché dans la vie quotidienne et la fidélité de tant de vos gestes ! Merci de tout cœur pour la manière dont vous accomplissez votre tâche, lourde et précieuse. Une tâche qui doit être accompagnée, et c’est pourquoi vous avez choisi saint Michel comme patron. Il vous rappelle, il nous rappelle que le mal n’a pas le dernier mot et que, comme disait saint Jean Paul II, la limite imposée au mal est la miséricorde. Celle-ci se manifeste pour vous comme un don et un devoir. Comme un don à travers une Personne, le Seigneur qui croise votre regard, de la même manière que dans l’Évangile d’aujourd’hui (Jn 1, 47-51), où Nathanaël se sent « regardé » et « connu » – donc aimé – par Jésus. C’est le sens de la célébration si significative d’aujourd’hui qui voit la Gendarmerie du Vatican et la Police italienne réunies dans la prière, et c’est mon souhait aux représentants de ces deux dignes institutions : savoir « regarder » chaque créature avec amour, à l’imitation de Jésus, pour réussir à la défendre du mal, comme saint Michel le fait. Afin qu’Il veille sur vous, pour vous rendre capables de veiller sur tous !

Traduction de Zenit, Océane Le Gall

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