Maristes: « l’éducation est une affaire de cœur », écrit le pape

Lettre pour le bicentenaire de la fondation de la Congrégation

Maristes dans le monde, capture vidéo

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« L’éducation est une affaire de cœur » et cela la rend « sublime », écrit le pape François dans une lettre à la famille mariste, à l’occasion du bicentenaire de la fondation de la Congrégation (1817-2017). Il salue « une grande histoire de dévouement en faveur des enfants et des jeunes (…) pour qu’ils deviennent de bons citoyens et, surtout, de bons chrétiens ».

« Être appelés à cultiver exige avant tout de se cultiver soi-même, souligne le pape dans le message publié par le Saint-Siège le 20 avril. Le religieux éducateur doit prendre soin de son champ intérieur, de ses réserves humaines et spirituelles ». Le site internet des maristes donne une traduction de la lettre en français.

Le pape François invite à « faire confiance à Marie et se laisser guider par elle dans son humilité et service, sa promptitude et son dévouement silencieux » : « ce sont des attitudes que le bon religieux et l’éducateur doivent transmettre par leur exemple », affirme-t-il.

Ainsi, ajoute-t-il, « les jeunes reconnaîtront dans votre manière d’être et d’agir qu’il y a quelque chose d’extraordinaire et ils comprendront qu’il vaut la peine n’ont seulement d’apprendre ces valeurs mais surtout de les intérioriser et de les imiter ».

Les maristes, fondés en France par Marcellin Champagnat (1789-1840) sont aujourd’hui plus de 3.500 frères, dans 81 pays sur cinq continents. Leurs écoles et structures éducatives bénéficient à plus de 754.000 enfants et jeunes.

AK

Lettre du pape François

Au frère Emili Turú Rofes

Supérieur général des Frères Maristes

Cher Frère,

Il m’est agréable de vous saluer et à travers vous toute la famille Mariste, à l’occasion du bicentenaire de la fondation de votre Congrégation, pendant lequel vous célébrerez le 22ème Chapitre général qui aura lieu en Colombie. Vous avez désiré préparer cet événement avec comme devise « un nouveau commencement » ; en elle se trouve résumé tout un programme de rénovation qui suppose de regarder le passé avec reconnaissance, de discerner le présent et de s’ouvrir à l’avenir avec espérance.

La gratitude est le premier sentiment qui jaillit du cœur. Cette attitude de reconnaissance est nécessaire pour apprécier les grandes œuvres que Dieu a faites à travers vous. De même, rendre grâce nous fait du bien ; cela nous aide à nous reconnaître petits aux yeux du Seigneur et débiteurs d’une tradition qui nous a été donnée sans avoir rien fait de notre part. Vous appartenez à une grande famille riche de témoins qui ont su donner leur vie par amour pour Dieu et le prochain avec cet esprit de fraternité qui caractérise la Congrégation et qui voit dans l’autre « un frère bien-aimé pour moi » (Phm 16). Ces deux siècles d’existence se sont transformés à leur tour en une grande histoire de dévouement en faveur des enfants et des jeunes que vous avez accueillis dans les cinq continents et que vous avez formés pour qu’ils deviennent de bons citoyens et, surtout, de bons chrétiens. Ces œuvres de bien sont l’expression de la bonté et de la miséricorde de Dieu qui, malgré nos limites et nos maladresses, n’oublie jamais ses enfants.

Cependant il ne suffit pas de contempler le passé ; il est aussi nécessaire de discerner le moment présent. Il est juste de vous examiner et il est bon de le faire à la lumière de l’Esprit. Discerner c’est reconnaître avec objectivité et charité l’état actuel en le confrontant avec l’esprit de fondation. Saint Marcellin Champagnat fut un novateur pour son temps dans le domaine de l’éducation et de la formation. Lui-même a fait l’expérience de la nécessité de l’amour pour pouvoir mettre en valeur les capacités que chaque enfant porte cachées en lui. Votre saint Fondateur disait : « l’éducation est pour l’enfant ce que la culture est pour le champ. Si bon que soit celui-ci, s’il n’est pas labouré, il ne produit que des ronces et des mauvaises herbes ». La tâche de l’éducateur est un dévouement constant qui demande le sacrifice ; cependant l’éducation est une affaire de cœur et cela la rend différente et sublime. Être appelés à cultiver exige avant tout de se cultiver soi-même. Le religieux éducateur doit prendre soin de son champ intérieur, de ses réserves humaines et spirituelles, afin de pouvoir sortir pour semer et cultiver le terrain qui lui a été confié. Vous devez être conscients que le terrain que vous travaillez et façonnez est « sacré », en y voyant l’amour et l’empreinte de Dieu. Par ce dévouement et cet effort, fidèles à la mission reçue, vous contribuerez à l’œuvre de Dieu qui vous appelle à être de simples instruments entre ses mains.

Enfin, je vous encourage à vous ouvrir à l’avenir dans l’espérance, cheminant avec un esprit renouvelé ; ce n’est pas une route différente, mais elle vivifiée dans l’Esprit. La société d’aujourd’hui a besoin de personnes solides dans leurs principes qui puissent rendre témoignage de ce qu’elles croient et construire ainsi un monde meilleur pour tous. Sur ce chemin, vous serez guidés par la devise de votre Institut religieux qui est tout un projet de vie : « Tout à Jésus par Marie, tout à Marie pour Jésus ». C’est faire confiance à Marie et se laisser guider par elle dans son humilité et service, sa promptitude et son dévouement silencieux ; ce sont des attitudes que le bon religieux et l’éducateur doivent transmettre par leur exemple.

Les jeunes reconnaîtront dans votre manière d’être et d’agir qu’il y a quelque chose d’extraordinaire et ils comprendront qu’il vaut la peine n’ont seulement d’apprendre ces valeurs mais surtout de les intérioriser et de les imiter. Marie les accompagnera dans ce projet et, à son côté, ils répondront à leur vocation, contribuant ainsi à créer une humanité toujours et continuellement renouvelée, où le faible et le marginal seront appréciés et aimés. Cet avenir qu’ils désirent et auquel ils rêvent n’est pas une illusion : il se construit dès aujourd’hui en disant « oui » à la volonté de Dieu avec la certitude que lui, en bon Père, ne décevra pas notre espérance.

Je remercie le Seigneur et Marie, Notre Bonne Mère – comme saint Marcellin aimait l’appeler – pour la présence dans l’Église de votre vocation et service, et je demande pour vous le don de l’Esprit Saint afin que, dans sa mouvance, vous conduisiez les enfants et les jeunes, ainsi que tous les nécessiteux, vers la proximité et la tendresse de Dieu.

Du Vatican, le 10 avril 2017

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