«Le Cardinal Ratzinger à Kiev…», par A.-M. Pelletier (6/6)

Pour une « anthropologie de la confiance »

2015-04-16 Taizé en Ukraine, courtoisie de Taizé

2015-04-16 Taizé en Ukraine, courtoisie de Taizé

« Ce qui se vit sous l’inspiration du Professeur Sigov, en conjoignant labeur intellectuel, confiance œcuménique et construction d’un avenir de fraternité européenne, fait partie de l’histoire profonde de notre temps que Dieu habite et conduit », fait observer Mme Pelletier qui met en évidence deux clefs de lecture de Constantin Sigov: « La transformation de l’expérience de la guerre en œuvres de miséricorde », et une « anthropologique de la confiance ».

Dans « Le Cardinal Ratzinger à Kiev… », Anne-Marie Pelletier rend hommage au pape émérite Benoît XVI à l’occasion de ses 90 ans – à Pâques, le 16 avril 2017 -, aux côtés de douze autres lauréats du Prix Joseph Ratzinger depuis sa création en 2011, dans un volume inspiré par la devise épiscopale puis pontificale de Joseph Ratzinger : « Cooperatores veritatis ».

Le volume est édité sous la direction du p. Federico Lombardi, président de la Fondation vaticane Joseph Ratzinger – Benoît XVI, et de Pierluca Azzaro, secrétaire de la Fondation. Le livre a été présenté à la presse à Rome, à l’Augustinianum, jeudi 6 avril,

Nous publions ici, avec l’aimable autorisation de l’auteur, le cinquième de six volets de la réflexion de Mme Pelletier qui touche à un pan important de l’enseignement de Joseph Ratzinger-Benoît XVI : les fondements et l’avenir de l’Europe.

La première partie a été publiée le 7 avril, et la deuxième le 8 avril, la troisième le 9 avril, la quatrième, le 10 avril, la cinquième, le 11 avril.

 

David contre Goliath

Il reste que les chrétiens d’Ukraine que nous évoquons ici éprouvent eux-mêmes au plus haut point leur fragilité et la modestie de leur labeur, dans un pays en guerre, plus que jamais menacé et vulnérable, sous le chantage de l’injonction « Ayez peur! » d’un voisin bien connu et plus que jamais conquérant. Aussi est-ce la référence biblique à David et Goliath qui vient à C. Sigov, lors d’une conférence de 2015, où il évoque la résistance qui se vit à travers les « volontaires de l’espoir »[1].

Il interroge la démarche du jeune David sortant du rang pour se porter contre Goliath et il écrit : « Nous avons du mal à imaginer combien ce drame fut intense, et le prix qu’était prêt à payer cet étrange volontaire. Nous ne voulons pas voir l’abîme qu’il regarde. Nous nous réfugions derrière les œillères de ce que nous savons des happy ends. Mais la Bible n’est pas un recueil d’énigmes avec la réponse à la fin. La question de la vie et de la mort de chaque participant à la bataille n’a pas de réponse triviale. Où est le Créateur à l’heure du danger mortel que court sa créature unique ? Quelle main soutient l’homme qui sort de la foule pour porter sa vie en croix et la donner à ses frères ? Qui David défend-il ? Ses frères. Ses amis ? Son peuple ? Pas seulement : David défend l’espoir ».

La vérité qui se joue ici est la dialectique totalement divine, et pour cela absolument paradoxale, de la force et de la faiblesse, telle que la déclare saint Paul (2 Co 12,10) et que l’exprime Fides et ratio : « La sagesse de l’homme refuse de voir dans sa faiblesse la condition de sa force ». Mais, remarquait Simone Weil, « il n’y a qu’un choix à faire. Ou il faut apercevoir à l’œuvre dans l’univers, à côté de la force, un principe autre qu’elle, ou il faut reconnaître la force comme maîtresse unique et souveraine des relations humaines aussi » et elle ajoutait : « Si la force est absolument souveraine, la justice est absolument irréelle. Mais elle ne l’est pas. Nous le savons expérimentalement. Elle est réelle au fond du cœur des hommes »[2].

A Taizé, quelques mois plus tard, en septembre 2015, C. Sigov évoque de nouveau « la transformation de l’expérience de la guerre en œuvres de miséricorde » associant à Kiev, autour de lui, réflexion intellectuelle, formation humaine et secours matériel. Il célèbre alors « La confiance vulnérable et le « chant nouveau » de Taizé ». Ce faisant, il plaidera pour une « anthropologique de la confiance », dans laquelle il voit le secret de Taizé, porté dès le départ par la vie du frère Roger avec ses audaces et sa fécondité. Il plaide pour cette confiance, qu’il perçoit comme le message divinement inscrit dans la liturgie de ce lieu béni. Une confiance qui s’élève du chant écrit pour Taizé par son ami le musicien Valentin Silvestrov. Comme lors des Assumption Readings de Kiev, c’est aussi la polyphonie de l’œcuménisme qui s’exprime en ce lieu : « Là, comme un organisme vivant, un ferment prend peu à peu dans la pâte de l’histoire. Témoin d’une autre histoire, celle du monde à l’envers des Béatitudes, celle de ces pauvres, de ces ignorés qui pourtant empêchent les Hérode et les Pilate de détruire l’humanité »[3].

Envoi

Cette conférence prononcée à Taizé nous ramène aux Children of hope, puisqu’elle était aussi hommage à l’hospitalité des frères. Ce sont ces enfants de la réconciliation et de l’avenir qui ont été l’occasion de ce que l’on vient de lire. Nous avons voulu simplement recueillir et acheminer jusqu’au pape Benoît les applaudissements qui ont retenti dans la lointaine Ukraine, un soir de belle convivialité chrétienne, lorsque fut mentionnée la fondation Ratzinger qui, à travers notre prix, avait épaulé l’entreprise d’hospitalité spirituelle autant que matérielle, dont les familles de réfugiés du Donbass présentes avaient bénéficié.

Evénement minuscule, mais qui, en cela même, s’accorde assez bien avec ce que les Ecritures enseignent des manières de Dieu et des lieux qu’il fréquente avec prédilection. C’est la même raison qui nous fait croire que ce qui se vit sous l’inspiration du Professeur Sigov, en conjoignant labeur intellectuel, confiance œcuménique et construction d’un avenir de fraternité européenne, fait partie de l’histoire profonde de notre temps que Dieu habite et conduit.

[1] . C. Sigov, « Les Volontaires de l’espoir, de David à nos contemporains », Rencontres de Rimini, août 2015.

[2] . Simone Weil, L’enracinement, Paris, Gallimard, 1949, cité par Bertrand Saint-Sernin, L’action politique selon Simone Weil, Paris, Cerf, 1988, p. 112.

[3] . Olivier Clément, Taizé, Un sens à la vie, Paris, 1997.

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