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L’enfant révèle ce qu’est l’être humain

Par le P. Olivier Bonnewijn

Propos recueillis par Anne Kurian

ROME, mardi 31 juillet 2012 (ZENIT.org) – « L’enfant révèle l’humain dans ce qu’il a de plus fondamental » car « il vit dans et par la relation ». Telle est la certitude du P. Bonnewijn : « L’homme est un être relationnel et l’enfant manifeste cette réalité à un degré très pur ».

Le P. Olivier Bonnewijn diocèse de Malines-Bruxelles, est docteur en théologie de l’Institut pontifical Jean-Paul II pour les études sur le mariage et la famille. Vicaire épiscopal à la formation, il enseigne la théologie morale à l’Institut d’études théologiques.

Il écrit par ailleurs des mini-romans pour les 11-12 ans, « les aventures de Jojo et Gaufrette », nés de ses nombreux services auprès d’enfants, lors de retraites, camps, scoutisme. Ces aventures ont un tel succès qu’elles vont être publiées en anglais à partir de Noël 2012.

Le P. Bonnewijn a accordé cet entretien à Zenit, dans lequel il évoque le monde des enfants, leurs caractéristiques, leur spiritualité.

Zenit – Pourquoi écrivez-vous des livres pour enfants ?

P. Olivier Bonnewijn – Pour donner Dieu à travers des histoires. Pour me réjouir avec les enfants de la beauté de la vie, dans les petites comme dans les grandes choses. Pour en explorer son mystère, sans en évacuer le tragique. Pour apprendre à regarder ce qui se cache dans le quotidien. Pour accompagner joyeusement les enfants sur le chemin de leur existence, avec ses mille et une questions. Pour jouer, d’une certaine manière, avec eux. Pour affronter avec eux certaines épreuves. Car les enfants passent naturellement par des moments de souffrance et d’angoisse, parfois redoutables. Ces histoires peuvent les aider à les traverser. Comment ? En mettant des mots, des images et des récits à sa disposition pour exprimer ce qu’ils ressentent, en leur montrant qu’ils ne sont pas seuls à vivre dans telle ou telle et telle situation, en les invitant délicatement à toujours garder confiance en Dieu et dans la bonté de la vie.

J’ai eu beaucoup de chances qu’Amandine Wanert accepte d’illustrer chacun de ces douze mini-romans. Avec un talent plein de fraîcheur et d’inventions, ses dessins communient admirablement au monde des enfants : expressions très fines et suggestives des visages, posters de chevaux dans la chambre de Gaufrette, course-poursuite dans une cours de récréation, cabane de Jojo dans un sapin, accessoires de vélo ou tube de dentifrice.

Vous ajoutez aussi des questions/réponses à la fin des histoires ?

Oui. Elles ont pour but d’éveiller et d’approfondir l’intelligence des enfants sur les thèmes abordés dans les histoires : l’amitié, les distractions dans la prière, le divorce, la rencontre de Dieu de plusieurs façons, l’origine de la vie, la victoire sur la tristesse, la rédemption à travers la mort et la résurrection, le discernement des désirs, l’Eglise, le sacrement de réconciliation, l’appel à la vie consacrée, la personne handicapée. Je suggère des pistes de réflexion sans donner des solutions toute faites. Une grande place est laissée à l’imagination de l’enfant, à sa recherche personnelle – aidée ou non par ses parents ou éducateurs -, à ses interrogations.

D’après les échos reçus, plusieurs parents, enseignants et même adolescents sont également touchés par ces histoires, y compris parmi ceux qui ne partagent pas la foi chrétienne. Une des raisons de cet intérêt, je pense, réside dans le fait qu’il ne s’agit pas de pure fiction. Je récolte des « perles » auprès d’enfants et de situations bien réels. J’assemble ensuite ces « perles » à l’intérieur d’une intrigue solidement nouée autour de Jojo et de Gaufrette, des jumeaux de onze ans, qui évoluent avec leur sœur Prune, leur frère Bouloche et leurs multiples amis dans le cadre d’une famille qui s’aime … et qui se dispute parfois.

L’histoire de Gaufrette et du pape, dans « Place Saint-Pierre » est aussi une histoire vraie ?

Oui. Lorsque je faisais mes études à Rome, je logeais dans une maison d’accueil pour jeunes. J’y ai rencontré un couple américain avec leurs deux enfants adoptés. L’un d’eux, Jessica âgée de dix ans, avait l’habitude de prier pour le pape – à l’époque c’était Jean-Paul II – tous les jours, sans que personne ne le lui ait jamais demandé. Cette famille s’est rendue à une audience générale place Saint-Pierre et a remis à un garde suisse une lettre de Jessica pour le Saint-Père. A la fin de l’audience, le pape s’est soudain dirigé vers cette famille perdue au milieu de la foule et a demandé en anglais : « C’est vous le père de Jessica ? » Puis il s’est penché vers l’enfant et a échangé avec elle quelques paroles. Ravie, Jessica trouvait cela tout à fait normal. Ravis également mais stupéfaits, les parents sont allés interroger le garde suisse. Ce dernier leur a simplement répondu en haussant les épaules : « Avec le pape, on voit de temps en temps des choses déconcertantes. » Voilà les faits ! Au lecteur d’essayer de comprendre.

Qu’est-ce qui vous touche le plus dans la spiritualité des enfants?

L’enfant porte en lui un mystère magnifique : infinie vulnérabilité à l’amour, intelligence assez intuitive directement connectée sur le cœur et l’affectivité, joie de vivre quand tout va bien, réelle liberté, grande disponibilité intérieure, sens aigu de la justice. Bien sûr, il ne faut pas idéaliser : un enfant peut à certains moments être très dur et même cruel. Mais tout de même, quelle splendeur ! Personnellement, je suis particulièrement émerveillé de découvrir à quel point combien chaque enfant est unique, combien il a son génie et son histoire propres. Lorsque j’ai donné un cours d’anthropologie à Rome, comme professeur invité à l’Institut Jean-Paul II pour le mariage et la famille, j’ai proposé comme titre : « théologie de l’enfance ». Car selon moi, l’enfant révèle l’humain dans ce qu’il a de plus fondamental. Il vit dans et par la relation. C’est là sa première richesse, et quand celle-ci vient à manquer ou à être pervertie, c’est une vraie catastrophe. Avant d’être un agrégat de pulsions, un cogito rationnel, un travailleur, un acteur économique, un consommateur, un désir de puissance – tout cela est partiellement vrai -, l’homme est un être relationnel et l’enfant manifeste cette réalité à un degré très pur. Ce n’est pas pour rien que le Christ déclare : « Si vous ne changez pas pour devenir comme les petits enfants, vous n’entrerez point dans le Royaume des cieux. » (Mt 18,3)

Est-ce que la société a conscience de ce qu’est un enfant aujourd’hui ?

Vaste question ! Aujourd’hui, il y a beaucoup d’éléments très positifs à ce sujet, tant d’un point de vue éducatif, spirituel, psychologique que social. Que de découvertes ! Que de progrès réalisés en moins d’un siècle ! Cependant, force est de reconnaître que la crise à laquelle la famille est confrontée actuellement cause de graves dommages auprès de bien des enfants.

Que pensez-vous des rencontres de Benoît XVI avec des enfants ces derniers mois, au Bénin et au Mexique ?

Le Saint-Père a une capacité prodigieuse de s’adresser aux enfants, dans une limpidité, une proximité, une simplicité et une profondeur exceptionnelles. Il les prend très au sérieux, sans en faire des adultes en miniature et sans les infantiliser. Il les aime et s’adresse à eux comme un père et même comme un grand frère. Il leur communique la joie et l’audace de grandir dans la vérité. Et il compte beaucoup sur leurs prières.

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