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Homélie de Benoît XVI pour la canonisation des six bienheureux le 17 octobre

 ROME, Lundi 18 octobre 2010 (ZENIT.org) – Nous publions ci-dessous le texte de l’homélie prononcée par Benoît XVI lors de la messe de canonisation des six bienheureux suivants, dimanche 17 octobre : Stanisław Kazimierczyk Sołtys, Prêtre de l’Ordre des Chanoines régulier de Latran, André(Alfred) Bessette, Religieux de la Congrégation de la Sainte Croix, Cándida María de Jesús (Juana Josefa) Cipitria y Barriola, Vierge fondatrice de la Congrégation des Filles de Jésus, Mary of the Cross (Mary Helen) MacKillop, Vierge fondatrice de la Congrégation des Soeurs de Saint Joseph du Sacré-Coeur, Giulia Salzano, Vierge fondatrice de la Congrégation des Soeurs catéchistes du Sacré-Coeur de Jésus, Battista Camilla Da Varano, Vierge de l’Ordre de Sainte Claire.

HOMÉLIE DE BENOIT XVI

Chers frères et soeurs,
Aujourd’hui, Place Saint-Pierre, se renouvelle la fête de la sainteté. C’est avec joie que je vous souhaite cordialement la bienvenue, à vous qui êtes arrivés ici, même de très loin, pour y prendre part. J’adresse mes salutations particulières aux Cardinaux, aux Évêques et aux Supérieurs Généraux des Instituts fondés par les nouveaux Saints, tout comme aux délégations officielles et à l’ensemble des autorités civiles. Ensemble, cherchons à accueillir ce que le Seigneur vient de nous dire dans les Saintes Écritures qui viennent d’être proclamées. La liturgie de ce Dimanche nous offre un enseignement fondamental: la nécessité de toujours prier, sans jamais se lasser. Parfois, nous nous lassons de prier, nous avons l’impression que la prière n’est pas si utile à la vie, qu’elle est peu efficace. C’est pourquoi, nous sommes tentés de nous consacrer à l’activité, d’employer tous les moyens humains afin d’atteindre nos objectifs, et nous ne faisons pas recours à Dieu. Jésus en revanche affirme qu’il faut toujours prier et Il le fait au travers d’une parabole particulière (cf. Lc 18, 1-8).

Elle parle d’un juge qui ne craint pas Dieu et n’a de considération pour personne, un juge qui n’a aucune attitude positive, mais qui recherche seulement son propre intérêt. Il ne craint pas le jugement de Dieu et ne respecte pas son prochain. L’autre personnage est une veuve, une personne qui se trouve en situation de faiblesse. Dans la Bible, la veuve et l’orphelin sont les catégories les plus nécessiteuses, parce que sans défense et privées de moyens. La veuve va voir le juge et lui demande justice. Ses possibilités d’être écoutée sont presque nulles, parce que le juge la méprise et elle ne peut faire aucune pression sur lui. Elle ne peut pas non plus faire appel à ses principes religieux parce que le juge ne craint pas Dieu. Cette veuve semble donc privée de toute possibilité. Mais elle insiste, elle demande sans se lasser. Elle est importune et ainsi, à la fin, elle réussit à obtenir le résultat du juge. C’est à ce moment-là que Jésus fait une réflexion en utilisant l’argument a fortiori: si un juge inique se laisse, à la fin, convaincre par la prière d’une veuve, d’autant plus Dieu, qui est bon, exaucera celui qui le prie. Dieu, en effet, est la générosité en personne, Il est miséricordieux et Il est donc toujours disposé à écouter les prières. Donc, nous ne devons jamais désespérer, mais persévérer toujours dans la prière.

La conclusion de la péricope évangélique parle de la foi: « le Fils de l’homme, quand il viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre ? » (Lc 18, 8). C’est une question qui veut susciter en nous une augmentation de foi. Il est en effet clair que la prière doit être expression de foi, autrement il ne s’agit pas d’une authentique prière. Si un homme ne croit pas en la bonté de Dieu, il ne peut pas prier de manière vraiment adaptée. La foi est essentielle comme fondement de l’attitude de prière. C’est ce qu’ont fait les six nouveaux Saints qui sont aujourd’hui proposés à la vénération de l’Église universelle: Stanislaw Soltys, André Bessette, Cándida María de Jesús Cipitria y Barriola, Mary of the Cross MacKillop, Giulia Salzano et Battista Camilla Da Varano.

Saint Stanislaw Kazimierczyk, religieux du XVème siècle, peut être pour nous aussi un exemple et un intercesseur. Toute sa vie est liée à l’Eucharistie. Tout d’abord dans l’église du Corpus Domini de Kazimierz, dans l’actuelle Cracovie, où, aux côtés de sa mère et de son père, il apprit la foi et la piété; où il prononça ses voeux religieux près les Chanoines Réguliers; où il travailla comme prêtre et éducateur, attentif au soin des nécessiteux. Il était cependant particulièrement lié à l’Eucharistie au travers de l’amour ardent pour le Christ présent sous les espèces du pain et du vin; en vivant le mystère de la mort et de la résurrection, qui, sans effusion de sang, s’accomplit durant la Sainte Messe; au travers de la pratique de l’amour du prochain, dont la source et le signe est la Communion.
Frère André Bessette, originaire du Québec, au Canada, et religieux de la Congrégation de la Sainte-Croix, connut très tôt la souffrance et la pauvreté. Elles l’ont conduit à recourir à Dieu par la prière et une vie intérieure intense. Portier du collège Notre Dame à Montréal, il manifesta une charité sans bornes et s’efforça de soulager les détresses de ceux qui venaient se confier à lui. Très peu instruit, il a pourtant compris où se situait l’essentiel de sa foi. Pour lui, croire signifie se soumettre librement et par amour à la volonté divine. Tout habité par le mystère de Jésus, il a vécu la béatitude des cœurs purs, celle de la rectitude personnelle. C’est grâce à cette simplicité qu’il a permis à beaucoup de voir Dieu. Il fit construire l’Oratoire Saint Joseph du Mont Royal dont il demeura le gardien fidèle jusqu’à sa mort en 1937. Il y fut le témoin d’innombrables guérisons et conversions. «Ne cherchez pas à vous faire enlever les épreuves» disait-il, «demandez plutôt la grâce de bien les supporter». Pour lui, tout parlait de Dieu et de sa présence. Puissions-nous, à sa suite, rechercher Dieu avec simplicité pour le découvrir toujours présent au cœur de notre vie ! Puisse l’exemple du Frère André inspirer la vie chrétienne canadienne !

Lorsque le Fils de l’Homme viendra pour rendre justice aux élus, trouvera-t-il la foi sur la terre?(cf. Lc 18,8). Aujourd’hui nous pouvons dire que oui, avec soulagement et fermeté, en contemplant des figures comme celles de Mère Cándida Maria de Jesús Cipitria y Barriola . Cette jeune fille d’origines modestes, avec un coeur dans lequel Dieu mit son sceau et qui, très rapidement, la fit se décider, grâce à l’aide de ses directeurs spirituels jésuites, à prendre la ferme résolution de vivre « uniquement pour Dieu ». Une décision qu’elle maintiendra fidèlement, comme elle s’en souviendra elle-même lorsqu’elle sera sur le point de mourir. Elle vécut pour Dieu et pour ce qu’Il désire le plus: parvenir à tous, porter à tous l’espérance qui ne vacille pas, tout spécialement à ceux qui en ont le plus besoin. « Là où il n’y a pas de place pour les pauvres, il n’y en a pas non plus pour moi » disait la nouvelle Sainte qui, avec des ressources limitées, réussit à entraîner les autres Soeurs à suivre Jésus et à se consacrer à l’éducation et à la promotion de la femme. C’est ainsi que naquirent les Filles de Jésus, qui trouvent aujourd’hui en leur fondatrice un modèle de vie très élevé à imiter, et une mission passionnante à poursuivre dans les nombreux pays où sont arrivés l’esprit et le désir ardent d’apostolat de Mère Cándida. 

« Souviens-toi de qui étaient tes enseignants – c’est à partir d’eux que tu peux apprendre la sagesse qui conduit au salut à travers la foi au Christ Jésus ». Pendant de nombreuses années, d’innombrables jeunes, dans toute l’Australie, ont été bénis par des enseignants qui étaient inspirés par le courageux et saint exemple de zèle, de persévérance et de prière de Mère Mary MacKillop. Elle se consacra comme jeune femme à l’éducation des pauvres sur le terrain difficile et prenant de l’Australie rurale, inspirant d’autres femmes à la rejoindre dans ce qui fut la première communauté de religieuses du pays. Elle pourvut aux besoins de chaque jeune qui lui était confié, sans considérer ni sa condition ni sa richesse, lui fournissant une formation aussi bien intellectuelle que spirituelle. Malgré de nombreux défis, ses prières à Saint Joseph et son inépuisable dévotion au Sacré-Coeur de Jésus, auquel elle dédia sa nouvelle congrégation, ont donné à cette sainte femme les grâces nécessaires pour rester fidèle à Dieu et à l’Église. Par son intercession, que les disciples d’aujourd’hui continuent à servir Dieu et l’Église avec foi et humilité! 

Dans la seconde moitié du XIXème siècle, en Campanie, dans le sud de l’Italie, le Seigneur appela une jeune institutrice, Giulia Salzano, et en fit une apôtre de l’éducation chrétienne, fondatrice de la Congrégation des Soeurs catéchistes du Sacré-Coeur de Jésus. Mère Giulia comprit bien l’importance de la catéchèse dans l’Église et, en unissant la préparation pédagogique à la ferveur spirituelle, elle se consacra à celle-ci avec générosité et intelligence, contribuant ainsi à la formation de personnes de tous les âges et de tous les milieux sociaux. Elle répétait à ses consoeurs qu’elle désirait faire le catéchisme jusqu’à la dernière heure de sa vie, démontrant de tout son être que si « Dieu nous a créé pour Le connaître, L’aimer et Le servir en cette vie », il ne fallait rien faire passer avant cette mission. Que l’exemple et l’intercession de Sainte Giulia Sarzano soutiennent l’Église dans son éternelle mission d’annoncer le Christ et de former d’authentiques consciences chrétiennes.

Sainte Battista Camilla Varano, moniale clarisse du XVème siècle, témoigna jusqu’au bout le sens évangélique de la vie, spécialement en persévérant dans la prière. Entrée à 23 ans au monastère d’Urbino, elle s’inséra en protagoniste dans ce vaste mouvement de réforme de la spiritualité féminine franciscaine qui entendait pleinement récupérer le charisme de Sainte Claire d’Assise. Elle promut de nouvelles fondations monastiques à Camerino, où elle fut plusieurs fois élue abbesse, à Fermo et à San Severino. La vie de Sainte Battista, totalement immergée dans les profondeurs divines, fut une ascension constante dans la voie de la perfection, avec un amour héroïque envers Dieu et le prochain. Elle fut marquée par de grandes souffrances et des consolations mystiques. Elle avait en effet décidé, comme elle l’écrit elle-même, d' »entrer dans le Très-Saint-Coeur de Jésus et de se noyer dans l’océan de ses très dures souffrances ». À une époque où l’Église souffrait d’un relâchement des moeurs, elle parcourut de manière décidée la voie de la pénitence et de la prière, animée par l’ardent désir de renouvellement du Corps mystique du Christ.

Chers frères et soeurs, rendons grâce au Seigneur pour le don de la sainteté, qui resplendit dans l’Église et transparaît aujourd’hui sur le visage de ces frères et soeurs. Jésus invite aussi chacun d’entre nous à Le suivre pour avoir en héritage la Vie éternelle. Laissons-nous attirer par ces exemples lumineux, laissons-nous conduire par leurs enseignements, afin que notre existence soit un cantique de louange à Dieu. Que la Vierge Marie et l’intercession des six nouveaux Saints que nous vénérons aujourd’hui avec joie, nous obtiennent cette grâce. Amen.

[Texte original: plurilingue] 

© Copyright : Libreria Editrice Vaticana

Traduction distribuée par la secrétairerie générale du Synode

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