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Comité juif américain 8/3/2019 © Vatican Media

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Dialogue judéo-chrétien: l’antisémitisme, une « contradiction absolue », pour un chrétien (traduction complète)

Devant le Comité juif américain, l’histoire d’une mézouza

Le pape François dit son inquiétude face à la montée de l’antisémitisme dans le monde, à l’occasion de l’audience accordée à l’American Jewish Committee: l’antisémitisme est une « contradiction absolue » pour un chrétien.

Il raconté a contrario l’enseignement d’un père à ses enfants, catholiques, sur la mézouza que les juifs apposent au chambranle de l’entrée d’une demeure: ce boîtier contient deux passages du livre du Deutéronome (6:4-9 et 11:13-21).

Le pape François a reçu en audience une délégation du « Comité juif américain » ce vendredi 8 mars 2019, dans la Salle du Consistoire du Palais apostolique du Vatican, en présence notamment du cardinal Kurt Koch, président de la Commission vaticane et du rabbin David Rosen qui a aussi participé à la rencontre du Vatican sur les religions, le développement durable et l’environnement.

Le 4 mars dernier, l’AJC avait salué la décision du pape François d’ouvrir les archives du pontificat de Pie XII.

« Je répète que, pour un chrétien, toute forme d’antisémitisme représente une négation de ses propres origines, une contradiction absolue », a déclaré le pape une nouvelle fois.

Le pape François a rappelé la présence, en tant qu’observateur, du rabbin Abraham J. Heschel au Concile Vatican II et a souligné que l’engagement de ce Comité « en faveur du dialogue judéo-chrétien » était « aussi ancien que la Déclaration Nostra aetate, jalon sur notre chemin de redécouverte fraternelle ».

Il a invité à cultiver encore ces bonnes relations entre juifs et chrétiens: « Cultiver dans le temps de bonnes relations fraternelles est un don et en même temps un appel de Dieu », a déclaré le pape. C’est un appel, a-t-il précisé, à « construire une atmosphère de foyer, de famille, en choisissant de toutes nos forces l’amour divin, qui inspire le respect et l’estime de la religiosité des autres ». En effet, a poursuivi le pape, « à une époque où l’Occident est exposé à une sécularisation dépersonnalisante, il appartient aux croyants de chercher à collaborer pour rendre plus visible l’amour divin pour l’humanité ».

Le pape a aussi rendu hommage aux femmes, en ce 8 mars, soulignant leur « contribution irremplaçable » dans « l’édification d’un monde où tout le monde est chez soi ». « Si l’avenir nous tient à cœur », a-t-il insisté, « si nous rêvons d’un avenir de paix, il faut donner de la place à la femme ». Il a aussi mis l’accent sur l’importance de former les jeunes au dialogue judéo-chrétien : « Désireux de rêver et ouverts à la découverte de nouveaux idéaux », a-t-il affirmé, « ils attendent d’être impliqués de manière plus intense » au service de l’humanité et dans le dialogue interreligieux.

Voici notre traduction du discours du pape François, prononcé en italien.

HG

Comité juif américain 8/3/2019 © Vatican Media

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Discours du pape François

Chers amis,

Je vous souhaite chaleureusement la bienvenue au Vatican. Votre organisation a eu des contacts étroits avec les successeurs de Pierre depuis le début du dialogue officiel entre l’Église catholique et le judaïsme. Déjà au Concile Vatican II, lorsqu’une nouvelle orientation s’est dessinée dans nos relations, parmi les observateurs juifs, il y avait l’éminent rabbin Abraham J. Heschel du Comité juif américain. Votre engagement en faveur du dialogue judéo-chrétien est aussi ancien que la Déclaration Nostra aetate, jalon sur notre chemin de redécouverte fraternelle. Je suis heureux qu’avec le temps nous ayons réussi à maintenir de bonnes relations et à les intensifier davantage.

Cultiver dans le temps de bonnes relations fraternelles est un don et en même temps un appel de Dieu. À ce propos, je voudrais évoquer pour vous un épisode qui s’est produit précisément dans votre région. Un jeune catholique avait été envoyé sur le front et avait vécu en première ligne les horreurs de la seconde guerre mondiale. De retour aux Etats-Unis, il a commencé à fonder une famille. Après avoir beaucoup travaillé, il a finalement pu s’offrir une maison plus grande. Il l’a achetée à une famille juive. Sur la porte d’entrée, se trouvait la Mézouza et ce père voulut qu’elle ne soit pas déplacée pendant les travaux de réaménagement de la maison : elle devait rester exactement là, à l’entrée. Et il laissa en héritage à ses fils l’importance de ce signe. Il leur a dit – l’un d’eux est prêtre – qu’il fallait regarder ce petit « rectangle » sur la porte chaque fois que l’on entrait et que l’on sortait de la maison, parce qu’il conservait le secret pour rendre la famille solide et faire de l’humanité une famille. En effet, il ne faut pas oublier de génération en génération ce qui était écrit : aimer le Seigneur de tout son cœur, de toute son âme et de toutes ses forces (cf. Dt 6,4). Chers amis, nous sommes appelés ensemble à construire une atmosphère de foyer, de famille, en choisissant de toutes nos forces l’amour divin, qui inspire le respect et l’estime de la religiosité des autres. Ce n’est pas de l’angélisme, c’est notre avenir.

Aujourd’hui, 8 mars, je voudrais aussi dire quelque chose sur la contribution irremplaçable de la femme dans l’édification d’un monde où tout le monde est chez soi. La femme est celle qui embellit le monde, qui le protège et le maintient en vie. Elle vous apporte la grâce qui renouvelle les choses, l’étreinte qui inclut, le courage de se donner. La paix est femme. Elle naît et renaît de la tendresse des mères. C’est pourquoi le rêve de la paix se réalise en regardant la femme. Ce n’est pas par hasard si, dans le récit de la Genèse, la femme est tirée de la côte de l’homme pendant qu’il dort (cf. Gn 2,21). La femme trouve son origine près de son cœur et pendant son sommeil, pendant ses rêves. C’est pourquoi elle apporte au monde le rêve de l’amour. Si l’avenir nous tient à cœur, si nous rêvons d’un avenir de paix, il faut donner de la place à la femme.

Actuellement, en revanche, la propagation dans de nombreux endroits d’un climat de méchanceté et de colère, dans lequel s’enracinent les excès pervers de la haine, est pour moi source d’une grande préoccupation. Je pense en particulier à la recrudescence barbare, dans différents pays, d’attaques antisémites. Je voudrais aussi aujourd’hui redire qu’il est nécessaire d’être vigilants à l’égard de ce phénomène : « L’histoire nous enseigne où peuvent conduire même ces formes d’antisémitisme qui sont au début à peine sous-entendues : à la tragédie humaine de la Shoah, où deux tiers des juifs européens ont été anéantis » (Commission pour les relations religieuses avec le judaïsme, « Pourquoi les dons et l’appel de Dieu sont irrévocables », 47). Je répète que, pour un chrétien, toute forme d’antisémitisme représente une négation de ses propres origines, une contradiction absolue. Nous devons faire comme ce père, qui avait vu des événements tragiques et qui ne se lassait pas de transmettre à ses enfants les fondements de l’amour et du respect. Et nous devons regarder le monde avec les yeux des mères, avec le regard de la paix.

Dans la lutte contre la haine et l’antisémitisme, le dialogue interreligieux est un instrument important, qui vise à promouvoir l’engagement pour la paix, le respect réciproque, la protection de la vie, la liberté religieuse, la protection de la création. Juifs et chrétiens, en outre, partagent un riche patrimoine spirituel qui permet de faire beaucoup de bonnes choses ensemble. À une époque où l’Occident est exposé à une sécularisation dépersonnalisante, il appartient aux croyants de chercher à collaborer pour rendre plus visible l’amour divin pour l’humanité. Et pour mettre en œuvre des gestes concrets de proximité, afin de lutter contre l’indifférence croissante. Dans la Genèse, après avoir tué Abel, Caïn dit : « Suis-je le gardien de mon frère ? » (Gn 4,9) Avant l’homicide qui enlève la vie, il y a l’indifférence qui efface la vérité : oui, Caïn, c’était justement toi le gardien de ton frère ! Toi, comme nous tous, selon la volonté de Dieu. Dans un monde où la distance entre ceux, nombreux, qui ont peu et le petit nombre de ceux qui ont beaucoup augmente chaque jour, nous sommes appelés à prendre soin de nos frères les plus démunis : les pauvres, les faibles, les malades, les enfants et les personnes âgées.

Dans notre service rendu à l’humanité, comme dans notre dialogue, les jeunes, désireux de rêver et ouverts à la découverte de nouveaux idéaux, attendent d’être impliqués de manière plus intense. C’est pourquoi je tiens à souligner l’importance de la formation des générations futures au dialogue judéo-chrétien. Notre engagement commun dans le domaine de l’éducation des jeunes est, en outre, un instrument efficace pour lutter contre la violence et ouvrir de nouvelles voies de paix avec tous. Chers amis, je vous remercie pour votre visite et vous souhaite le meilleur dans votre engagement à promouvoir le dialogue en favorisant des échanges fructueux entre religions et cultures, si précieux pour notre avenir et pour la paix. Shalom !

© Traduction de Zenit, Hélène Ginabat

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