Astronomie: l’Observatoire du Vatican dénonce la « pollution lumineuse »

Il y a « un prix spirituel à payer pour nos mauvaises habitudes concernant l’éclairage » 

Ville de Sydney éclairée © Wikimedia commons / Wj32

Ville de Sydney éclairée © Wikimedia commons / Wj32

Le Fr. Guy Joseph Consolmagno, directeur de l’Observatoire astronomique du Vatican, dénonce « la pollution lumineuse » : « La lumière des étoiles et de la lune, en réalité, est suffisante pour éclairer nos rues », estime-t-il dans les pages de L’Osservatore Romano en italien du 18 avril 2017 : « L’œil humain est bien adapté à des niveaux bas de lumière ».

Les « éclairages de ville brillants sont quasiment inutiles pour les exigences humaines », ils dérangent « le cycle vital animal de l’homme » et nuisent à la survie des animaux et des oiseaux, souligne le jésuite dans une tribune publiée pour l’édition de Pâques.

Le Fr. Consolmagno réfléchit aussi au « prix spirituel à payer pour nos mauvaises habitudes concernant l’éclairage ». Il critique « le nouvel éclairage routier à LED de Rome » et note que « la migration des animaux est interrompue. Les tortues à peine nées sur les plages proches des stations touristiques éclairées de jour ne parviennent pas à trouver l’océan et meurent. Dans de nombreuses villes, les oiseaux volent jusqu’à ce qu’ils meurent, voltigeant sans fin autour des gratte-ciel illuminés. »

L’homme souffre aussi de « l’installation inconsidérée de trop de lumières citadines », poursuit-il : « le sommeil est rendu difficile par l’excès de lumière bleue qui entre la nuit par nos fenêtres. C’est l’un des plus grands problèmes liés aux éclairages routiers à LED trop nombreux ».

« Trop souvent, affirme le Fr. Consolmagno, les éclairages des villes sont conçus avec davantage d’attention sur l’effet qu’elles font de jour que sur la manière dont elles répondent correctement à nos besoins la nuit ».

« Tant de nos lumières de ville éclairent vers le haut, là où elles ne sont pas nécessaires », explique-t-il. « Nous pensons rarement à faire écran aux lumières citadines leur permettant de rayonner directement à nos yeux. Si nous parvenons à voir la source de la lumière, c’est que la lumière est mal projetée et il est probable qu’elle nous aveugle au lieu d’éclairer la route. »

« Changer nos habitudes d’éclairage n’est pas facile », concède le scientifique, qui ajoute qu’ « au-delà de tous ces problèmes pratiques, il y a aussi un prix spirituel à payer pour nos mauvaises habitudes concernant l’éclairage ».

« Nous pensons à l’obscurité comme à l’ennemi de cette lumière, note-t-il. Pourtant l’obscurité spirituelle n’est pas la même chose que celle de la nuit. » Et de citer les paroles du pape Benoît XVI  qui « a très bien décrit cette différence » : « L’obscurité vraiment menaçante pour l’homme est le fait qu’en vérité, il est capable de voir et de chercher à connaître les choses tangibles, matérielles, mais il ne voit pas où va le monde et d’où il vient. Où va notre propre vie. Ce qu’est le bien et ce qu’est le mal ».

« Si nous ne parvenons pas à voir la différence entre le bien et le mal, réfléchit Fr. Consolmagno, à quoi servent alors toutes les autres lumières que nous avons, tous les fruits de nos conquêtes technologiques ? »

« La lumière et l’obscurité sont un thème de beaucoup de nos prières et passages préférés des Écritures, poursuit-il, mais leur signification devient obscure si nous n’avons pas une expérience concrète du noir… ou la capacité de voir les étoiles qui resplendissent dans l’obscurité ». Car la pollution lumineuse a aussi un impact négatif sur l’astronomie.

Le Fr. Consolmagno évoque l’histoire, en 1992, des habitants de Los Angeles dehors dans le noir, après un tremblement de terre matinal. Le ciel leur a semblé « terrifiant » : « Un million de personnes ont vu – certaines pour la première fois de leur vie – à quoi ressemble vraiment le ciel. »

« La lumière créée par Dieu donne la vie, conclut le directeur de l’Observatoire. Et la lumière que nous cherchons à faire seuls, pour substituer la lumière de Dieu en revanche ? Aujourd’hui, nous pouvons illuminer nos villes de manière si éblouissante que les étoiles du ciel ne sont plus visibles, a fait observer Benoît XVI. N’est-ce pas là une image de la problématique de notre existence éclairée ? »

Avec une traduction de Constance Roques

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