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Tombe de Mgr Enrico Angelelli Carletti a La Rioja, Argentine © Vatican News

Tombe de Mgr Enrico Angelelli Carletti a La Rioja, Argentine © Vatican News

Argentine : béatification de quatre martyrs qui « ont vécu et sont morts par amour »

Homélie du cardinal Becciu (Traduction intégrale)

« Ils ont vécu et ils sont morts par amour… nous pourrions les définir, en un certain sens, comme des ‘martyrs des décrets conciliaires’. Ils furent tués en raison de leur activité zélée de promotion de la justice chrétienne. » C’est ce qu’a affirmé le préfet de la Congrégation pour les Causes des Saints, en béatifiant quatre martyrs tués lors de la dictature argentine, à La Rioja, le 27 avril 2019.

Les quatre martyrs sont un prêtre français, le p. Gabriel Longueville (1931-1976), Mgr Enrique Angel Angelleli Carletti (1923–1976), le p. Carlos Murias (1945-1976) et le laïc Wenceslao Pedernera, catéchiste et père de famille, tués “en haine de la foi” par des militaires.

« Les nouveaux Bienheureux s’efforcèrent d’œuvrer pour une foi qui influençait aussi la vie, afin que l’Évangile devienne ferment dans la société d’une humanité nouvelle fondée sur la justice, la solidarité et l’égalité »,a déclaré le cardinal Angelo Becciu durant la célébration.

Homélie du card. Angelo Becciu

« Voici le jour que fit le Seigneur, qu’il soit pour nous jour de fête et de joie ».

Chers frères et sœurs,

L’invitation que nous fait sans cesse la liturgie en ce temps pascal, trouve aujourd’hui en nous, rassemblés pour le rite solennel de la béatification de quatre martyrs, une réponse particulièrement rapide et joyeuse. Nous nous réjouissons et nous exultons dans le Seigneur pour le don des nouveaux Bienheureux. Ce sont des hommes qui ont courageusement rendu témoignage au Christ, méritant d’être proposés par l’Église à l’admiration et à l’imitation de tous les fidèles. Chacun d’eux peut redire les paroles du Livre de l’Apocalypse, proclamées dans la première Lecture : « Maintenant voici le salut, la puissance et le règne de notre Dieu, voici le pouvoir de son Christ ! » (Ap 12,10) : le pouvoir du Christ ressuscité qui, au long des siècles, par le biais de son Esprit, continue de vivre et d’agir dans les croyants, pour les pousser vers la réalisation complète du message évangélique.

Conscients de cela, les nouveaux Bienheureux ont toujours compté sur l’aide de Dieu, y compris quand ils ont dû « souffrir pour la justice » (1 P 3,14), au point de se trouver toujours prêts à répondre à quiconque leur demandait raison de l’espérance qui était en eux (cf. 1 P 3,15). Ils se sont offerts à Dieu et à leur prochain, dans un héroïque témoignage chrétien dont le couronnement fut le martyre. Aujourd’hui, l’Église est heureuse de reconnaître qu’Enrique Angel Angelelli, évêque de La Rioja, Carlos de Dios Murias, franciscain conventuel, Gabriel Longueville, prêtre missionnaire fidei donum et le catéchiste Wenceslao Pedernera, père de famille, ont été insultés et persécutés pour la cause de Jésus et de la justice évangélique (cf. Mt 5,10-11) et ont obtenu une « grande récompense dans les cieux » (Mt 5,12).

« Heureux êtes-vous ! » (Mt 5,11 ; 1 P 3,13). Comment pourrions-nous ne pas entendre adressé à nos quatre Bienheureux cet éloge éloquent ? Ils furent de fidèles témoins de l’Évangile et restèrent fermes dans leur amour du Christ et de son Église au prix de souffrances et du sacrifice extrême de leur vie. Ils furent tués en 1976, pendant la période de la dictature militaire, marquée par un climat politique et social fanatique qui connut des conséquences évidentes de persécution religieuse. Le régime dictatorial, en vigueur depuis quelques mois en Argentine, regardait avec soupçon toute forme de défense de la justice sociale. Les quatre Bienheureux menaient une pastorale ouverte aux nouveaux défis pastoraux ; attentive à la promotion des couches sociales les plus faibles, à la défense de leur dignité et à la formation des consciences, dans le cadre de la Doctrine sociale de l’Église. Tout cela dans l’intention de proposer des remèdes aux multiples problématiques sociales.

Il s’agit d’une œuvre de formation dans la foi, d’un engagement religieux et social fort, ancré dans l’Évangile, en faveur des plus pauvres et des exploités, et mis en œuvre à la lumière du tournant du Concile œcuménique Vatican II, avec le vif désir d’appliquer les préceptes conciliaires. Nous pourrions les définir, en un certain sens, comme des « martyrs des décrets conciliaires ». Ils furent tués en raison de leur activité zélée de promotion de la justice chrétienne. En effet, à cette époque, l’engagement en faveur de la justice sociale et pour promouvoir la dignité de la personne humaine était entravé par toutes les forces des autorités civiles. Officiellement, le pouvoir politique se disait respectueux, et même carrément défenseur de la religion chrétienne et il cherchait à l’instrumentaliser, exigeant un comportement soumis de la part des clercs et passif de la part des fidèles, invités par la force à n’extérioriser leur foi que lors de manifestations liturgiques et de culte. Mais les nouveaux Bienheureux s’efforcèrent d’œuvrer pour une foi qui influençait aussi la vie, afin que l’Évangile devienne ferment dans la société d’une humanité nouvelle fondée sur la justice, la solidarité et l’égalité.

Le bienheureux Enrique Angel Angelelli fut un pasteur courageux et zélé qui, à peine arrivé à La Rioja, s’employa avec un grand zèle à secourir la population très pauvre et victime d’injustices. Le cœur de son service épiscopal réside dans son action sociale en faveur des plus démunis et exploités et dans la mise en valeur de la piété populaire, comme antidote à l’oppression. Image du Bon Pasteur, il était amoureux du Christ et de son prochain, prêt à donner sa vie pour ses frères.

Les prêtres Carlos de Dio Murias et Gabriel Longueville ont été capables de saisir les défis de l’évangélisation et d’y répondre à travers leur proximité à l’égard des couches les plus démunies de la population. Le premier, religieux franciscain, se distingua par son esprit de prière et son détachement réel des biens matériels ; le second fut un homme de l’Eucharistie. Wenceslao Pedernera, catéchiste et membre actif du mouvement catholique rural, se consacra avec passion à une généreuse activité sociale alimentée par sa foi. Il était humble et charitable avec tous.

Ces quatre Bienheureux sont des modèles de vie chrétienne. L’exemple de l’évêque enseigne aux pasteurs d’aujourd’hui à exercer leur ministère avec une charité ardente, en étant forts dans la foi devant les difficultés. Les deux prêtres exhortent les prêtres d’aujourd’hui à être assidus à la prière et à trouver dans la rencontre avec Jésus et dans leur amour pour lui la force pour ne jamais se ménager dans leur ministère sacerdotal : ne pas s’abaisser à des compromis, rester fidèles à tout prix à la missions, prêts à embrasser la croix. Le père de famille enseigne aux laïcs à se distinguer par la transparence de leur foi, se laissant guider par celle-ci dans les décisions plus importantes de la vie. Ils ont vécu et ils sont morts par amour. La signification des martyrs aujourd’hui réside dans le fait que leur témoignage rend vaine la prétention à vivre égoïstement ou à construire un modèle de société fermée et sans référence aux valeurs morales et spirituelles. Les martyrs nous exhortent, ainsi que les générations futures, à ouvrir notre cœur à Dieu et à nos frères, à être des hérauts de la paix, des artisans de la justice, des témoins de la solidarité, malgré les incompréhensions, les épreuves et les fatigues. Les quatre martyrs de ce diocèse, que nous contemplons aujourd’hui dans leur béatitude, nous rappellent que « mieux vaudrait souffrir en faisant le bien, si c’était la volonté de Dieu, plutôt qu’en faisant le mal » (1 P 3,17), comme nous l’a rappelé l’apôtre Pierre dans la seconde Lecture.

 Nous les admirons pour leur courage. Nous les remercions pour leur fidélité dans des circonstances difficiles, une fidélité qui est plus qu’un exemple : c’est un héritage pour ce diocèse et pour tout le peuple argentin et une responsabilité qui doit être vécue à toutes les époques. Que l’exemple et la prière de ces quatre Bienheureux nous aident à être toujours davantage des hommes de foi, des témoins de l’Évangile, des constructeurs de communauté, les promoteurs d’une Église engagée à témoigner de l’Évangile dans tous les secteurs de la société, élevant des ponts et abattant les murs de l’indifférence. Nous confions à leur intercession cette ville et toute la nation : ses espérances et ses joies, ses besoins et ses difficultés. Que chacun puisse se réjouir de l’honneur rendu à ces témoins de la foi. Dieu les a soutenus dans leurs souffrances, leur a donné le réconfort et la couronne de la victoire. Puisse le Seigneur soutenir, par la force de l’Esprit Saint, ceux qui œuvrent aujourd’hui pour le progrès authentique et pour la construction de la civilisation de l’amour.

Bienheureux Enrique Angel Angelelli et ses trois compagnons martyrs, priez pour nous !

© Traduction de Zenit, Hélène Ginabat

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