Devant des représentants européens réunis au Vatican, Léon XIV a lancé un appel fort à sortir de l’indifférence et à faire de la solidarité un devoir concret envers les plus fragiles.
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Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit.
Que la paix soit avec vous !
Éminence,
Chers frères dans l’épiscopat,
Messieurs les ministres,
Illustres représentants des institutions internationales et européennes,
chers frères et sœurs, bonjour et bienvenue !
Vous êtes venus ici à Rome, de différents pays européens, pour participer à ce moment de réflexion intitulé « Qui est mon prochain aujourd’hui ? », organisé par le Conseil des conférences épiscopales d’Europe, l’Organisation mondiale de la santé – Région Europe et la Conférence épiscopale italienne.
Au cours de cette journée sera présenté le deuxième « Rapport européen de l’OMS sur l’état de l’équité en matière de santé ». Il s’agit d’un document qui attire l’attention sur les situations vécues par de nombreuses personnes en Europe, en particulier par tant d’hommes et de femmes qui font l’expérience quotidienne de la pauvreté, de la solitude et de l’isolement.
Dans de nombreux pays, les inégalités en matière de santé s’accentuent : de moins en moins de personnes peuvent se soigner grâce aux services proposés. Il faut également se pencher de toute urgence sur la santé mentale des personnes, en particulier des jeunes, car les blessures invisibles de l’âme ne sont pas moins lourdes que celles qui sont visibles.
La santé ne peut être un luxe réservé à quelques-uns, mais une condition essentielle à la paix sociale. Une couverture sanitaire universelle n’est pas seulement un objectif technique à atteindre, c’est avant tout un impératif moral pour les sociétés qui se veulent justes. La protection et les soins de santé doivent être accessibles aux plus vulnérables, car leur dignité l’exige et aussi pour éviter qu’une injustice ne devienne germe de conflits.
La question qui est au cœur du thème de cette journée, tirée de l’Évangile de Luc (cf. 10, 29), interpelle chacun ; non pas pour se justifier, comme le fait le docteur de la loi, mais pour se laisser pleinement interroger. C’est une question toujours d’actualité, qui n’a pas de réponse unique et univoque, mais qui demande à chacun d’y répondre de manière concrète et précise. Nous pouvons donc nous demander : pour moi, à ce moment de ma vie, qui est mon prochain ? Dans les différentes situations où nous nous trouvons, les réponses varient ; ce qui ne change pas, c’est l’invitation à aller vers l’autre, surtout vers celui qui souffre.
Dans le livre de la Genèse, nous trouvons une question analogue : « Le Seigneur dit à Caïn : “Où est Abel, ton frère ?” Il répondit : “Je ne sais pas. Suis-je le gardien de mon frère ?” » (4,9). Dans la parabole du bon Samaritain, nous trouvons la réponse : oui, tu es le gardien de ton frère, car tu es appelé à veiller sur son humanité.
Saint Augustin affirme que « notre Dieu et Seigneur a voulu s’appeler notre prochain. En effet, le Seigneur Jésus-Christ nous fait comprendre que c’est lui-même qui a secouru cet homme à demi mort qui gisait sur le bord de la route, maltraité et abandonné par les brigands ». [1]
Dans l’encyclique Fratelli tutti, le pape François s’attarde sur le rôle des brigands qui avaient blessé le voyageur. Il nous rappelle que « les “brigands de la route” ont généralement pour alliés secrets ceux qui “passent par la route en détournant le regard” » (n° 75). La distance, la distraction, l’accoutumance à la vision de la violence et des souffrances d’autrui nous poussent vers l’indifférence. Chaque homme et chaque femme, en particulier le chrétien, est appelé à fixer son regard sur ceux qui souffrent, sur la douleur des personnes seules, sur ceux qui, pour diverses raisons, sont marginalisés et considérés comme des « rebuts », car sans eux, nous ne pourrons pas construire des sociétés justes, à la mesure de la personne.
Il est illusoire de penser qu’en ignorant ces frères et ces sœurs, il sera plus facile d’atteindre un état de bonheur. Ce n’est qu’ensemble que nous pourrons construire des communautés solidaires et capables de prendre soin de chacun, au sein desquelles se développent le bien-être et la paix, au bénéfice de tous. Prendre soin de l’humanité d’autrui aide à vivre la sienne.
Chers frères et sœurs, l’Église « a un rôle public qui ne se limite pas à ses activités d’assistance ou d’éducation », mais qui est toujours « au service de la promotion de l’homme et de la fraternité universelle ». [2] Les Églises en Europe et dans le monde, en collaboration avec les organisations internationales, peuvent encore aujourd’hui jouer un rôle déterminant dans la lutte contre les inégalités en matière de santé, en faveur des populations les plus vulnérables. Je renouvelle donc le souhait, qui devient une exhortation, afin que « dans notre style de vie chrétienne ne manque jamais cette dimension fraternelle, « samaritaine », inclusive, courageuse, engagée et solidaire, qui a sa racine la plus intime dans notre union avec Dieu, dans la foi en Jésus-Christ ». [3]
Très chers amis, merci pour tout ce que vous faites ! Je vous confie à l’intercession maternelle de la Vierge Marie et je vous bénis de tout cœur, ainsi que vos familles et votre service.
Merci et bon travail. Meilleurs vœux !
[1] Saint Augustin, De doctrina christiana, I, 30, 33.
[2] Benoît XVI, Lettre encyclique . Caritas in veritate (29 juin 2009), 11 : AAS 101 (2009), 648.
[3] Message pour la XXXIVe Journée mondiale des malades (11 février 2026).
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