À l’occasion de la Vigile pascale, le 4 avril 2026 à la cathédrale Saint-Rombaut de Malines, Mgr Luc Terlinden a présidé une célébration au cours de laquelle neuf catéchumènes ont été baptisés, tandis que 250 adultes ont reçu le baptême dans l’ensemble de l’archidiocèse de Malines-Bruxelles (53 dans le vicariat du Brabant flamand et de Malines, 154 à Bruxelles et 43 dans le Brabant wallon). Voici l’homélie de l’archevêque, prononcée lors de la Vigile pascale.
Quand le Christ ressuscité se manifeste, il suscite l’étonnement et la surprise. Il est vrai que, lorsqu’un mort ressuscite, ce n’est pas dans l’ordre des choses… Cet étonnement fut celui de Marie Madeleine et de l’autre Marie, comme celui des apôtres. C’est encore celui d’aujourd’hui pour celles et ceux qui, comme les catéchumènes qui recevront le baptême, la confirmation et l’eucharistie en cette nuit de Pâques, font l’expérience de cette rencontre.
À écouter le récit de leur rencontre avec le Christ, nous devons bien constater combien les chemins sont divers et souvent imprévisibles. Les uns le rencontrent à la lecture d’un passage de la Bible, d’autres à travers le témoignage d’un proche ou d’une vidéo, d’autres encore à l’occasion d’une période douloureuse, comme le départ d’un être cher ou une maladie.
À vrai dire, leurs récits surprennent aussi les baptisés de longue date. Ils n’avaient pas toujours vu venir ces nouveaux venus à la foi en Jésus-Christ. Et, s’ils avaient espéré leur arrivée, ils doivent bien constater que cela n’est pas d’abord dû à leurs mérites ni à une stratégie. Les croyants ne peuvent s’empêcher d’y voir l’œuvre de l’Esprit Saint, l’Esprit du Ressuscité. Et l’Esprit aime nous surprendre…
Mais cette expérience de rencontre avec le Christ ressuscité, hier comme aujourd’hui, suscite des sentiments divers. Nos deux Marie de l’Évangile, à l’annonce par l’ange de la résurrection, étaient remplies à la fois de crainte et d’une grande joie. La crainte, dans la Bible, n’est pas nécessairement l’angoisse ou la peur, mais aussi ce qui saisit celui qui s’approche de Dieu. Elle surgit face à l’inattendu et à l’inouï du mystère. Elle peut s’accompagner de peur. C’est pourquoi Jésus dit aux deux femmes : « Soyez sans crainte ». Mais elle ne fait pas fuir : elle est plutôt mêlée d’étonnement et de stupeur — Dieu est là, et je ne l’avais jamais reconnu. C’est l’expérience de beaucoup de nos catéchumènes.
Cette rencontre inattendue avec Dieu en Jésus ressuscité suscite aussi une grande joie. C’est la joie dont témoignent aujourd’hui les baptisés de Pâques. Une joie qui est aussi libération et lumière dans les ténèbres que certains traversent. Elle naît de la prise de conscience que je suis aimé par Jésus tel que je suis, quelles que soient mon histoire et mes origines.
Ce moment de rencontre avec Jésus vivant, qui peut se produire en un instant ou être le fruit d’un long cheminement, est une nouvelle naissance, un nouveau départ. Les femmes de l’Évangile, dans leur crainte et leur joie, se mettent ainsi à courir pour annoncer la nouvelle de la résurrection de Jésus aux disciples.
Cette vie nouvelle est celle reçue au baptême, qui nous unit au Christ : « Si donc, par le baptême qui nous unit à sa mort, nous avons été mis au tombeau avec lui, c’est pour que nous menions une vie nouvelle », dit l’apôtre Paul. Par le baptême, nous laissons derrière nous l’homme ancien, marqué par le péché, pour vivre de l’Esprit du Ressuscité.
Cette vie nouvelle se manifeste d’abord par le témoignage, comme les deux Marie, premières apôtres de la Bonne Nouvelle de la résurrection, que Jésus envoie annoncer à ses frères. La rencontre avec Jésus ressuscité fait de nous des témoins, des missionnaires de la Bonne Nouvelle.
Mais ce témoignage est inséparable d’une autre dimension de cette vie nouvelle reçue au baptême. Car la foi en Jésus nous engage aussi à faire des choix, à vivre autrement. Paul l’a résumé dans la lettre aux Galates en dressant la liste des fruits de l’Esprit : « amour, joie, paix, patience, bonté, bienveillance, fidélité, douceur et maîtrise de soi » (Ga 5, 22-23). Le premier témoignage que nous rendons de notre foi en Jésus ressuscité est celui de la bonté et des fruits de l’Esprit. Un témoignage offert gratuitement, sans attendre nécessairement de retour ni de reconnaissance.
Le témoignage, enfin, est aussi celui de l’espérance. Car la présence du Christ ressuscité, même dans les situations les plus désespérées, est source d’espérance. Elle nous invite à ne pas nous décourager ni baisser les bras, face notamment aux guerres et aux conflits qui s’accumulent. Si nous ne pouvons que condamner l’usage de la force et des armes pour assouvir des désirs de conquête et de domination, au mépris du droit international et des institutions de coopération et de résolution pacifique des conflits, ne perdons pas l’espérance pour autant ! Peut-être que, là aussi, nous serons surpris. Qui aurait cru, après la crucifixion de Jésus, que la vie et la paix seraient les plus fortes et auraient, finalement, le dernier mot ?
La paix est le don que Jésus a fait à ses disciples après la résurrection. Elle est aussi un appel pressant pour aujourd’hui : plus de guerre, plus de conflit ! Espérons que, là aussi, nous puissions être positivement surpris.
+ Luc Terlinden
Archevêque de Malines-Bruxelles
