Samedi 12 septembre, au Vatican, le pape Léon XIV a reçu les participants à la rencontre « Fratelli tutti : dialogue socio-environnemental Nord-Sud » et les a encouragés à poursuivre un dialogue fondé sur la responsabilité partagée, la dignité humaine et le bien commun.
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Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Amen.
Que la paix soit avec vous.
Je salue cordialement Vos Éminences, Vos Excellences, les autorités ecclésiastiques du Conseil épiscopal d’Amérique latine et des Caraïbes, de la Conférence ecclésiale amazonienne et de la Conférence des évêques catholiques des États-Unis. J’apprécie la constance avec laquelle, aux côtés de la Commission pontificale pour l’Amérique latine, vous avez soutenu pendant cinq ans ce cheminement de dialogue socio-environnemental Nord-Sud.
Je remercie également la présence et l’accompagnement des représentants d’organismes internationaux, des banques régionales de coopération, du monde des affaires et des fondations qui ont souhaité se joindre à ce cheminement.
Je salue également les présidents, vice-présidents et secrétaires généraux des centrales syndicales et des chambres patronales des Amériques, ainsi que les responsables des réseaux ecclésiaux d’Amérique latine et des Caraïbes, des communautés organisées d’Amérique du Nord et des réseaux universitaires des deux hémisphères. Votre présence témoigne de la volonté de poursuivre un dialogue susceptible de déboucher sur des modèles de développement plus humains, durables et solidaires, capables de protéger la dignité de chaque personne et d’accorder une attention particulière à ceux qui risquent d’être laissés pour compte.
Cette rencontre revêt un intérêt particulier en raison de la diversité des secteurs représentés et de la responsabilité que bon nombre de ses participants exercent dans des domaines décisifs pour la vie sociale, économique et culturelle. C’est précisément pour cette raison que cet espace de dialogue peut aider à aborder avec plus de réalisme les défis qui touchent notre avenir commun.
Au début de mon pontificat, lors de ma rencontre avec le Collège cardinalice, j’ai rappelé quelques points fondamentaux du chemin que l’Église universelle parcourt, depuis des décennies, sur les traces du Concile Vatican II. Parmi ceux-ci, j’ai souligné la nécessité d’un « dialogue courageux et confiant avec le monde contemporain, dans ses différentes composantes et réalités » (Discours au Collège cardinalice, 10 mai 2025).
Ce dialogue relève de la mission même de l’Église, à qui Jésus-Christ a confié la tâche d’annoncer l’Évangile à tous les peuples et d’apporter sa lumière aux réalités concrètes de chaque époque. Son caractère pastoral fait partie de sa nature même et l’engage à regarder en face la réalité des hommes et des femmes vers lesquels elle est envoyée. L’impératif évangélique de prendre soin des pauvres exige, en outre, que ce regard se porte tout particulièrement vers ceux qui souffrent le plus gravement des conséquences des changements sociaux, économiques et technologiques.
Il y a quelques jours, je rappelais que l’Église est appelée à « assumer la réalité et aussi à démasquer les contradictions qui caractérisent la vie personnelle et sociale du monde contemporain », parmi lesquelles celles qui peuvent accompagner un progrès scientifique et technologique ouvrant des possibilités inédites (Catéchèse, 2 septembre 2026).
Un tel engagement plonge ses racines dans le mystère même de la foi chrétienne. Dieu est entré dans notre histoire. En Jésus-Christ, il a revêtu notre humanité et a confié à l’Église la mission d’annoncer l’Évangile au cœur des réalités dans lesquelles vivent les peuples. Des Écritures aux grands Pères de l’Église, tels que saint Ambroise et saint Augustin, la tradition chrétienne a appris à discerner, au sein de l’histoire, ce qui sert véritablement l’homme et ce qui finit par se retourner contre lui.
Les évolutions de notre époque nous placent ainsi face à une responsabilité commune. Dans Magnifica humanitas, j’ai voulu l’exprimer à l’aide d’une image biblique : nous sommes face à la possibilité « d’ériger une nouvelle tour de Babel ou de bâtir la cité où Dieu et l’humanité habitent ensemble » (n° 1). C’est pourquoi, face au développement technologique, la question décisive n’est pas simplement de savoir si nous acceptons ou rejetons certains outils, mais quelle humanité nous voulons construire et quelle place y aura chaque personne. Une responsabilité d’une telle ampleur dépasse les capacités de toute institution prise isolément. C’est pourquoi il est nécessaire de redonner toute sa force à la logique de la subsidiarité (cf. n° 13), en reconnaissant la responsabilité propre à chaque acteur et, en même temps, la nécessité de travailler ensemble.
Je me réjouis que l’Église des Amériques ait favorisé cet espace de rencontre et de coopération afin de promouvoir l’Agenda de responsabilité partagée Nord-Sud pour une coopération multisectorielle. Lorsque les institutions publiques, les entreprises, les travailleurs, les universités, les communautés et les organisations sociales mettent en commun leurs connaissances, leurs compétences et leurs ressources au service du bien commun, une conviction qui a mûri dans la doctrine sociale de l’Église et que mes prédécesseurs ont développée de diverses manières prend une forme concrète : les grands défis sociaux exigent une responsabilité partagée, une participation et une collaboration entre les différents corps de la société. Le pape François a exprimé cette même conviction en parlant d’« amitié sociale » (cf. FT, 154).
Un programme de responsabilité partagée peut justement contribuer à ce que les différences légitimes ne débouchent pas sur une fragmentation. Dans ma première encyclique, j’ai tenu à souligner que le pluralisme a besoin d’un principe d’unité qui lui permette de s’orienter vers des fondements communs et vers la fin ultime de la personne (cf. MH, 10). L’expérience synodale de l’Église peut offrir ici un enseignement : écouter véritablement les différences ne signifie pas les diluer, mais apprendre à les discerner et à rechercher, à partir d’elles, ce qui peut servir au bien de tous. Cet exercice s’avère particulièrement nécessaire à une époque où les discours polarisés trouvent un écho immédiat et où la confrontation peut facilement devenir un instrument de pouvoir (cf. MH, 190). Face à cette dynamique, le simple fait que des personnes et des institutions aussi différentes aient décidé de s’asseoir à la même table comporte déjà une responsabilité. Le véritable dialogue exige plus que de la cordialité : il oblige à rester dans la conversation lorsque des intérêts contradictoires apparaissent et lorsque les décisions exigent des renoncements concrets.
Pour les croyants, en outre, la fraternité trouve son fondement ultime dans une vérité qui précède tout accord : nous avons un même Père. Comme le rappelait Fratelli tutti, « sans une ouverture au Père de tous, il n’y aura pas de raisons solides et stables pour l’appel à la fraternité » (n° 272).
Les res novae de notre temps ont mis en marche un véritable mouvement de « réflexion et d’action » (MH, 174), qui doit « être guidé avec clairvoyance : par des institutions capables de réguler sans étouffer, et de protéger sans prendre le dessus ; par des entreprises qui reconnaissent le travail et la dignité comme critères de réussite ; par des organisations intermédiaires et des communautés éducatives qui rétablissent la confiance et les relations ; et par des citoyens qui cultivent la responsabilité, la modération, le discernement et le sens de la vérité » (MH, 181).
« N’ayez pas peur » est une exhortation que mes prédécesseurs ont répétée à des moments décisifs de la vie de l’Église. Je voudrais également la faire mienne aujourd’hui, car « nous ne devons pas nous laisser intimider par les tensions ou les différences, car celles-ci peuvent devenir des forces créatrices lorsqu’elles sont guidées par une responsabilité partagée » (MH, 13).
La doctrine sociale de l’Église offre une aide inestimable à cet égard. Bon nombre des organisations présentes ici la connaissent bien, l’étudient et contribuent à sa diffusion. Elle « n’est pas un manuel de principes et de normes à appliquer, mais un processus de discernement partagé » (MH, 27). Ses principes ne se substituent pas aux décisions que vous devez prendre ; ils offrent plutôt des critères permettant de juger si ces décisions respectent véritablement la dignité humaine et servent le bien commun.
C’est pourquoi la valeur des points de consensus qui pourront être atteints ne se mesurera pas uniquement au nombre de personnes qui les soutiennent. Ils seront reconnus à l’aune des intérêts qu’ils sont capables de protéger et, en particulier, à l’aune de l’impact qu’ils ont sur la vie de ceux qui ont le moins de pouvoir pour se défendre.
Les principes de justice sociale constituent ici un critère décisif. Un ordre social, économique et politique peut véritablement être qualifié d’humain lorsqu’il permet à chacun — « en particulier aux plus faibles » — de mener une vie véritablement digne, sans laisser personne de côté » (MH, 77).
À la fin de Magnifica Humanitas, j’ai médité sur la figure du prophète Néhémie. Face à une Jérusalem en ruines, il a écouté la souffrance de son peuple, l’a portée devant Dieu, a discerné ce qu’il fallait faire, a recherché les ressources nécessaires et a organisé un projet qui ne pouvait être mené à bien qu’avec la participation de nombreuses personnes (cf. MH, 241).
Je voudrais vous proposer cette même image pour le travail que vous accomplissez. De même, à notre époque, de grands édifices se sont effondrés partout où le progrès cesse de servir la personne, où le travail perd sa dignité, où des communautés entières sont mises à l’écart ou encore où la technologie finit par creuser les divisions qu’elle devrait nous aider à surmonter.
À l’instar de Néhémie, vous devez « entrer sur les chantiers de l’histoire — laboratoires de recherche, entreprises technologiques, écoles, médias, institutions, communautés locales — afin de reconstruire ce qui s’est effondré et de protéger ce qui est menacé » (MH, 241). De plus, je vous invite à vous laisser interpeller par les signes des temps et à accueillir les apports des sciences, des cultures et des expériences humaines pour discerner les voies possibles vers l’avenir.
La négociation fait partie de ce travail et s’inscrit dans une « meilleure forme de politique », capable de rechercher le bien commun au-delà des intérêts particuliers (cf. FT, 154). C’est pourquoi je vous encourage à cultiver une « culture de la négociation » saine (cf. MH, 221), capable d’ouvrir des voies là où les différences semblent fermer toute possibilité de rencontre. De cette manière, vous pourrez également contribuer à la diplomatie de la paix dont notre monde a besoin.
Néhémie n’a pas reconstruit Jérusalem seul. Il a fait appel à son peuple, et chacun a travaillé sur la partie dont il était chargé de la construction. C’est désormais à vous de reconnaître quelle part de ce travail commun vous a été confiée. Puisse le progrès de notre époque ne pas laisser de nouvelles ruines dans son sillage, et puisse tout ce que nous construisons être véritablement un foyer et un refuge pour tous, à commencer par les plus démunis.
Merci beaucoup.
Traduction réalisée par ZENIT



