La Jérusalem céleste, Tapisserie d’Angers – un idéal à ne pas perdre de vue

La Jérusalem céleste, Tapisserie d’Angers – un idéal à ne pas perdre de vue

Gaudium et spes, l’Église en dialogue avec le monde

Quel message Vatican II a-t-il à livrer au monde de ce temps ? (8e partie)

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Le chapitre étudié ci-dessous décrit l’activité humaine, par laquelle l’homme prend part à l’œuvre de la création et la conduit à son perfectionnement temporel. Le travail humain au sens large, à savoir tout effort, contribue à la sanctification de la création et à la gloire de Dieu. Dans sa juste autonomie, l’activité humaine dans le monde doit hâter l’avènement de la Jérusalem céleste. 

Chapitre III L’activité humaine dans l’univers

Le nº33 commence en posant le problème du sens des nombreux progrès et acquisitions. Il faut d’abord relever qu’en 1965 l’Église avait bien compris que ce qui était qualifié de « progrès » à l’époque, n’était qu’un début et que les choses iraient en s’accélérant. Elle montre aussi sa lucidité en ne prétendant pas à avoir à répondre à toutes les questions que poseront la confrontation foi/progrès. D’abord, parce qu’elle a conscience que tout le monde ne se tournera pas vers elle. Ensuite, parce qu’elle est consciente de ne pas avoir de réponse immédiate à toutes les questions. 

Le nº34 intitulé « Valeur de l’activité humaine » insiste sur l’importance que cette activité soit mise au service de l’amélioration des conditions de vie de l’être humain. Elle se doit d’être considérée comme légitime et conséquence de la création de l’homme à l’image de Dieu. Le Concile contredit aussi à juste titre Rousseau en affirmant « que le message chrétien ne détourne pas les hommes de la construction du monde et ne les incite pas à se désintéresser du sort de leurs semblables : il leur en fait au contraire un devoir plus pressant. » (§3)

Le nº35 réhabilite l’activité humaine et la réintègre dans la nature même de l’homme. Il la distingue du travail pénible, « à la sueur de ton front », comme conséquence de la chute. Elle doit au contraire se placer dans la suite de la culture du jardin d’Eden dans laquelle «  l’homme se parfait lui-même ». Ainsi se fait-il « qu’il vaut plus par ce qu’il est que par ce qu’il a. » (§1)

Juste autonomie des réalités terrestres

Le nº36 est particulièrement important par sa réflexion sur ce que l’on entend par « réalités terrestres » et plus précisément sur leur autonomie. Ainsi la constitution affirme-t-elle : 

« Si, par autonomie des réalités terrestres, on veut dire que les choses créées et les sociétés elles-mêmes ont leurs lois et leurs valeurs propres, que l’homme doit peu à peu apprendre à connaître, à utiliser et à organiser, une telle exigence d’autonomie et pleinement légitime … C’est pourquoi la recherche méthodique, dans tous les domaines du savoir, si elle est menée d’une manière vraiment scientifique et si elle suit les normes de la morale, ne sera jamais réellement opposée à la foi :  les réalités profanes et celles de la foi trouvent leur origine dans le même Dieu. » (§2)

Gaudium et spes regrette l’oubli d’une certaine autonomie des sciences qui a produit l’opposition science et foi : « … A ce propos, qu’on nous permette de déplorer certaines attitudes qui ont existé parmi les chrétiens eux-mêmes, insuffisamment avertis, de la légitime autonomie de la science. Sources de tensions et de conflits, elles ont conduit beaucoup d’esprits jusqu’à penser que sciences et foi s’opposaient. » Cela n’est pas une raison pour séparer les choses créées de Dieu leur Créateur, car « la créature sans Créateur s’évanouit ».

Du péché à la rédemption 

Le nº37 manifeste que le Concile a bien pris en compte la gravité du péché originel. Il n’incite nullement à une ouverture irréfléchie au monde » comme cela fut dit à l’époque et encore répété aujourd’hui. La fin du §1 « Aussi le monde ne se présente pas encore comme le lieu d’une réelle fraternité, tandis que le pouvoir accru de l’homme menace de détruire le genre humain lui-même ». La défiance du monde présent est illustrée par la référence du §3 à la Lettre aux Romains (12, 2), et il est clairement écrit que « toutes les activités humaines, quotidiennement déviées par l’orgueil de l’homme et l’amour désordonné de soi, ont besoin d’être purifiées et amenées à leur perfection par la croix et la résurrection du Christ. » (§4) 

Et cette affirmation amène tout naturellement au nº38 qui développe son titre : L’activité humaine et son achèvement dans le mystère pascal. Le §1 établit : « Constitué, Seigneur par sa résurrection, le Christ, à qui tout pouvoir a été donné au ciel et sur la terre, agit désormais dans le cœur des hommes par la puissance de son Esprit ; il n’y suscite pas seulement le désir du siècle à venir, mais par la même anime aussi, purifie et fortifie ces aspirations généreuses qui poussent la famille humaine à améliorer ses conditions de vie et à soumettre à cette fin, la terre entière. » Et le §2, de poursuivre : « Le Seigneur a laissé aux siens les arrhes de cette espérance et un aliment pour la route : le sacrement de la foi, dans lequel des éléments de la nature, cultivés par l’homme, sont changés en son Corps et en son Sang glorieux. C’est le repas de la communion fraternelle, une anticipation du banquet céleste. » 

Dans le temps de peur et d’angoisse que nous vivons, il est important de rappeler le début du nº39 : « Nous ignorons le temps de l’achèvement de la terre et de l’humanité, nous ne connaissons pas le mode de transformation du cosmos. » (§1) Car il y a aujourd’hui pléthore de « révélations », et plus que jamais il faut se fier au Magistère de l’Église pour séparer le vrai du faux. Toutes les périodes de crise ont connu ce phénomène. 

Des crises de l’histoire à l’avènement de la cité de Dieu

En 1965 on craignait l’affrontement est/ouest ! Aujourd’hui on craint que la guerre commerciale ne dégénère en guerre, compte tenu de l’émergence d’agressivités qui ont monté en puissance depuis 1965. Mais l’Église sait que le royaume de Dieu est déjà mystérieusement présent sur la terre. Elle ne peut donc se couper de la communauté des hommes. Au §2, il est écrit en effet : « …ce progrès (terrestre) a cependant beaucoup d’importance pour le royaume de Dieu, dans la mesure où il peut contribuer à une meilleure organisation de la société humaine ». Et l’on nous renvoie à l’encyclique de Pie XI Quadragesimo anno sur la doctrine sociale de l’Église de 1931. 

Il est très important, pour la suite de notre réflexion, de voir cette question des fruits du progrès reprise au §3 : « Car ces valeurs de dignité, de communion fraternelle et de liberté, tous ces fruits excellents de notre nature et de notre industrie … nous les retrouverons plus tard … mais purifiés de toute souillure … lorsque le Christ remettra à son Père « un royaume éternel et universel : royaume de sainteté et de grâce, royaume de justice, d’amour et de paix » ». Nous reconnaissons là un extrait de la préface de la fête du Christ Roi de l’Univers, fête proclamée dans l’encyclique Quas primas de Pie XI (1925). Célébrée à l’époque le dernier dimanche avant la Toussaint, le concile Vatican Il l’a déplacé au dernier dimanche de l’année liturgique. 

J’avais regretté ce changement, mais à la réflexion je l’approuve : non seulement il ne contredit pas l’enseignement de Pie XI, en lui évitant une fausse interprétation, mais il s’insère dans la tradition augustinienne de la cité de Dieu. Tant que durera le monde, la cité de Dieu sera comme en exil sur la terre et mêlée au monde. L’Église est là pour en témoigner, pour annoncer son triomphe à la fin des temps. Bien que d’institution divine, elle ne peut être identifiée à la Cité de Dieu : saint Augustin s’en est bien rendu compte dans sa lutte contre les donatistes. La cité de Dieu n’apparaîtra qu’au Jugement Dernier, à la résurrection des morts. On doit placer des bornes à l’augustinisme politique de la réforme grégorienne, car la cité terrestre possède une certaine autonomie qui ne cessera que quand elle disparaîtra à la fin des temps.

 

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P. Michel Viot

Père Michel Viot. Maîtrise en Théologie. Ancien élève de l’Ecole Pratique dès Hautes Études. Sciences religieuses.

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