Des réfugiés d'Ukraine rencontrent le pape François, 2 avril 2022 © Aumônerie apostolique

Des réfugiés d'Ukraine rencontrent le pape François, 2 avril 2022 © Aumônerie apostolique

Malte et la crise migratoire: pour mieux comprendre et bien réagir, élargir le temps et l’espace

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Les migrations dans le premier discours du pape François à Malte

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Le pape François recommande d’affronter la crise migratoire en élargissant le temps – ce n’est pas l’urgence d’un moment, mais un phénomène qui marque toute une époque – et en élargissant l’espace: une seule nation ne peut pas y répondre, il faut une «co-responsabilité européenne»: le pape a abordé la question des migrants et des réfugiés dans son premier discours à Malte, ce samedi matin, 2 avril 2022. Un discours marqué aussi par la guerre en Ukraine, la crise écologique et la défense de la vie humaine.

Cimetière d’Europe

«L’élargissement de l’urgence migratoire – pensons aux réfugiés de l’Ukraine martyrisée – appelle des réponses larges et partagées. Il n’est pas possible que certains pays prennent en charge l’ensemble du problème dans l’indifférence des autres !», a insisté le pape, en arrivant sur une île particulièrement sollicitée par les naufragés qui abordent ses côtes, en provenance d’Afrique ou du Moyen-Orient.

Le pape a déploré que la Méditerranée devienne un grand «cimetière», signant le «naufrage d’une civilisation»: «Certains pays ne peuvent pas prendre en charge tout le problème dans l’indifférence des autres ! Et les pays civilisés ne peuvent établir, dans leur propre intérêt, des accords obscurs avec des criminels qui asservissent les gens. Malheureusement cela arrive. La Méditerranée a besoin d’une co-responsabilité européenne, pour redevenir le théâtre de la solidarité et non l’avant-poste d’un tragique naufrage de civilisation. La mare nostrum ne peut pas devenir le plus grand cimetière d’Europe.»

L’autre n’est pas un virus

Le pape a rappelé avec quelle «humanité» l’apôtre Paul, lui-même naufragé, échoué sur les côtes maltaises, dit avoir été traité par les Maltais pour encourager à suivre cette même voie aujourd’hui: «Continuons sur cette voie. Alors qu’aujourd’hui, vis-à-vis de ceux qui traversent la Méditerranée en quête de sécurité, la peur et « le récit de l’invasion » prédominent, et que l’objectif premier semble être la protection de leur propre sécurité à tout prix, aidons-nous à ne pas voir le migrant comme une menace et de ne pas céder à la tentation de construire des ponts-levis et d’ériger des murs. L’autre n’est pas un virus contre lequel se défendre, mais une personne à accueillir, et « l’idéal chrétien nous invitera toujours à dépasser la suspicion, la méfiance permanente, la peur d’être envahi, les attitudes défensives que nous impose le monde d’aujourd’hui » ( Exhortation apostolique Evangelii gaudium, 88). Ne laissons pas l’indifférence éteindre le rêve de vivre ensemble ! Bien sûr, accueillir est un travail difficile et demande des sacrifices. Il en était ainsi pour saint Paul aussi : pour se sauver, il fallait d’abord sacrifier les biens du navire (cf. Ac 27, 38). Mais les sacrifices faits pour un plus grand bien, pour la vie de l’homme, qui est le trésor de Dieu, sont saints !»

Le pape a joint la parole, à Malte, à l’exemple qu’il avait donné le matin même, avant de quitter la Maison Sainte-Marthe du Vatican, ce samedi 2 avril. Le pape François avait en effet rencontré des familles de réfugiés d’Ukraine accueillies par la Communauté de Sant’Egidio à Rome, soit 15 personnes dont 9 enfants, de Lviv, de Ternopil et de Kiev. Elles étaient accompagnées par l’Aumônier apostolique, le cardinal Konrad Krajewski.

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Anita Bourdin

Journaliste française accréditée près le Saint-Siège depuis 1995. Rédactrice en chef de fr.zenit.org. Elle a lancé le service français Zenit en janvier 1999. Master en journalisme (Bruxelles). Maîtrise en lettres classiques (Paris). Habilitation au doctorat en théologie biblique (Rome). Correspondante à Rome de Radio Espérance.

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