Card. Barbarin, pèlerinage Fratello, capture CTV

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«Les victimes, ce sont eux, pas moi»: réaction du card. Barbarin, relaxé

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Témoignage de François Morinière

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« Les victimes, ce sont eux, pas moi »: le cardinal Barbarin, ancien archevêque de Lyon (France), relaxé le 14 avril 2021 par la cour de Cassation, réagit ainsi à la décision de justice, en pensant d’abord aux jeunes qui ont été victimes de Bernard Preynat, témoigne un de ses amis, François Morinière.

Le cardinal était poursuivi pour «non-dénonciation d’agressions sexuelles» par des victimes de l’ancien prêtre. Rappelons que Bernard Preynat, âgé aujourd’hui de 76 ans, a été jugé coupable par un tribunal ecclésiastique et qu’il a été renvoyé de l’état clérical en juillet 2019.

Il a également été jugé en janvier 2020 par le tribunal correctionnel de Lyon pour agressions sexuelles de dix anciens scouts de Sainte-Foy-lès-Lyon. Il a reconnu les faits qui se sont produits entre 1972 et 1991. Pour sa part, le cardinal Barbarin est devenu archevêque de Lyon 11 ans plus tard, en 2002. Le 16 mars 2020, Bernard Preynat a été condamné à cinq ans de prison ferme.

Rappelons que la Conférence des évêques de France (CEF) a mis en place, en 2016, un site intitulé « luttercontrelapedophilie.catholique.fr »: c’est un des outils de la CEF piloté par la Cellule Permanente de Lutte Contre la Pédophilie (CPLP).

Grâce à une carte de France, ce site internet permet aux personnes victimes ou à leurs proches d’adresser directement un témoignage à l’évêque du diocèse concerné par des faits. Le site propose aussi un accès à l’adresse mail « paroledevictimes@cef.fr », mise en ligne dès le 12 avril 2016 et gérée par la CEF.

Et le 26 mars dernier, les évêques de France ont adressé une «Lettre» aux catholiques «sur la lutte contre la pédophilie». Reconnaissant «l’ampleur du traumatisme», ils saluent la «lumière apportée par le témoignage des personnes victimes». Ils affirment notamment: «La justice de notre pays et la justice canonique doivent être saisies de ces faits graves et inacceptables.»

En rappelant «le devoir de l’Église entière vis-à-vis des personnes victimes», ils invitent à une transformation profonde : «Nous sommes conscients que les modes d’exercice du ministère sacerdotal et épiscopal et le discours qui les soutient doivent être passés au crible et renouvelés pour un service plus vrai du Peuple de Dieu.»

Et ils annoncent trois séries de mesures, notamment la décision de «continuer à travailler régulièrement avec les personnes victimes».

C’est dans ce contexte que François Morinière témoigne de la réaction du cardinal Barbarin à la décision de justice.

Zenit – François Morinière, vous êtes un ami du cardinal Philippe Barbarin qui vient d’être innocenté en cassation après l’avoir été en appel en janvier 2020: de quelle accusation est-il reconnu innocent et pourquoi?

François Morinière – Le rejet du pourvoi par la Cour de Cassation – la plus haute juridiction française – formulée par des victimes de Bernard Preynat, met fin à 5 années de guérilla judiciaire contre le cardinal Barbarin. En substance, la Cour redit que le cardinal n’avait pas d’obligation de dénoncer les faits dans la mesure ou celui qui les lui avait rapportés était un homme adulte de 38 ans parfaitement sain, et inséré dans la société. D’ailleurs cette personne n’attendait absolument pas que le cardinal fasse cette démarche. Il y avait lui-même pensé mais il y avait renoncé compte tenu de la prescription. Un an après lui avoir parlé des actes de pédophilie dont il avait été victime dans son enfance, il lui écrira d’ailleurs ces mots : « Merci, Monseigneur, d’avoir été le supporter de ma cause y compris sur le plan judiciaire ». L’arrêt de la Cour de Cassation est fondamental car il rappelle le principe de la liberté individuelle. Personne ne peut se substituer à la décision personnelle de porter plainte, à partir du moment où il s’agit d’un adulte sain de corps et d’esprit.

Y a-t-il eu, dans le diocèse de Lyon des réactions, notamment de victimes de crimes de pédophiles? La décision des tribunaux est-elle comprise?

La colère des victimes contre les agissements de Bernard Preynat est totalement compréhensible et justifiée. Mais certains d’entre eux l’ont transformé dans un combat contre l’Eglise à travers la personne de Philippe Barbarin, en se trompant alors de coupable. Rappelons-nous que la mise en cause du cardinal Barbarin avait déjà été classée sans suite par la justice française en août 2016. Ainsi, on a traîné dans la boue et dans une forme de lynchage médiatique un innocent pendant 5 ans. Le mal est fait, mais l’honneur du cardinal est rétabli. Cependant, comme il me l’a rappelé, dès l’annonce de la décision judiciaire : « Les victimes, ce sont eux, pas moi ».

La démission du cardinal Barbarin de la charge pastorale d’archevêque de Lyon, d’abord refusée par le pape François, notamment en raison de la présomption d’innocence, a été acceptée, et le cardinal a annoncé devenir aumônier de la maison-mère des Petites soeurs de Pauvres: quelles seront ses engagements pastoraux à venir?

En refusant la démission du cardinal en mars 2019, le Pape avait montré son respect de la justice des hommes, et sa confiance en son frère évêque. Le cardinal Barbarin n’a pas trahi cette confiance. Après la relaxe par la cour d’appel de Lyon en janvier 2020, le pape a finalement accepté sa renonciation. Désormais, il rend de nombreux services à l’Eglise de France, notamment en assurant des cours au séminaire de Rennes. Nul doute qu’un tel homme de foi continuera à servir de beaucoup de manières. Il vit sereinement en s’abandonnant dans les mains de Dieu.

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Anita Bourdin

Journaliste française accréditée près le Saint-Siège depuis 1995. Rédactrice en chef de fr.zenit.org. Elle a lancé le service français Zenit en janvier 1999. Master en journalisme (Bruxelles). Maîtrise en lettres classiques (Paris). Habilitation au doctorat en théologie biblique (Rome). Correspondante à Rome de Radio Espérance.

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