Visite à Assise, signature de Fratelli tutti, 3 octobre 2020 © Vatican Media

Visite à Assise, signature de Fratelli tutti, 3 octobre 2020 © Vatican Media

«Fratelli tutti»: un vademecum «pour construire une société plus juste»

Une « réflexion sur la fraternité universelle »

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« L’effort pour construire une société plus juste implique une capacité de fraternité, un esprit de communion humaine » : par ce premier tweet du samedi 3 octobre 2020, le pape livre une première clef de sa seconde encyclique sociale -et politique- « Fratelli tutti » qu’il a signée à Assise ce même jour, au terme de la messe célébrée à la tombe de saint François, dans la crypte de la basilique. A côté de « société plus juste » il insiste sur la « fraternité » et la « communion humaine ». C’est, dit le pape dans son encyclique, une « réflexion sur la fraternité universelle » (286).

Le pape a publié un second tweet dans lequel il invite à « réfléchir » et à « réagir » avec les maîtres mots de « fraternité » et d’ « amitié sociale »: « Je livre cette encyclique sociale comme une modeste contribution à la réflexion pour que, face aux manières diverses et actuelles d’éliminer ou d’ignorer les autres, nous soyons capables de réagir par un nouveau rêve de fraternité et d’amitié sociale. » Mais un tweet en forme de dénonciation des « manières diverses et actuelles d’éliminer ou d’ignorer les autres ».

L’amitié sociale revient « une quinzaine de fois dans le texte » qui prône une « bienveillance » profonde: l’amour devient une force politique.

Des ombres à l’espérance

De fait l’encyclique part d’un constat sans concession (chapitre 1 : « les ombres d’un monde fermé »), mais pas sans « espérance », dans le contexte de la pandémie « sans frontières ». On notera un paragraphe intitulé « l’illusion de la communication ».

Le deuxième chapitre propose la lumière de l’Evangile du Bon Samaritain sur ce constat : « Un étranger sur le chemin » qui propose un « prochain sans frontières » et de se laisser interpeller par « l’étranger ».

Le troisième chapitre « penser et gérer un monde ouvert » propose l’exemple d’un « amour universel » comme moteur du « droit des peuples ».

Le quatrième chapitre propose une dialectique entre local et universel : « Un cœur ouvert au monde ». Autrement dit, le pape invite à repartir du cœur et de l’ouverture pour penser la société de l’après pandémie.

Le cinquième chapitre évoque « la meilleure politique » : en ce sens, l’encyclique sociale est aussi éminemment politique, et elle propose là aussi l’amour comme moteur de la politique, non pas de façon naïve, mais par un discernement, un diagnostic où populismes et libéralismes sont épinglés. L’universalisme prôné n’est pas uniformité, car « les différences créent des conflits, mais l’uniformité génère l’asphyxie ».

Le sixième chapitre reprend un thème cher au pape François, celui du dialogue comme moteur social : « Dialogue et amitié sociale ». Il prône la culture de la « rencontre » et la « bienveillance », antidote à la « cruauté »: « La bienveillance est une libération de la cruauté qui caractérise parfois les relations humaines, de l’anxiété qui nous empêche de penser aux autres, de l’empressement distrait qui ignore que les autres aussi ont le droit d’être heureux. »

Dans le septième chapitre, le pape propose « des chemins », à partir de « la vérité », pour construire la paix, comme des « artisans »…, dans la dynamique du pardon  (force politique !), de la mémoire, dans le refus de la peine de mort et de la guerre, de « l’injustice de la guerre ».

La Déclaration d’Abou Dhabi

Le huitième et dernier chapitre souligne le rôle des religions « au service de la fraternité dans le monde » et reprend l’appel d’Abou Dhabi.

Car ce que le pape souligne dans l’introduction c’est le lien entre cette encyclique et l’anniversaire de la visite de saint François d’Assise au sultan égyptien  Malik-el-Kamil (1219) et sa propre visite aux Emirats arabes unis, avec la Déclaration sur la fraternité humaine, signée avec le grand imam Ahmad Al-Tayyeb, le 4 février 2019 « pour rappeler que Dieu « a créé tous les êtres humains égaux en droits, en devoirs et en dignité, et les a appelés à coexister comme des frères entre eux ». D’autres leaders religieux – juifs, bouddhistes – ont également signé la déclaration.

Le pape indique comment l’encyclique développe les fondements de cette Déclaration et tient compte de ses échos: « Ce n’était pas un simple acte diplomatique, mais une réflexion faite dans le dialogue et fondée sur un engagement commun. Cette encyclique rassemble et développe des thèmes importants abordés dans ce document que nous avons signé ensemble. J’ai également pris en compte ici, dans mon langage personnel, de nombreuses lettres et documents contenant des réflexions, que j’ai reçus de beaucoup de personnes et de groupes à travers le monde. »

Universalité évangélique

Pour le pape une des clefs c’est l’universalité, mais l’universalité évangélique, dans un langage capable de rejoindre chacun : « Bien que je l’aie écrite à partir de mes convictions chrétiennes qui me soutiennent et me nourrissent, j’ai essayé de le faire de telle sorte que la réflexion s’ouvre au dialogue avec toutes les personnes de bonne volonté. »

Ainsi, après le diagnostic, le constat (ch. 1), le modèle évangélique (ch. 2), les ch.3-8 proposent un « chemin ». En ce souvenant des traumatismes de l’histoire, en premier la Shoah mais aussi les bombardements atomiques d’Hiroshima et de Nagasaki. En soulignant l’importance du pardon, sans oubli : « Le pardon n’implique pas l’oubli. Nous disons plutôt que lorsqu’il y a quelque chose qui ne peut, en aucune manière, être nié, relativisé ou dissimulé, il est cependant possible de pardonner. » Car « ceux qui pardonnent en vérité n’oublient pas, mais renoncent à être possédés par cette même force destructrice dont ils ont été victimes ».

Toujours concret, le pape propose aussi des modèles de fraternité universelle, de saint François à Charles de Foucauld (1858-1916), en passant par Martin Luther King, Desmond Tutu, Gandhi.

Le pape consacre même un paragraphe entier à l’ermite de Tamanrasset, béatifié par Benoît XVI en 2005 (frère Charles « nous invite à la fraternité universelle »), et c’est sur son exemple que le document s’achève: « Il a orienté le désir du don total de sa personne à Dieu vers l’identification avec les derniers, les abandonnés, au fond du désert africain. Il exprimait dans ce contexte son aspiration de sentir tout être humain comme un frère ou une sœur, et il demandait à un ami : « Priez Dieu pour que je sois vraiment le frère de toutes les âmes […] ». Il voulait en définitive être « le frère universel ». Mais c’est seulement en s’identifiant aux derniers qu’il est parvenu à devenir le frère de tous. Que Dieu inspire ce rêve à chacun d’entre nous. Amen ! » (287). En 2016, le pape François avait marqué le centenaire de l’assassinat du moine français. Un miracle reconnu en mai dernier devrait maintenant permettre sa canonisation.

L’encyclique, réaliste, ancrée dans la lecture de la situation du monde, dans la figure du Bon Samaritain, et dans ces exemples chrétiens, s’ouvre par en-haut en s’achevant sur « Prière au Créateur », une « Prière chrétienne œcuménique ».

Voici notre reconstitution de l’index du document:

 

LETTRE ENCYCLIQUE  FRATELLI TUTTI

DU PAPE FRANÇOIS

SUR LA FRATERNITE ET L’AMITIE SOCIALE

 

Introduction 1-8

SANS FRONTIERES

 

PREMIER CHAPITRE

LES OMBRES D’UN MONDE FERMÉ 9-55

DES REVES QUI SE BRISENT EN MORCEAUX

La fin de la conscience historique

SANS UN PROJET POUR TOUS

La marginalisation mondiale

Des droits humains pas assez universels

Conflit et peur

GLOBALISATION ET PROGRES SANS CAP COMMUN

LES PANDEMIES ET AUTRES CHOCS DE L’HISTOIRE

SANS DIGNITE HUMAINE AUX FRONTIERES

L’ILLUSION DE LA COMMUNICATION

Agressivité sans pudeur

Information sans sagesse

SOUMISSIONS ET AUTODEPRECIATIONS

ESPERANCE

 

DEUXIÈME CHAPITRE

UN ETRANGER SUR LE CHEMIN 56-86

L’ARRIERE-PLAN

L’ABANDONNE

UNE HISTOIRE QUI SE REPETE

LES PERSONNAGES

RECOMMENCER

LE PROCHAIN SANS FRONTIERES

L’INTERPELLATION DE LA PART DE L’ETRANGER

 

TROISIÈME CHAPITRE

PENSER ET GÉRER UN MONDE OUVERT 87-127

PLUS LOIN

La valeur unique de l’amour

L’OUVERTURE CROISSANTE DE L’AMOUR

Sociétés ouvertes qui intègrent tout le monde

Compréhensions inadéquates d’un amour universel

TRANSCENDER UN MONDE DE PARTENAIRES

Liberté, égalité et fraternité

AMOUR UNIVERSEL QUI PROMEUT LES PERSONNES

PROMOUVOIR LE BIEN MORAL

La valeur de la solidarité

REMETTRE L’ACCENT SUR LA FONCTION SOCIALE DE LA PROPRIETE

Droits sans frontières

Les droits des peuples

 

QUATRIÈME CHAPITRE

UN CŒUR OUVERT AU MONDE 128-153

LA LIMITE DES FRONTIERES

LES DONS RECIPROQUES

L’échange fécond

Une gratuité qui accueille

LOCAL ET UNIVERSEL

La saveur locale

L’horizon universel

À partir de la région de chacun

 

CINQUIÈME CHAPITRE

LA MEILLEURE POLITIQUE 154-197

POPULISMES ET LIBERALISMES

POPULISMES ET LIBERALISMES

Valeurs et limites des visions libérales

LE POUVOIR INTERNATIONAL

UNE CHARITE SOCIALE ET POLITIQUE

La politique appropriée

L’amour politique

Amour effectif

L’ACTIVITE DE L’AMOUR POLITIQUE

La sollicitude de l’amour

Amour qui intègre et rassemble

PLUS DE FECONDITE QUE DE SUCCES

 

SIXIÈME CHAPITRE

DIALOGUE ET AMITIÉ SOCIALE 198-224

LE DIALOGUE SOCIAL POUR UNE NOUVELLE CULTURE

Construire en commun

LE FONDEMENT DES CONSENSUS

Le consensus et la vérité

UNE CULTURE NOUVELLE

La rencontre devenue culture

Le bonheur de reconnaître l’autre

RETROUVER LA BIENVEILLANCE

 

SEPTIÈME CHAPITRE

DES PARCOURS POUR SE RETROUVER 225-270

REPARTIR DE LA VERITE

ARCHITECTURE ET ARTISANAT DE LA PAIX

Surtout avec les derniers

LA VALEUR ET LE SENS DU PARDON

Le conflit inévitable

Les luttes légitimes et le pardon

La vraie victoire

LA MEMOIRE

Pardon sans oubli

LA GUERRE ET LA PEINE DE MORT

L’injustice de la guerre

La peine de mort

 

HUITIÈME CHAPITRE

LES RELIGIONS AU SERVICE DE LA FRATERNITÉ DANS LE MONDE 271-287

LE FONDEMENT ULTIME

L’identité chrétienne

RELIGION ET VIOLENCE

APPEL

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Anita Bourdin

Journaliste accréditée au Vatican depuis 1995. Rédactrice en chef de fr.zenit.org . A créé Zenit en français en janvier 1999. Correspondante à Rome de Radio Espérance. Formation: journalisme (Bruxelles), théologie biblique (Rome), lettres classiques (Paris).

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